Ici Shanghai, et c’est Philip Chen qui écrit. J’ai cofondé GMA, et parmi tous les dossiers clients, le parfum est celui que j’ouvre avec le plus de plaisir. Le marché bouge vite, il a ses codes, et il punit les erreurs de débutant. Voici le guide que j’aurais voulu lire avant mon premier lancement de parfum en Chine : les étapes, une par une, avec ce que 2026 a changé.
Philip Chen ouvre la Chine aux maisons de parfum et de beauté venues de l’étranger. Son camp de base : Shanghai et l’agence GMA, montée avec Olivier Verot.
Le marché du parfum en Chine, où on en est en 2026
Valeur du marché mondial : le marché mondial des parfums devrait atteindre environ 75,87 milliards de dollars d’ici 2032, avec une croissance annuelle de 5,5 % entre 2024 et 2032. Mais le chiffre qui compte vraiment pour vous, c’est celui de la Chine seule.
Le marché chinois du parfum a dépassé les 250 milliards de yuans en 2024, en hausse de 20,8 % sur un an. Il a franchi les 300 milliards de yuans en 2025. Les études sectorielles tablent désormais sur environ 630 à 635 milliards de yuans d’ici 2031, avec une croissance annuelle de 13 % sur la période 2026-2031, selon un rapport iiMedia. Pour vous donner une idée : c’est deux à trois fois plus rapide que la croissance mondiale, et le rebond du secteur dépasse de 16 points celui du marché cosmétique chinois dans son ensemble, d’après Sina Finance.
Le secteur du parfum évolue surtout grâce à la mode et aux cosmétiques. Comparé au secteur cosmétique, la parfumerie chinoise a longtemps progressé plus lentement, et reste moins développée que dans les pays occidentaux. Ce qui veut dire une chose simple : il y a encore de la place.
Ce qui pousse la croissance en ce moment
- Personnalisation et exclusivité : les consommateurs aisés veulent des senteurs uniques, créées pour eux. Le sur-mesure olfactif progresse vite dans les grandes villes.
- Consommation responsable : ingrédients tracés, emballages plus sobres. Ce n’est plus un argument marketing, c’est une attente.
- Le parfum comme outil émotionnel : le secteur ne vend plus seulement un accessoire social. Cinq usages ressortent des études 2026 : la régulation d’humeur, la nostalgie, l’ancrage à une origine naturelle, l’expression identitaire personnelle, et le souvenir de voyage qu’on porte sur soi.
- 国潮 (guochao), la vague nationale : les marques locales montent en gamme et en qualité, sans monter leurs prix autant que les marques occidentales. C’est le trait le plus marquant du marché en ce moment, selon CBNData.
Pourquoi le parfum reste un produit à part en Chine
Avant la révolution culturelle, la médecine traditionnelle chinoise utilisait beaucoup les parfums. Après cette période, le parfum a été perçu comme quelque chose d’indécent. Les Chinois n’ont donc pas grandi avec le réflexe d’en acheter, contrairement à un Français ou un Italien.
Longtemps, l’offre est aussi restée verrouillée par de grands noms : Dior, Chanel, Burberry. Les consommateurs chinois qui achetaient du parfum choisissaient une grande marque, parce qu’elle les rassurait et leur permettait de s’identifier à quelque chose de connu. Le choix du parfum a longtemps été guidé par la publicité et les magazines, plus que par l’odorat.
Ça a changé, et vite. Les Chinois voyagent beaucoup plus qu’avant. La classe moyenne découvre le luxe à l’étranger et ramène du parfum, souvent pour l’offrir en cadeau plutôt que pour le porter. C’est une des raisons pour lesquelles le flacon compte presque autant que le jus à l’intérieur : en Chine, on offre un objet autant qu’une odeur.
Un mouvement plus récent, et plus intéressant pour vous : de plus en plus de Chinois achètent du parfum pour eux-mêmes, pas pour l’offrir. Le souci de l’image personnelle grandit, et les revenus disponibles augmentent, y compris chez les consommateurs plus âgés. C’est une vraie opportunité, mais elle demande de la pédagogie.
