Je m’appelle Philip Chen, je dirige GMA depuis Shanghai, et sur mon bureau j’ai vu passer plus de dossiers d’exportateurs de lait que je ne saurais en compter. Certains ont réussi. La plupart se sont plantés sur les mêmes points : ils pensent que vendre du lait en Chine, c’est comme vendre du lait ailleurs, avec juste une traduction en plus. Ce n’est pas le cas.
Deux mots sur moi avant de commencer : je passe mes journées à négocier avec des plateformes chinoises pour des marques étrangères, et j’ai vu de près combien de dossiers d’export alimentaire capotent à cause d’une étiquette mal remplie ou d’un enregistrement douanier oublié.
Ce guide n’est pas un tour d’horizon du marché du lait en Chine, on l’a déjà fait dans cet article. Ici, je vous emmène dans le dur : comment on enregistre légalement votre lait auprès des douanes chinoises, ce qui a changé en 2026, et comment choisir le bon canal pour ne pas perdre six mois et beaucoup d’argent en cours de route.
Pourquoi le lait importé reste demandé en Chine

Le marché chinois des produits laitiers reste énorme. Les cabinets d’études chinois évaluent le marché total autour de 685 milliards de yuans pour 2026, dont un peu plus de la moitié pour le seul lait liquide. Mais la donne a changé depuis l’époque où il suffisait d’écrire « Made in France » sur une boîte pour la vendre deux fois le prix local. En 2025, le marché laitier chinois dans son ensemble a reculé d’environ 8,6%, et les consommateurs chinois, comme le note 36氪 dans son analyse du haut de gamme laitier, se demandent désormais « pourquoi c’est cher, ce qui justifie le prix, et si ça correspond vraiment à leurs besoins », plutôt que de se laisser convaincre par un packaging importé.
Les scandales qui n’ont jamais vraiment été oubliés

En 2008, le scandale du lait à la mélamine a touché près de 300 000 enfants en Chine, dont six sont morts de complications rénales. Le groupe Sanlu, un des plus grands producteurs laitiers du pays, a été identifié comme principal responsable, avant que d’autres entreprises ne soient à leur tour éclaboussées. En 2020, un nouveau scandale a éclaté à Chenzhou autour d’une boisson protéinée en poudre présentée comme du lait infantile : le hashtag Weibo #郴州大头娃娃事件 a dépassé les 70 millions de vues. Ce genre d’histoire ne s’efface pas en une génération. C’est encore aujourd’hui la première raison qui pousse une mère chinoise à chercher une marque étrangère sur l’étagère.
Le marché domestique ne se suffit toujours pas à lui-même
Depuis 2015, deux entreprises laitières normandes, les Maîtres Laitiers du Cotentin et la coopérative Isigny Sainte Mère, exportent du lait infantile vers la Chine. Chez Isigny, une unité de production dédiée fabrique jusqu’à 30 000 tonnes de poudre par an pour son partenaire chinois Biostime, un contrat qui pèse près de la moitié du chiffre d’affaires de la coopérative. Chez les Maîtres Laitiers, une usine mise en service en 2017 livre 690 millions de packs de lait par an à leur partenaire Synutra. Ces chiffres disent une chose simple : la Chine ne produit toujours pas assez de lait pour nourrir sa propre classe moyenne, malgré des années d’investissement dans la filière domestique.
Ce qui a changé, c’est que cet écart se referme. Sous l’effet du nouveau standard national sur le lait infantile, les marques domestiques ont regagné une bonne partie du terrain perdu après les scandales. Je vous en parle plus bas, parce que si vous exportez du lait infantile, c’est la partie la plus importante de cet article pour vous.
Ce qui change vraiment en 2026 pour les exportateurs

