En 2019, l’annonce a fait le tour des rédactions beauté : la Chine allait mettre fin aux tests sur les animaux pour les cosmétiques. Sept ans plus tard, la réalité est plus compliquée que le titre de l’époque. Une partie des produits en est effectivement exemptée. Une autre partie ne l’est toujours pas, et une marque étrangère qui prépare son enregistrement NMPA en 2026 doit encore composer avec ça.
Olivier Verot, fondateur de GMA et basé à Shanghai depuis 2012, accompagne des marques de cosmétiques dans leur enregistrement réglementaire en Chine. Ce texte reprend ce qu’il voit passer sur les dossiers clients.
Dès fin 2018, les professionnels de l’industrie de la beauté avaient les yeux rivés sur la Chine après une annonce émanant de la China Food And Drug Administration (CFDA), devenue depuis la NMPA (National Medical Products Administration), qui s’était positionnée en faveur de la recherche d’alternatives aux tests sur les animaux.
La Gansu Province National Medical Products Association avait alors annoncé que les tests post-commercialisation des cosmétiques n’impliqueraient plus d’essais sur les animaux. Cette décision avait été précédée par un protocole d’accord entre les autorités chinoises et l’Institute for In Vitro Sciences, Inc. (IIVS), une organisation américaine à but non lucratif dédiée aux méthodes d’expérimentation non animale.
À l’époque, ça n’annonçait pas la fin des tests sur les animaux en Chine. Les exigences pour les produits importés restaient floues. La suite a confirmé cette prudence : il a fallu attendre deux ans de plus pour un vrai changement de règle au niveau national, et encore sept ans plus tard, le sujet n’est toujours pas clos.
I) Ce qui a vraiment changé depuis 2019
Le vrai tournant date du 1er mai 2021. Ce jour-là, une exemption d’expérimentation animale entre en vigueur pour les cosmétiques dits « généraux », qu’ils soient importés ou fabriqués en Chine. Concrètement, un produit qui n’entre pas dans une des catégories « spéciales » (teinture capillaire, permanente, produits éclaircissants, solaires, anti-chute, ou revendiquant une nouvelle efficacité) peut échapper au test sur animal, à condition que la marque fournisse un certificat GMP (bonnes pratiques de fabrication) et une évaluation de sécurité du produit.
Trois exceptions restent, et elles pèsent lourd en pratique :
- les produits destinés aux enfants restent testés, sans exception
- les produits contenant un nouvel ingrédient cosmétique soumis à la période de surveillance obligatoire de trois ans restent testés
- les entreprises inscrites par la NMPA sur une liste de surveillance renforcée restent soumises au test, quel que soit le produit
Autrement dit, en 2021 la Chine n’a pas aboli les tests sur les animaux. Elle a créé une voie d’exemption conditionnelle pour une partie du marché. C’est déjà énorme pour une marque qui vend uniquement du soin visage ou du maquillage classique. Ça ne change rien pour une marque de coloration capillaire ou de solaire.
II) 2026 : la Chine élargit l’exemption, sans l’étendre à tout
Deux textes publiés en 2026 font bouger la ligne. Le 12 janvier 2026, la NMPA publie son annonce n°5, qui intègre officiellement plusieurs méthodes de test alternatives, dont un test de sensibilisation cutanée sur cellules (la méthode « BrdU-FCM »), dans le référentiel des normes techniques de sécurité des cosmétiques. Ces méthodes sont entrées en application le 1er juillet 2026.
Le 31 mars 2026, la NMPA publie un projet de texte pour consultation, qui propose d’étendre l’exemption au-delà des seuls cosmétiques généraux, une évolution détaillée par le cabinet ChemLinked. Après consultation, l’annonce finale (n°70 de 2026) est publiée le 28 juillet 2026. Elle ajoute à la liste des produits pouvant être exemptés de rapport toxicologique :
- les produits de permanente
- les teintures capillaires non oxydantes
- les produits éclaircissants dont l’effet est purement physique (couverture, pas d’action chimique sur la pigmentation)
- les cosmétiques généraux contenant un nouvel ingrédient, à l’exception des produits pour enfants
La condition reste la même qu’en 2021 : le fabricant doit détenir une certification qualité (GMP) délivrée par l’autorité de son pays d’origine, et l’évaluation de sécurité du produit doit suffire à en garantir l’innocuité. Ce n’est pas un blanc-seing. C’est un élargissement encadré, sur des catégories qui étaient jusque-là parmi les plus contraignantes du dossier NMPA.
III) Qui est exempté, qui ne l’est pas : le tableau
| Catégorie de produit | Statut en 2026 |
|---|---|
| Soin visage, corps, maquillage classique (sans enfant, sans nouvel ingrédient) | Exempté depuis 2021, GMP + évaluation sécurité exigés |
| Permanente, teinture non oxydante, éclaircissant à effet physique | Exemption possible depuis juillet 2026, sous conditions |
| Solaires, anti-chute, teinture oxydante, produits à nouvelle efficacité | Toujours testés |
| Produits pour enfants | Toujours testés, sans exception |
| Produits à nouvel ingrédient, période de surveillance 3 ans | Testés, sauf cas prévus par l’annonce n°70 (2026) |
| Marques sous surveillance renforcée NMPA | Testés, quel que soit le produit |
IV) Ce qui n’a pas changé : les angles morts
Une marque ne peut toujours pas se prétendre « cruelty-free » au sens européen ou américain du terme dès qu’elle vend en Chine. Trois raisons à ça.
D’abord, l’exemption est conditionnelle, pas automatique. Un dossier mal préparé, un certificat GMP manquant, une évaluation de sécurité jugée insuffisante par l’évaluateur NMPA, et le test redevient obligatoire. Ensuite, les ingrédients bruts ont souvent une histoire de test sur animal antérieure à leur utilisation dans le produit fini, l’exemption porte sur le produit fini, pas sur la traçabilité complète de chaque molécule. Enfin, la porte reste grande ouverte pour les enfants, le solaire et la coloration oxydante, des catégories qui pèsent lourd dans le catalogue de la plupart des marques de beauté généralistes.
C’est la nuance que l’article de 2019 ne pouvait pas anticiper : la Chine n’a pas choisi entre « tester » et « ne plus tester ». Elle a construit un système à plusieurs vitesses, où le statut du produit détermine le parcours réglementaire.
V) Le marché de la cosmétique en Chine, en 2026
Le marché reste un argument de poids pour comprendre pourquoi ce sujet mobilise autant d’attention. Le commerce de détail des cosmétiques en Chine a atteint 465,3 milliards de yuans en 2025, en hausse de 5,1% sur un an, selon les données du Bureau national des statistiques relayées par Global Cosmetic Industry. Le soin du visage représente à lui seul plus de la moitié de ces ventes. Pour le détail des réformes réglementaires en cours, China Briefing tient un suivi régulier des annonces NMPA.
Une marque qui veut entrer sur ce marché n’a donc pas vraiment le choix : elle doit composer avec le calendrier NMPA, et anticiper que certaines de ses références passeront par la case test, d’autres non, selon leur catégorie exacte.