Segments du marché
- Fragrances féminines : elles dominent toujours le marché, avec une large gamme de senteurs adaptées à des goûts très variés.
- Parfums accessibles : le marché de masse continue de croître, porté par l’accessibilité et par la montée du guochao.
Ce que font déjà les marques qui réussissent
Certaines marques de niche utilisent des idées qui sortent du cadre classique. Le parfumeur français Diptyque a associé des arômes de crème glacée à ses parfums, en boutique. La marque britannique Jo Malone London s’est associée à des hôtels pour proposer des thés de l’après-midi parfumés. Ce ne sont pas de grosses campagnes publicitaires : ce sont des expériences qu’on raconte ensuite sur les réseaux sociaux chinois.

Le marché reste dominé par de grands noms. Chanel, LVMH, Coty, Procter & Gamble, L’Oréal, Estée Lauder, Mary Kay, Burberry, Salvatore Ferragamo et Avon représentent à eux seuls près de la moitié du marché chinois du parfum. Ces marques investissent massivement en publicité, presse, télévision et digital, et leur positionnement haut de gamme entretient leur notoriété.
Le vrai défi pour une marque plus petite, ce n’est pas d’abord le budget. C’est le point de vente. Contrairement aux pays européens, le circuit de distribution physique du parfum reste peu développé en Chine. Les ventes passent surtout par des revendeurs spécialisés, en qui les consommateurs chinois ont davantage confiance qu’en un rayon anonyme. C’est pour ça que l’étape 3 de mon guide, plus bas, compte presque autant que votre formule elle-même.
Vous devez éduquer vos consommateurs avant de leur vendre quoi que ce soit. Montrez l’intérêt d’acheter vos produits, visez la jeune génération, et vous construirez une habitude d’achat sur la durée. Cette pédagogie doit s’accompagner d’une vraie stratégie digitale, sinon elle reste invisible. Vos valeurs de marque comptent aussi : il faut vous distinguer clairement de la concurrence, pas juste vendre un flacon de plus.
Un site chinois qui donne envie
La sphère digitale chinoise est très développée, et le e-commerce y est quasiment omniprésent. Votre site chinois doit permettre de trouver prix et réductions dès la première page. Un contenu qualitatif et des photos HD sont indispensables pour montrer un parfum, un produit qu’on ne peut évidemment pas sentir à travers un écran. Votre site doit se concentrer sur l’expérience, pas seulement sur la fiche produit.
Comment lancer votre marque de parfum en Chine : le guide étape par étape
Voici comment je structure un lancement avec mes clients. Ce n’est pas une formule magique. C’est un ordre logique qui évite les erreurs les plus coûteuses.
Étape 1 : choisir votre positionnement avant tout le reste
La première question que je pose à un client, c’est : vous voulez vendre du rêve occidental, ou vous voulez jouer sur le terrain du guochao ? Ce n’est pas une question de goût, c’est une question de stratégie, et elle conditionne tout ce qui suit. J’ai écrit un article complet sur ce choix : luxe ou local, il faut choisir. Et si vous hésitez encore sur le principe même d’entrer sur ce marché, j’explique aussi pourquoi c’est le bon moment pour vous lancer.
Étape 2 : passer le dossier réglementaire (备案)
C’est l’étape que les marques étrangères sous-estiment le plus. En Chine, le parfum est classé comme cosmétique non spécial, ce qui veut dire une notification, 备案 (bèi’àn), plutôt qu’un enregistrement lourd. Mais depuis 2026, plusieurs règles ont bougé :
- Depuis le 15 juillet 2026, la nouvelle réglementation sur l’enregistrement et le dépôt des nouveaux ingrédients cosmétiques est entrée en vigueur. Elle simplifie les documents à fournir et réduit la liste des ingrédients à haut risque aux seuls conservateurs, filtres solaires, colorants, teintures capillaires et agents blanchissants. Pour une marque de parfum classique, c’est une bonne nouvelle : moins de paperasse sur vos matières premières.
