Analyse : Olivier Verot, GMA (Shanghai).
Le fait

Le 19 août 2026, le compte officiel Bilibili Creator Hub a annoncé sur X la relance mondiale de son application internationale sur Android, l’iOS devant suivre. Changement notable par rapport à l’ancienne version : un email ou un numéro de téléphone suffisent désormais pour s’inscrire et publier, alors que l’ancienne application exigeait une vérification d’identité par passeport. L’application a dépassé 5 millions de téléchargements dès le 21 août, selon Notebookcheck.
Bilibili promet trois mécanismes de monétisation aux créateurs internationaux : partage de revenus publicitaires, marketplace de contrats de marque via son outil Sparkle, et pourboires en direct. Aucun de ces trois mécanismes n’est à ce jour finalisé ni détaillé publiquement pour les créateurs hors Chine. Le chiffre de 0,70 dollar pour 1000 vues qui circule sur les réseaux vient d’une publication non officielle sur X, pas d’une annonce de la plateforme.
Le décryptage
Ce qui est réellement nouveau ici, ce n’est pas l’ambition internationale de Bilibili, elle date d’avant 2026. Ce qui change, c’est la suppression de la barrière d’entrée technique : un créateur occidental peut désormais ouvrir un compte en quelques minutes, sans envoyer de pièce d’identité à une plateforme chinoise, ce qui était le principal frein psychologique et administratif jusqu’ici.
Le point que beaucoup d’articles occidentaux glissent sous le tapis : la monétisation promise n’est pas encore livrée. Bilibili annonce l’intention, pas le produit fini. Un créateur qui s’inscrit aujourd’hui en pensant toucher un revenu publicitaire standardisé dès la première vidéo risque d’être déçu, la structure actuelle repose sur des primes plafonnées, des cadeaux de fans, et des contrats de marque négociés au cas par cas via Sparkle, pas sur un pourcentage publicitaire garanti.
Autre zone d’ombre à ne pas ignorer : la couverture géographique réelle de cette nouvelle application reste floue. Plusieurs sources confirment que le déploiement se fait par « régions sélectionnées », avec des exemples précis de pays exclus comme la Roumanie, membre de l’Union européenne. Rien ne confirme à ce jour que la France figure sans ambiguïté parmi les marchés couverts par cette version spécifique de l’application, par opposition à l’accès de lecture classique à Bilibili qui existe depuis plus longtemps.
Le précédent utile ici : MrBeast poste sur Bilibili depuis 2024 et y a construit 8,8 millions d’abonnés sans que la plateforme ait eu besoin d’un système de monétisation internationale abouti. Ça montre qu’une audience se construit avant que l’argent ne suive, pas l’inverse. Un créateur français qui attend une offre financière claire avant de s’y mettre risque de rater la fenêtre où l’audience se construit le plus facilement, celle où la concurrence entre créateurs occidentaux reste encore faible.
Ce que ça change pour un créateur ou une marque française
Pour un créateur individuel, l’intérêt immédiat n’est pas financier, il est stratégique : arriver tôt sur une plateforme de 772 millions d’utilisateurs mensuels avant que l’espace ne se remplisse de créateurs occidentaux, plutôt que d’attendre une grille de rémunération qui n’existe pas encore. La fenêtre où peu de créateurs francophones sont présents ne durera pas.
Pour une marque française qui vend ou veut vendre en Chine, la conséquence est différente mais liée : les premiers créateurs français qui s’implantent sur Bilibili maintenant seront ceux qui auront la meilleure crédibilité et le meilleur accès aux outils Sparkle de mise en relation marque-créateur d’ici six à douze mois. Attendre que le système soit mature, c’est arriver après que les créateurs les plus intéressants aient déjà signé ailleurs.
Le vrai risque à ne pas prendre : construire une stratégie de contenu ou de partenariat en supposant que la France est déjà pleinement couverte par cette nouvelle application, sans l’avoir vérifié soi-même au moment de la lecture, la situation évoluant vite.
La solution : tester sans tout miser
La bonne approche aujourd’hui n’est ni d’ignorer Bilibili en attendant une offre plus claire, ni d’y investir un budget de production lourd. Elle consiste à vérifier d’abord l’accès réel depuis la France au moment où vous lisez ces lignes, puis à publier un contenu déjà existant en test, sans production dédiée, pour mesurer la portée organique réelle avant tout engagement.
Pour une marque qui envisage un partenariat avec un créateur déjà présent sur Bilibili, la vigilance porte sur la vérification de son audience réelle plutôt que sur son nombre d’abonnés affiché, une audience jeune chinoise ou internationale n’a pas le même profil d’achat selon le contenu qui l’a attirée.
Notre guide complet sur le marketing Bilibili détaille les mécaniques de la plateforme pour les marques qui veulent aller au-delà du simple test, une fois l’accès et l’audience confirmés.
La question de débat
Certains créateurs vont foncer sur Bilibili maintenant, pariant sur l’audience avant l’argent. D’autres préfèrent attendre une grille de monétisation claire avant de produire le moindre contenu dédié. Vous, si vous étiez créateur ou si vous gériez la stratégie créateurs d’une marque, vous testeriez maintenant ou vous attendriez ? Dites-le en commentaire, ou écrivez-nous directement.
Bilibili et les autres plateformes vidéo chinoises : Olivier Verot les connaît de l’intérieur, pour y avoir lancé des marques occidentales avec GMA. LinkedIn : olivierverot.