Une nouvelle marque de cosmétique qui prépare son entrée en Chine doit trier son catalogue produit par produit, pas globalement.
VI) Un cas concret
Fin 2025, une marque de skincare belge nous contacte. Elle veut lancer trois références en Chine : une crème de jour, un sérum, et un stick blanchissant anti-taches. Elle pensait, comme beaucoup, que « la Chine a arrêté les tests » et que le dossier serait simple.
La crème et le sérum sont passés sans test, avec certificat GMP belge et évaluation de sécurité conforme. Le stick blanchissant, lui, contenait un actif chimique à effet dépigmentant, pas un simple pigment de couverture. Il tombait donc dans la catégorie « produit à nouvelle efficacité », toujours testée à l’époque de la soumission du dossier, avant même l’entrée en vigueur de l’élargissement de juillet 2026.
La marque a eu deux choix : reformuler avec un actif physique de couverture pour basculer dans la catégorie exemptée, ou accepter le test pour cette référence précise. Elle a choisi la reformulation. Résultat : les trois produits sont sortis en Chine sans aucun test animal, avec un décalage de calendrier de six semaines sur le stick, le temps de valider la nouvelle formule. Le « pourquoi ça marche » tient en une phrase : en Chine, la classification du produit compte plus que l’intention marketing de la marque.
Besoin d’un partenaire en Chine ?
Sur les dossiers d’enregistrement NMPA, on voit passer beaucoup de marques qui découvrent la classification produit trop tard, une fois le packaging déjà imprimé. On aide les marques de cosmétiques à trier leur catalogue avant de déposer un dossier, produit par produit, pour savoir à l’avance ce qui passe sans test et ce qui ne passe pas. On travaille aussi sur la distribution une fois le produit homologué, avec des partenaires implantés localement. Contactez-nous avant de figer votre gamme pour la Chine, ça évite les mauvaises surprises réglementaires.
Pour aller plus loin sur le marché chinois de la cosmétique, deux ressources utiles : notre article sur la croissance de LF Beauty sur le marché B2B des cosmétiques en Chine, et notre guide stratégique de l’e-commerce en Chine, pour la partie distribution une fois le produit homologué. Voir aussi comment L’Oréal adapte son app au marché chinois, et pourquoi une étude de marché en amont évite ce genre de blocage réglementaire.
FAQ
Ma marque peut-elle se dire « cruelty-free » si elle vend en Chine en 2026 ?
Difficilement, au sens strict. Même avec l’exemption élargie de 2026, certaines catégories (enfants, solaires, coloration oxydante) restent testées, et l’exemption pour le reste du catalogue dépend d’un dossier bien monté. Une marque prudente évite la mention « cruelty-free » sur son packaging chinois et communique plutôt sur « sans test requis pour cette gamme », ce qui est vérifiable.
Le certificat GMP suffit-il pour éviter le test animal ?
Non, c’est une des deux conditions, pas la seule. Il faut aussi une évaluation de sécurité du produit jugée suffisante par l’évaluateur technique NMPA. Un certificat GMP sans dossier de sécurité solide ne suffit pas à obtenir l’exemption.
Un produit contenant un ingrédient nouveau est-il automatiquement testé ?
Pendant les trois premières années de surveillance de l’ingrédient, oui, en général. L’annonce n°70 de 2026 ouvre une exception pour les cosmétiques généraux (hors produits enfants) sous conditions, mais ça reste évalué au cas par cas par la NMPA.
Combien de temps prend un dossier d’enregistrement NMPA en cosmétique ?
Ça dépend beaucoup de la catégorie du produit et de la qualité du dossier de sécurité fourni au départ. Un cosmétique général bien documenté peut avancer en quelques mois. Un produit spécial, ou un dossier incomplet, prend nettement plus de temps, parfois avec un aller-retour test animal à la clé.

N’hésitez pas à nous contacter,
Nous pouvons vous envoyer les derniers conseils et astuces du marché chinois dans la cosmétique, nos études de cas, et vous conseiller dans votre stratégie marketing.

Olivier Verot
Fondateur de GMA, à Shanghai depuis 2012. Accompagne des marques de cosmétiques sur leur enregistrement réglementaire en Chine.
LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/olivierverot/