- À partir du 1er décembre 2026, le décret n°284 remplace l’ancien décret n°143 sur l’import-export des cosmétiques. Il change les lieux d’inspection, les règles sur les produits semi-finis importés, et impose une vérification de conformité numérique. Concrètement, votre dossier douanier devra être plus propre et plus traçable qu’avant.
- Vous devez désigner un responsable domestique en Chine, une entité chinoise qui porte la responsabilité réglementaire de votre produit face à l’autorité de régulation. Sans elle, aucun dépôt n’est possible.
Comptez entre trois et six mois pour un dossier de notification standard, plus si votre formule contient un ingrédient nouveau non répertorié. Ne sautez pas cette étape pour aller plus vite via le cross-border : le contrôle sur les produits semi-finis se resserre justement pour fermer cette porte de sortie.
Étape 3 : choisir vos canaux d’entrée
Trois options s’offrent à vous, et elles ne s’excluent pas :
- Cross-border (Tmall Global, JD Worldwide) : le plus rapide à mettre en place, dossier réglementaire allégé, mais vous restez perçu comme une marque importée à distance, moins ancrée localement.
- Entité locale avec notification complète : plus lent, plus lourd administrativement, mais vous ouvrez l’accès aux boutiques physiques et aux grands magasins, et vous gagnez en crédibilité.
- Revendeurs spécialisés : en Chine, le point de vente parfum classique reste peu développé. S’appuyer sur des revendeurs spécialisés reste souvent le chemin le plus rapide vers la confiance du consommateur.
Le mini-programme WeChat mérite une mention à part.

Avec plus de 1,2 milliard d’utilisateurs actifs, WeChat n’est pas qu’une messagerie. C’est un écosystème complet où vous pouvez vendre directement, sans rediriger vers un site externe. Vous gardez la donnée client, vous personnalisez l’expérience, et vous ajustez votre stratégie selon ce que les gens achètent vraiment.
Étape 4 : créer l’envie avant la vente (种草)
种草 (zhòngcǎo) veut dire littéralement planter l’herbe. C’est le terme chinois pour cette recommandation, souvent d’un influenceur ou d’un ami, qui donne envie d’acheter un produit qu’on ne connaissait pas la veille. Pour le parfum, c’est central : le produit s’achète par les yeux avant de s’acheter par le nez.

Sur Xiaohongshu (Little Red Book), plus de 200 millions d’utilisateurs actifs, en majorité des femmes urbaines jeunes, cherchent des avis honnêtes avant d’acheter. C’est devenu un passage obligé pour une marque de parfum qui veut être prise au sérieux.
Sur Douyin, plus de 700 millions d’utilisateurs actifs mensuels, les vidéos courtes montrant des tests de parfum ou des conseils pour choisir sa fragrance deviennent virales. Le défi, évidemment, c’est de montrer une odeur en vidéo. Les créateurs qui marchent le mieux jouent sur l’ambiance visuelle, les ingrédients, les associations : un parfum café du matin à Paris, un parfum forêt après la pluie. C’est une traduction, pas une odeur.
Une erreur fréquente : miser uniquement sur des gros KOL, ces influenceurs à forte audience. En 2026, les campagnes qui rapportent le mieux mélangent un ou deux KOL pour la visibilité, et beaucoup de KOC, des consommateurs ordinaires perçus comme plus honnêtes, pour la confiance. Le ratio que je recommande à mes clients tourne autour de 80 % de KOC pour 20 % de KOL sur un premier lancement.
Étape 5 : adapter le produit, pas seulement le message
- Le flacon compte presque autant que le jus. Puisqu’une bonne partie des ventes reste liée au cadeau, un flacon qui se donne bien vaut cher en conversion.
- Les formats voyage et cadeau se vendent particulièrement bien autour du Nouvel An chinois et de la Fête des célibataires, le 11.11.
- Le prix psychologique a bougé avec la montée du guochao. Le milieu de gamme, entre les marques locales accessibles et le grand luxe occidental, progresse le plus vite en ce moment.
- L’intensité compte aussi : les consommateurs chinois veulent quelque chose de présent, mais pas envahissant. Ils apprennent encore les codes du combien c’est trop.
