Vous avez un laboratoire, une marque de dermo-cosmétique ou de parapharmacie, et un distributeur en Chine qui ne vend presque rien ? Vous vous demandez si le retard vient du produit, du prix, ou d’autre chose ? Et si la vraie question n’était plus « faut-il aller en Chine », mais « faut-il encore ouvrir un point de vente physique en Chine » ?
Je m’appelle Olivier Verot, je dirige GMA, une agence marketing installée à Shanghai depuis 2012. J’accompagne des laboratoires pharmaceutiques et des marques de santé grand public dans leur entrée sur le marché chinois, du repositionnement de marque jusqu’à la boutique Tmall.
Compléments alimentaires, bien-être, dermo-cosmétique, huiles, probiotiques, collagène : peu importe le produit, la question qui revient est toujours la même. La Chine n’achète pas une boîte. Elle achète une marque, une promesse, un mode de vie. Et elle l’achète en ligne, presque exclusivement.
Ce constat n’est pas neuf. Ce qui a changé en 2026, ce sont les chiffres derrière, et la vitesse à laquelle le circuit physique devient anecdotique pour une marque pharma ou parapharma étrangère qui débarque sans base installée.
Le marché pharma en ligne en Chine, en chiffres
Le e-commerce médical et pharmaceutique chinois devrait peser entre 340 et 425 milliards de yuans en 2026, soit environ 43 à 54 milliards d’euros, selon les dernières estimations d’艾媒咨询 (iiMedia Research). Le rythme de croissance reste élevé : les ventes en ligne de médicaments et de produits de parapharmacie progressent d’environ 17% par an depuis 2023, et les services de santé en ligne (téléconsultation, suivi, coaching) grimpent de près de 26% par an sur la même période.
Le marché est concentré. JD Health (京东健康) et Alibaba Health (阿里健康) se partagent l’essentiel du B2C pharma, avec JD en tête grâce à sa chaîne du froid et sa capacité à livrer des médicaments sur ordonnance dans les règles. Ping An Good Doctor joue une autre partition : 41,7% de son chiffre d’affaires vient encore du groupe Ping An et de ses filiales, avec un modèle où l’assurance santé et le service médical se vendent ensemble. Trois plateformes, trois logiques, et aucune des trois ne passe par le magasin de quartier.
Le vrai basculement, en 2026, c’est où naît la décision d’achat. Sur Xiaohongshu, plus de 180 millions d’utilisateurs actifs quotidiens, les notes santé ont bondi de 67% en 2024, le nombre de créateurs spécialisés santé de 126%, et les investissements publicitaires des marques de santé de 243% sur la même période, d’après le livre blanc NielsenIQ x Xiaohongshu. Chez les 18-25 ans, 47% découvrent un produit santé via les réseaux sociaux avant même de savoir où l’acheter. La communauté « grande santé » de la plateforme dépasse 140 millions de membres, à 81% des femmes, avec un cœur de cible entre 26 et 30 ans dans les villes de premier et deuxième rang. On découvre sur Xiaohongshu, on décide sur Douyin, on achète sur Tmall ou JD. Trois écrans, un seul parcours.

Côté réglementation, l’import transfrontalier (CBEC) reste le point d’entrée le plus praticable pour une marque étrangère sans enregistrement local. Un produit vendu en retail transfrontalier échappe à l’enregistrement « bonnet bleu » (蓝帽子) obligatoire en import classique, à condition de figurer sur la liste positive et de ne porter aucune allégation thérapeutique. China Briefing signale un nouveau règlement douanier (GACC Order 280) qui entre en vigueur le 1er juin 2026 et renforce le contrôle des fabricants étrangers, sans toucher directement au régime CBEC. Dans le même temps, Hainan étend son régime de zéro tarif douanier sur médicaments et dispositifs médicaux à 18 comtés, bien au-delà des zones pilotes historiques. La fenêtre CBEC reste ouverte, mais elle se surveille de plus près chaque année.
Ce que ça change concrètement pour votre marque
Les plateformes comme Tmall Global, JD Health et Douyin dominent déjà le marché des produits importés dans la pharma et la santé.
Ouvrez un flagship store sur Tmall Global ou JD Health. Commencez petit, avec un seul best-seller, et travaillez la page produit comme une vitrine, pas comme une notice. Sur ces plateformes, la fiche produit fait l’essentiel du travail de conversion.
Les consommateurs chinois veulent une marque crédible, pas un produit anonyme.
Construisez votre branding directement en chinois, pas en traduisant votre site français. Le nom, le packaging, le message doivent raconter une histoire de marque, avec une tonalité « science premium » plutôt que « produit générique importé ».
Douyin et Xiaohongshu portent l’essentiel de la conversion. Sans contenu vidéo, une marque santé n’existe pas.
Filmez des démonstrations, des témoignages, des routines. Travaillez avec des créateurs santé ou beauté qui incarnent réellement le produit : ils ouvrent la porte de la crédibilité que la publicité seule ne donne pas.
Double 11, 618 et la fête des mères pèsent environ 40% du chiffre d’affaires annuel des marques santé.
Préparez vos campagnes plusieurs semaines à l’avance, avec des offres packagées et, si possible, une édition limitée. Le calendrier commercial chinois fait le chiffre d’affaires, chaque lancement doit être pensé comme un évènement.