未雨绸缪 (wèi yǔ chóu móu), littéralement « réparer le toit avant qu’il pleuve ». C’est l’expression que j’utilise avec chaque client qui me demande s’il peut attendre encore un peu avant de s’occuper de son enregistrement douanier. La réponse est non, et voici pourquoi.
Le décret 280 : un nouvel enregistrement pour (presque) tout le monde
Les douanes chinoises (GACC) ont publié le 14 octobre 2025 un nouveau règlement, le décret 280, qui entre en vigueur le 1er juin 2026 et remplace l’ancien décret 248 en vigueur depuis 2021. Le principe de fond ne bouge pas : toute entreprise étrangère qui produit, transforme ou stocke un aliment destiné à la Chine doit obtenir un numéro d’enregistrement auprès des douanes chinoises avant de pouvoir dédouaner sa marchandise. Le lait, comme la viande ou les produits pour bébé, fait partie des catégories que la Chine considère comme sensibles. Concrètement, cela signifie que votre dossier doit généralement être transmis via l’autorité compétente de votre pays d’origine (le ministère de l’Agriculture en France, par exemple), qui recommande votre usine aux douanes chinoises, plutôt que de simplement déposer vous-même une demande en ligne.
Si votre usine était déjà enregistrée sous l’ancien décret 248, ne partez pas du principe que rien ne change. La presse chinoise, qui a détaillé pas à pas le fonctionnement du 248 dans un guide pratique publié par Sina, souligne que la structure du dossier reste largement reprise dans le 280, mais que la liste exacte des produits nécessitant une recommandation officielle n’était pas encore figée au moment de la rédaction de ce guide. Mon conseil : ne laissez pas votre importateur chinois vous dire « c’est bon, on gère ». Demandez à voir le numéro d’enregistrement de votre propre usine, pas seulement celui de votre distributeur.
Le cas du lait infantile : le nouveau standard national change la donne
Si vous exportez du lait en poudre pour bébé, vous jouez sur le terrain le plus réglementé de tout le secteur alimentaire chinois. Depuis février 2023, un nouveau standard national (les normes GB 10765, 10766 et 10767) impose des critères de composition, de traçabilité et de contrôle qualité beaucoup plus stricts qu’avant. Toute formule vendue en Chine, importée ou domestique, doit être enregistrée sous ce standard, marque par marque, recette par recette.
Résultat pour vous : le vieux réflexe « je suis une marque étrangère donc je suis rassurante » ne suffit plus. Les marques domestiques ont aussi dû se mettre aux normes, et beaucoup l’ont fait sérieusement. 货真价实 (huò zhēn jià shí), « une marchandise authentique à un prix juste », c’est l’argument qu’elles utilisent maintenant, et il fonctionne. Votre avantage concurrentiel en tant que marque importée ne peut plus reposer uniquement sur le souvenir des scandales de 2008. Il doit reposer sur un dossier réglementaire propre, une formule vraiment différenciée, et une histoire de marque qui tient la route. Si vous êtes sur ce segment, j’ai écrit un article dédié à la réglementation spécifique aux produits pour bébé en Chine, à lire ici avant de vous lancer.
L’étiquetage : le piège qui bloque le plus de conteneurs
Sur tous les dossiers bloqués en douane que j’ai vus passer, la moitié n’a rien à voir avec le produit lui-même. C’est l’étiquette qui coince. La norme GB 7718 impose sur chaque emballage vendu en Chine : le nom du produit en chinois, la liste complète des ingrédients en chinois, le poids net, les dates de production et de péremption, les conditions de conservation, le nom et l’adresse de l’importateur ou du distributeur chinois, et le pays d’origine. La norme GB 28050 ajoute un tableau de valeurs nutritionnelles obligatoire pour tout produit préemballé.
Deux pièges reviennent sans cesse. Le premier : penser que l’étiquette peut être collée après l’arrivée du conteneur en Chine. C’est vrai pour certains modèles de vente transfrontalière destinés à un usage personnel, mais faux pour la vente en commerce général, où l’étiquette chinoise doit être conforme avant le dédouanement. Le second piège : une traduction approximative faite en interne, sans vérification par quelqu’un qui connaît le format attendu par les douanes chinoises. En 2026, les douanes ont durci le contrôle sur ce point précis : la vérification de la conformité des étiquettes chinoises et la comparaison électronique des certificats sanitaires sont devenues plus systématiques qu’il y a deux ans. Un détail mal rempli, et votre cargaison attend en entrepôt pendant que vous payez des frais de stockage.
Comment exporter concrètement : commerce général ou cross-border

