Le café en Chine: tout passe par le Branding

Le café en Chine: tout passe par le Branding

Les Chinois boivent du thé depuis des siècles. Le café, lui, est arrivé par Nescafé et Starbucks il y a une vingtaine d’années. En 2026, ce n’est plus une boisson d’expat : c’est un marché de masse, avec des chaînes chinoises qui ouvrent plus vite que n’importe qui dans le monde.

Café Fendi en Chine, exemple de branding luxe

Mon installation à Shanghai date de 2012. À l’époque, un latte chez Starbucks était un petit luxe. Aujourd’hui, mon équipe commande du Luckin à 9,9 yuans sur son téléphone sans même y penser. Entre les deux, une seule chose a fait la différence entre les marques qui gagnent et celles qui disparaissent : le branding.

Pour les chiffres de croissance sur le long terme, j’en parle dans notre article sur le marché du café en Chine. Ici, je fais le point 2025-2026, puis je regarde comment les marques construisent une identité qui parle au consommateur chinois. Parce qu’ici, vendre du café ne suffit pas. Il faut vendre une histoire.

Le marché du café en Chine en 2025-2026 : les chiffres qui comptent

Selon le rapport 2025 sur l’industrie du café en Chine, le marché a atteint 218,1 milliards de yuans en 2025, dont plus de 188 milliards pour le café préparé en boutique. Le pays compte environ 215 000 cafés, avec plus de 40 000 nouveaux établissements sur l’année (Beijing News, janvier 2026).

Le chiffre qui m’intéresse le plus est ailleurs : le ticket moyen est tombé autour de 25 à 27 yuans en 2025, contre 32 à 42 yuans en 2023 (même source). La guerre des prix a fait son travail. Le café est devenu une habitude quotidienne, mais il est aussi devenu bon marché.

Pour une marque française, ça change tout. Vous n’allez pas vous battre sur le prix d’une tasse. Vous allez vous battre sur ce que la tasse raconte.

L’héritage : comment les marques occidentales ont appris le branding café en Chine

Avant Luckin, ce sont les maisons de luxe qui ont montré la voie. Zegna, Maison Margiela, Tiffany & Co., Dior, Gucci, Louis Vuitton, Golden Goose, Ray-Ban : toutes ont ouvert des cafés en Chine. Pas pour gagner de l’argent sur le cappuccino. Pour qu’on photographie leur logo sur une tasse et qu’on le poste sur Xiaohongshu.

Le décor, la vaisselle, le service : tout sert la marque. La tasse n’est qu’un prétexte.

Le marché du café en Chine

Nescafé, Nespresso, Starbucks : chacun a choisi un angle différent pour convaincre un consommateur qui, au départ, n’aimait pas franchement le goût du café. Ces campagnes datent, mais les leçons tiennent toujours.

Nescafé : l’audace comme angle de marque

La marque de café instantané de Nestlé visait la classe moyenne montante et les jeunes cadres. Pour les toucher, elle a pris un ambassadeur inattendu : le blogueur Han Han, pilote de rallye, auteur à succès, voix critique d’une partie de la jeunesse.

La campagne « Vivez votre audace » le montrait en road trip à travers la Chine. Pas de discours sur le goût. Juste un mode de vie.

Relais Weibo de la campagne Nescafé avec Han Han

Sur Weibo, les fans suivaient ses aventures comme un carnet de voyage. C’est ça, le branding : donner à la marque un visage auquel on a envie de ressembler.

Nespresso : construire une communauté de connaisseurs

Nespresso partait avec un handicap. Pour le consommateur chinois, le café se boit dehors, pas à la maison. La marque a donc commencé par éduquer.

D’abord un site en chinois qui explique la différence entre dosette, café moulu et instantané.

Site Nespresso en chinois

Ensuite un Club Nespresso pour acheter capsules et machines en ligne, avec des exclusivités membres. Objectif : créer un petit cercle de connaisseurs, puis s’en servir comme ambassadeurs.

Nespresso Club, achat de capsules en ligne

Nespresso Club, achat de machine en ligne

C’est lent. Très lent. Mais les chaînes comme Starbucks ou Costa ont fait une partie du travail à sa place en habituant les Chinois au goût du café.

Starbucks : trois choix de branding qui ont marché

Si le café a décollé en Chine, c’est en grande partie grâce à Starbucks. Pendant quinze ans, c’était le lieu où l’on se montrait. Trois choix expliquent ce succès.