Étape 6 : mesurer, ajuster, recommencer
Ne lancez jamais une marque de parfum en Chine comme un coup unique. Suivez au minimum le taux de conversion Xiaohongshu vers achat, le taux de réachat sur votre mini-programme WeChat, et le coût d’acquisition par canal. La donnée collectée sur votre mini-programme, en particulier, vous permet d’ajuster votre offre bien plus vite qu’un rapport trimestriel classique.
Un cas concret : Julien et sa maison de niche belge
Julien dirige une petite maison de parfum de niche en Belgique. Quatre créations artisanales, un positionnement haut de gamme confidentiel en Europe. Il voulait entrer en Chine par le cross-border, vite, sans entité locale.
Le problème : au bout de six mois, ses ventes sur Tmall Global plafonnaient à quelques dizaines de flacons par mois. Le produit était bon, le dossier réglementaire en règle, mais personne ne le découvrait. Aucun 种草 en amont, aucune présence sur Xiaohongshu, un packaging pensé pour un rayon parisien, pas pour un cadeau chinois.
Ce qu’on a changé : une campagne de 40 KOC sur Xiaohongshu, centrée sur l’histoire artisanale de la maison, parce que l’authenticité européenne reste un vrai argument à condition de la raconter, et un coffret cadeau spécifique pour le marché chinois, plus travaillé visuellement que le flacon seul vendu en Europe.
Résultat en quatre mois : les ventes ont été multipliées par 4,5. Et surtout, le panier moyen a augmenté de 60 % grâce au coffret cadeau. Ce n’est pas la publicité qui a débloqué la situation. C’est la confiance construite par des avis qui sonnaient vrais.
FAQ : les questions qu’on me pose le plus sur le lancement d’une marque de parfum en Chine
Combien de temps faut-il pour lancer une marque de parfum en Chine ?
Comptez entre quatre et huit mois du premier contact réglementaire au premier flacon vendu. Le dossier de notification prend généralement trois à six mois, et vous pouvez préparer votre stratégie Xiaohongshu et Douyin en parallèle plutôt qu’après.
Peut-on se lancer sans entité chinoise ?
Oui, via le cross-border, avec un dossier réglementaire allégé. Mais vous restez limité en distribution physique, et le décret n°284 de décembre 2026 resserre le contrôle sur les produits semi-finis, ce qui réduit certaines marges de manœuvre du cross-border.
Faut-il absolument passer par un revendeur spécialisé ?
Ce n’est pas obligatoire, mais ça aide beaucoup. Les consommateurs chinois font davantage confiance à un revendeur spécialisé qu’à un rayon anonyme, surtout pour un premier achat.
Un petit budget marketing, est-ce jouable face aux grands groupes ?
Oui, à condition de jouer sur le KOC plutôt que sur le KOL. Une campagne de recommandations honnêtes coûte beaucoup moins cher qu’une campagne de célébrités, et convertit souvent mieux sur un premier lancement.
Comment savoir si mon parfum va plaire au marché chinois ?
Testez avant de produire en masse. Un petit lot envoyé à des KOC ciblés, avec un vrai retour qualitatif, vaut plus qu’une étude de marché générique. Regardez aussi si votre positionnement penche vers le luxe importé ou vers le guochao : ça change toute la suite.

- Agence 100 % digitale
- Une équipe de 50, basée à Shanghai, relayée en France
- Micro-branches en France, UK et Taïwan
- Experte du branding et de l’e-commerce
- 2 000 projets au compteur
- Sur le terrain chinois dès 2012
A lire aussi sur le lancement d’une marque de parfum en Chine :
- Marques de parfum, lancez-vous en Chine, c’est le moment
- L’engouement des parfums en Chine : luxe ou local, il faut choisir
- Comment utiliser WeChat pour marketer des produits hygiène, soin et beauté en Chine

À Shanghai, Philip Chen parle de flacons de parfum bien plus souvent qu’un cofondateur ne devrait l’admettre. Son vrai métier : montrer aux marques étrangères ce que les Chinois pensent de leurs produits, de préférence avant qu’elles ne l’apprennent à leurs frais.
Philip répond aux messages sur LinkedIn.




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