Une fois votre dossier réglementaire en ordre, il reste une question stratégique : par quelle porte entrez-vous en Chine ? Il y en a deux, et elles ne se ressemblent pas.
Le commerce général : lourd à mettre en place, mais sans plafond
C’est la voie classique de l’import. Votre produit devient chinois au sens légal, il peut être vendu en supermarché, chez Carrefour à l’époque, aujourd’hui plutôt chez Freshippo ou dans les grandes chaînes locales, sans limite de volume ni de montant par client. En échange, vous devez passer par l’enregistrement GACC complet, une étiquette 100% conforme avant dédouanement, et vous payez les droits de douane, la TVA à l’importation, et parfois une taxe à la consommation selon le produit. C’est la voie la plus lente à mettre en place, souvent plusieurs mois pour un premier dossier, mais c’est la seule qui vous ouvre vraiment la distribution physique de masse.
Le e-commerce transfrontalier : plus rapide, avec un plafond
Le cross-border e-commerce (CBEC) fonctionne différemment : votre produit reste juridiquement « à l’étranger » jusqu’à l’achat, il est stocké dans un entrepôt sous douane en Chine (bonded warehouse) ou expédié directement au consommateur, et il bénéficie d’une fiscalité allégée tant qu’il reste dans le « positive list » (清单) des produits autorisés en cross-border, où le lait figure. La contrepartie, ce sont des plafonds par transaction et par consommateur sur l’année, qui limitent ce canal à la vente au détail en ligne plutôt qu’à la distribution physique. En 2026, les douanes ont aussi simplifié l’inspection des petits lots : en dessous d’un certain volume, un produit nouvellement introduit peut être dédouané plus vite sur la base d’un rapport de laboratoire agréé, sans prélèvement d’échantillon systématique.
Les plateformes ont bougé depuis l’écriture de la première version de cet article. Kaola, qui dominait le cross-border en 2019 avec 27,7% de part de marché, a été racheté par Alibaba puis s’est vidé de sa substance : son équipe est passée de plus de 400 personnes en 2021 à une vingtaine aujourd’hui, recentrée sur les produits mère-bébé et beauté en marque blanche. Ne construisez pas votre stratégie 2026 autour de Kaola. Tmall Global et JD Worldwide restent les deux places fortes du cross-border pour l’alimentaire, avec des nouveaux entrants comme les boutiques cross-border de Xiaohongshu et de Douyin qui montent en puissance sur le segment premium. Le Daigou, cette vente informelle par des particuliers qui ramènent des produits dans leur valise, a lui aussi perdu du terrain depuis la loi chinoise sur le e-commerce de 2019, qui a obligé ces vendeurs à s’enregistrer et à payer des impôts. Ce n’est plus, en 2026, un canal sur lequel bâtir une stratégie d’entrée sérieuse.
Le cas de Julie, une petite laiterie bio de Normandie
Julie dirige une petite laiterie bio dans le Cotentin, une trentaine de salariés, du lait UHT et quelques yaourts. En 2019, elle avait laissé un intermédiaire « spécialiste de la Chine » placer ses produits via des circuits Daigou. Les ventes ont stagné autour de 200 cartons par mois, puis chuté après la loi sur le e-commerce.
Ce qu’elle a tenté d’abord n’a pas marché : baisser son prix pour rester compétitive face aux marques déjà installées sur Tmall. Sans enregistrement GACC pour son usine, elle ne pouvait de toute façon pas vendre légalement en commerce général, et son distributeur cross-border refusait de s’engager sur des volumes tant que le dossier réglementaire n’était pas clair.
Ce qui a marché : elle a d’abord fait enregistrer son usine auprès des douanes chinoises via le ministère de l’Agriculture français, un dossier qui a pris quatre mois. Ensuite, elle a refait entièrement son étiquette avec l’aide d’un cabinet spécialisé en conformité GB 7718, en évitant l’écueil classique d’une traduction faite en interne. Enfin, elle est entrée en cross-border via un entrepôt sous douane à Ningbo, un canal plus rapide à activer que le commerce général pour tester le marché avant de s’engager plus loin. Pourquoi ça a marché : parce que son distributeur pouvait enfin la présenter aux plateformes avec un dossier complet, ce qui a débloqué une meilleure visibilité produit sur Tmall Global. En un an, ses ventes mensuelles sont passées de 200 à environ 1 400 cartons. Rien à voir avec un coup de chance marketing. C’est la conformité qui a ouvert la porte, le reste a suivi.
Une fois vos portes ouvertes, il faut qu’on vous trouve
Être en règle avec les douanes ne sert à rien si personne ne sait que vous existez. Je ne vais pas tout redévelopper ici, j’ai déjà écrit des articles complets sur chaque canal, mais voici l’essentiel.