1) Une vraie cible, pas « tout le monde »

Peu de Chinois aimaient vraiment le goût du café. Ceux qui en buvaient achetaient un mode de vie : urbains, classe moyenne supérieure, jeunes cadres qui voulaient afficher leur réussite. Starbucks leur a parlé directement, avec des campagnes montrant des clients chinois ordinaires plutôt que des stars.

2) Des boutiques adaptées aux usages chinois

Les Chinois restent longtemps assis, en groupe. Starbucks a agrandi ses espaces et changé la disposition des tables. Plus de thés, des pâtisseries locales, des boutiques en bois et en briques à l’architecture traditionnelle.

Boutique Starbucks en Chine

Boutique Starbucks à l'architecture traditionnelle, Fuzhou

Résultat : Starbucks s’est fondu dans la ville tout en restant un lieu un peu chic, presque une boutique de luxe accessible.

3) Un digital qui fait participer

Mini-programme WeChat, carte de fidélité digitale, collections saisonnières. Les gobelets en édition limitée partent en quelques heures et inondent Xiaohongshu et Douyin le jour de leur sortie. Le client ne fait pas qu’acheter, il poste.

Site Starbucks en chinois

Le site en chinois raconte l’histoire de la marque et ses événements. Sur Weibo, les clients proposent des recettes et ont l’impression de faire évoluer la marque.

Compte Weibo de Starbucks Chine

Starbucks avait aussi un compte sur Kaixin, un réseau social qui comptait chez les jeunes cadres au début des années 2010 et qui a disparu depuis. La leçon tient toujours : soyez là où est votre cible, même quand la plateforme change. En 2026, c’est WeChat, Douyin, Xiaohongshu, et Weibo dans une moindre mesure.

Ancien compte Kaixin de Starbucks

Starbucks Chine passe sous contrôle chinois

Voilà le signe le plus fort que le rapport de force a changé. En novembre 2025, Starbucks a annoncé la cession de 60% de ses activités en Chine au fonds Boyu Capital, sur la base d’une valeur d’entreprise d’environ 4 milliards de dollars (Tencent News, novembre 2025). L’opération a été finalisée début avril 2026 : Boyu détient 60% de la coentreprise, Starbucks garde 40% et reste propriétaire de la marque. La coentreprise, basée à Shanghai, gère environ 8 000 boutiques et vise 20 000 à terme (Sina Finance, avril 2026).

Ce que j’en retiens : même Starbucks, la marque qui a appris le café aux Chinois, a jugé qu’elle avait besoin d’un actionnaire chinois pour rester dans la course. Si vous pensez qu’un logo français suffit à faire vendre, relisez cette phrase.

Le branding du café chinois en 2026 : Luckin, Manner, Cotti

Dix ans après Nescafé et Nespresso, ce ne sont plus les marques occidentales qui fixent les codes. Ce sont trois marques chinoises, avec trois stratégies très différentes.

Luckin, la machine à volume. Fin 2025, Luckin comptait 31 048 boutiques et a réalisé 49,288 milliards de yuans de chiffre d’affaires sur l’année (China Daily, mars 2026). Tout passe par l’appli et le mini-programme, les co-brandings s’enchaînent et chaque lancement est pensé pour devenir viral. Luckin ne vend pas un café, il vend un événement par semaine.

Manner, le café de spécialité à prix doux. Fondée en 2015 à Shanghai, la marque compte plus de 2 000 boutiques en propre. Fin 2025, la presse évoquait une possible introduction en Bourse à Hong Kong dès 2026, ce que Manner n’a pas commenté (The Paper, novembre 2025). Son angle : du café de bonne qualité, un design épuré, et une mise en avant du café du Yunnan qui parle a un consommateur de plus en plus fier des marques locales.

Cotti, le prix d’abord, et ses limites. Fondée par d’anciens dirigeants de Luckin, Cotti revendiquait environ 18 000 boutiques fin 2025. Mais sur les 90 jours précédant début juillet 2026, la marque a fermé 617 boutiques pour 544 ouvertures, la première fois que les fermetures dépassent les ouvertures (Sina Finance, juillet 2026).

Pour moi, Cotti montre exactement ce qui arrive quand une marque n’a que le prix comme argument. Dès qu’un concurrent descend plus bas ou que les franchisés ne gagnent plus d’argent, il ne reste rien. Pas de fidélité, pas d’histoire.

Le café de spécialité : la vraie fenêtre pour une marque française

Pendant que Luckin et Cotti se battent à 9,9 yuans, un autre marché grandit à côté. À Shanghai, il y a des dizaines de petits cafés de spécialité rien que dans mon quartier, avec des baristas qui parlent d’origine, de process et de torréfaction comme un caviste parle de vin. Leurs clients paient deux à trois fois le prix d’un Luckin sans broncher.