« Si vous n’avez pas de marque en Chine, vous êtes juste un produit générique. Et les Chinois n’achètent pas un générique importé. » Olivier Verot, GMA
Reste la logistique. Passez par un partenaire CBEC pour simplifier le dédouanement, accélérer la livraison et s’intégrer proprement aux zones franches. C’est la porte d’entrée la plus rapide pour une marque sans enregistrement local, pas une option annexe. Pour comprendre les autres canaux complémentaires, voir aussi notre article sur les mini-programmes WeChat, utiles pour fidéliser une fois le client acquis.
Un cas concret : d’un distributeur qui ne vendait rien à une boutique Tmall rentable
C’est exactement le type de dossier que traite notre agence santé et médical en Chine : repositionner une marque pharma ou parapharma occidentale pour le marché chinois, puis la faire vivre sur les bonnes plateformes.
Un client à moi, un laboratoire familial du Grand Ouest, vendait depuis quinze ans un baume musculaire et une gamme de patchs anti-douleur en pharmacie, en France et en Belgique. Un distributeur chinois avait référencé la gamme dans une trentaine de pharmacies à Shanghai et Hangzhou. Deux ans plus tard : quelques centaines d’unités vendues, un distributeur qui ne relançait plus ses commandes, et un dirigeant convaincu que « les Chinois n’aiment pas les produits étrangers ».
Le problème n’était pas le produit. C’était l’absence totale de présence en ligne. Aucune fiche Tmall, aucun compte Xiaohongshu, aucun contenu en chinois, rien qui permette à un acheteur de vérifier la marque avant d’entrer en pharmacie, ou plus simplement, d’acheter sans y aller. Nous avons fermé la conversation offline et ouvert un flagship store Tmall Global sur un seul produit phare, le baume musculaire, avec une page qui racontait l’histoire du laboratoire et le mode d’emploi en vidéo. En parallèle, nous avons lancé six créateurs de contenu Xiaohongshu spécialisés sport et bien-être, avec des tests produits filmés en conditions réelles, calé sur la période du 618.
Résultat sur les quatre mois suivant le lancement : plus de 3 100 unités vendues sur la seule boutique Tmall, un taux de conversion de la fiche produit à 4,2% (contre une moyenne catégorie autour de 1,5%), et surtout, un distributeur physique qui a recommencé à passer des commandes régulières une fois que la marque est devenue visible et recherchée en ligne. Le canal digital n’a pas remplacé le distributeur, il l’a réactivé.
Ce qu’il faut retenir
- Construire une marque forte, pensée en chinois dès le départ.
- Ouvrir une boutique officielle sur Tmall Global ou JD Health avant, ou en même temps que, le distributeur physique.
- Produire du contenu vidéo sur Douyin et Xiaohongshu avec de vrais créateurs, pas de la publicité déguisée.
- Caler les lancements sur les grands rendez-vous e-commerce (618, Double 11, fête des mères).
- Passer par un partenaire CBEC pour la logistique transfrontalière plutôt que de tout gérer en interne.
Ce sujet complète notre analyse plus large du marché de la santé en Chine, et pour les marques positionnées plutôt nutrition et bien-être que pharma, notre article sur le marché des compléments alimentaires creuse un angle différent, celui de la consommation quotidienne plutôt que du soin.
Questions fréquentes
Faut-il un enregistrement « bonnet bleu » pour vendre un produit de santé en Chine ?
Pas si vous passez par le retail transfrontalier (CBEC). Le produit doit figurer sur la liste positive des douanes et respecter les normes de son pays d’origine, mais l’enregistrement complet, long et coûteux, n’est exigé que pour l’import classique en pharmacie. C’est justement ce qui rend le CBEC accessible à une petite marque.
Un médicament sur ordonnance peut-il se vendre en ligne en Chine ?
Non, pas directement au grand public. JD Health et Alibaba Health gèrent des circuits encadrés avec téléconsultation et pharmacien, mais un médicament sur ordonnance ne se vend pas comme un complément ou un dispositif médical grand public. La plupart des marques étrangères qui réussissent en ligne sont sur du OTC, de la parapharmacie ou du dispositif médical non prescrit.
Combien de temps avant de voir des résultats sur une boutique Tmall santé ?
Comptez trois à six mois pour une boutique qui commence à générer un volume stable, à condition d’avoir du contenu qui tourne en continu sur Xiaohongshu et Douyin en parallèle. Une boutique sans trafic apporté de l’extérieur ne décolle jamais seule, l’algorithme de la marketplace ne suffit pas.
Faut-il abandonner la distribution physique ?
Non, mais elle ne doit plus être le point d’entrée. Dans le cas décrit plus haut, la boutique en ligne a réactivé la vente en pharmacie, elle ne l’a pas remplacée. Le digital sert de preuve de crédibilité avant l’achat, y compris pour un client qui finit par acheter en point de vente.
Vous voulez une checklist CBEC, ou qu’on vous monte un plan de lancement Tmall et contenu créateurs ? Écrivez-moi ou contactez-moi sur LinkedIn.

Olivier Verot, fondateur et CEO de GMA, à Shanghai depuis 2012. Il accompagne des marques de santé, de pharma et de parapharma dans leur entrée sur le marché chinois, du repositionnement de marque jusqu’à la boutique en ligne. Retrouvez-le sur LinkedIn.