Baidu reste le premier réflexe d’un consommateur chinois qui cherche une information sur une marque. Un compte Baidu et une stratégie SEO/PPC ne sont pas optionnels, c’est votre carte de visite numérique.

Zhihu, l’équivalent chinois de Quora, est l’endroit où les parents chinois vont chercher un avis avant d’acheter du lait infantile. Répondre aux bonnes questions sur Zhihu construit une crédibilité qu’aucune publicité ne remplace.


Les KOL et le livestream sont devenus le levier de vente numéro un pour le lait en Chine, au point qu’un seul live peut écouler des dizaines de milliers d’unités en quelques minutes. C’est un sujet à part entière, avec ses propres pièges de choix de KOL et de négociation de contrat. J’ai détaillé un cas concret, 70 000 cartons de lait vendus en une minute par des KOL chinois, qui explique le mécanisme en profondeur.




WeChat, Weibo et Xiaohongshu complètent le dispositif : c’est là que les consommateurs chinois comparent, discutent et se rassurent avant l’achat. Oatly, la marque suédoise de lait d’avoine, a construit sa présence chinoise sur exactement cette combinaison : compte Zhihu actif, collaborations KOL choisies avec soin, et un site chinois hébergé localement pour ne pas pénaliser sa vitesse de chargement sur Baidu.
Ce que je réponds le plus souvent en rendez-vous
Combien de temps prend l’enregistrement GACC pour une laiterie européenne ?
Comptez entre trois et six mois pour un premier dossier, en fonction de la réactivité de l’autorité compétente de votre pays et de la complétude de votre dossier technique. Ne le lancez jamais à la dernière minute, surtout avec la transition vers le décret 280 en cours en 2026.
Le lait UHT est-il soumis aux mêmes règles que le lait infantile en poudre ?
Non. Le lait infantile est le segment le plus contrôlé, avec l’enregistrement obligatoire de chaque formule sous le nouveau standard national. Le lait UHT classique suit l’enregistrement GACC standard pour les produits laitiers, sans cette couche supplémentaire de validation par recette.
Puis-je vendre mon lait en Chine sans licence chinoise via le cross-border ?
Oui, c’est justement l’intérêt du modèle cross-border : votre produit reste juridiquement à l’étranger et vous n’avez pas besoin d’une entité chinoise pour vendre. Vous restez toutefois soumis à l’enregistrement GACC de votre usine et aux plafonds d’achat par consommateur.
Mon enregistrement sous le décret 248 est-il encore valable après juin 2026 ?
Le 280 remplace le 248, mais la structure du dossier reste largement reprise. Ne partez pas du principe que rien ne bouge : vérifiez auprès de votre autorité compétente si une nouvelle démarche ou une confirmation est nécessaire avant l’entrée en vigueur.
L’étiquette doit-elle être en chinois avant l’expédition ou peut-elle être ajoutée en Chine ?
En commerce général, l’étiquette doit être conforme et en chinois avant le dédouanement. Certains modèles cross-border tolèrent un autocollant complémentaire ajouté en Chine, mais ce n’est pas une règle sur laquelle je vous conseille de compter sans validation préalable de votre transitaire.
Le Daigou a-t-il encore un intérêt en 2026 ?
Très limité. Depuis la loi sur le e-commerce de 2019 et le déclin des grands revendeurs comme Kaola, ce canal a perdu son avantage principal, qui était d’éviter la fiscalité. Je ne le recommande plus comme stratégie d’entrée.
GMA vous accompagne pour exporter votre lait en Chine
Chez GMA, on aide les producteurs laitiers étrangers à monter leur dossier d’enregistrement GACC, à corriger leur étiquetage avant qu’il bloque un conteneur, et à choisir entre commerce général et cross-border selon leur volume réel. On travaille aussi sur la visibilité une fois la porte ouverte : Baidu, réseaux sociaux chinois, KOL et livestream. Contactez-nous pour en discuter, ou jetez un œil à notre page dédiée à l’agroalimentaire, Agence Food & Beverage en Chine.
Philip Chen, CEO de GMA. Je négocie avec des plateformes chinoises depuis assez longtemps pour avoir vu à peu près toutes les façons dont un bon produit peut se faire bloquer par une mauvaise étiquette. Je bois mon lait sans lactose, par choix, pas par conviction réglementaire. Si votre dossier douanier vous donne des sueurs froides, écrivez-moi, j’ai probablement déjà vu votre problème passer sur mon bureau.
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