C’est là qu’un torréfacteur ou une marque de café français a sa carte à jouer. Pas en face de Luckin. À côté.

Ce que je conseillerais concrètement :

  • Commencer par le B2B : vendre du grain torréfié aux cafés indépendants et aux hôtels de Shanghai, Shenzhen, Chengdu. Ils cherchent des origines et des profils différents de ce que proposent les gros importateurs.
  • Tester le marché en cross-border sur Tmall Global ou Douyin avant d’ouvrir une société en Chine. Comptez trois à six mois pour avoir des premiers retours fiables.
  • Raconter le savoir-faire français : le métier de torréfacteur, l’atelier, la famille, la façon de travailler un grain. Pas « café premium européen », tout le monde le dit.
  • Travailler les accords café et pâtisserie, café et chocolat. C’est un terrain où la France est crédible et où les chaînes chinoises ne vont pas.

Honnêtement, je ne conseillerais pas à une petite marque française d’ouvrir une boutique physique à Shanghai la première année. Les loyers sont élevés, la concurrence est féroce et il faut du temps pour qu’une adresse devienne rentable. Construisez d’abord la notoriété en ligne. La boutique viendra après, si elle a du sens.

Cas client : une marque de café européenne qui vendait « premium »

Un client de GMA, une petite marque de café artisanal européenne, est venu nous voir après un an sur Tmall. Packaging soigné, prix aligné sur Nespresso, discours « café premium européen ». Les ventes restaient faibles et le trafic ne décollait pas.

Leur premier réflexe avait été de mettre plus de budget en publicité Tmall et de refaire les visuels produit. Le trafic avait un peu monté. Les ventes, presque pas. Le probleme n’était pas la visibilité. C’était l’histoire.

On a changé l’angle. Sur Xiaohongshu, la marque a commencé à montrer l’atelier, le geste de torréfaction, la famille derrière le produit. Des posts simples, filmés sur place, avec des explications concrètes sur le grain. On a aussi réécrit la page « notre histoire » pour un lecteur chinois, au lieu de la traduire mot à mot. Les commentaires ont changé de ton, les questions sont devenues précises, et les ventes ont suivi.

Ce que ça m’a appris : le consommateur chinois de café en 2026 n’achète plus une origine. Il achète une histoire qu’il peut raconter à son tour dans ses propres posts.

Costa Coffee a suivi le chemin tracé par Starbucks. Luckin, Manner et Cotti en ont tracé un autre. La règle, elle, n’a pas bougé : une marque qui n’investit pas dans son image reste invisible, même avec un bon produit.

Costa Coffee en Chine

Comment GMA accompagne les marques de café en Chine

GMA, agence marketing pour les marques de café en Chine

Chez GMA, à Shanghai, on travaille avec des marques de boissons et d’alimentation qui arrivent en Chine ou veulent y repartir sur de bonnes bases. Pour le café, notre méthode tient en trois temps : un positionnement qui ne repose pas sur le prix, une marque construite sur Xiaohongshu et Douyin avec du contenu et des KOC, puis la vente sur Tmall, Douyin ou en cross-border. On sait aussi chercher vos premiers clients B2B dans les cafés indépendants. Nos références du secteur sont sur la page agence food & beverage en Chine. Pour un premier échange, écrivez-nous.

Olivier Verot, café et marques en Chine

« En Chine, on ne vend pas du café. On vend une histoire, et les marques qui l’oublient restent invisibles, même avec un bon produit. »

Café, cosmétique, mode : Olivier Verot aide des marques occidentales à se faire un nom auprès des consommateurs chinois. Il a lancé Gentlemen Marketing Agency en 2012 et n’a jamais quitté Shanghai depuis.

Questions fréquentes

Faut-il un gros budget pour construire une marque de café en Chine ?
Non. Nespresso et Starbucks ont des budgets énormes, mais ce qui a fait leur succès, c’est la cohérence entre le produit, le lieu et l’histoire. Une petite marque peut construire un positionnement clair sur Xiaohongshu avec un budget modeste, à condition de raconter quelque chose de précis.

Le storytelling occidental fonctionne-t-il encore en Chine en 2026 ?
Moins bien tout seul. Le consommateur de 2026 a grandi avec Manner et Luckin, il connaît deja les codes occidentaux. Ce qui marche : une origine crédible et vérifiable, racontée avec des formats chinois sur Xiaohongshu, Douyin et WeChat.

Comment une marque indépendante peut-elle exister face à Luckin ou Manner ?
Pas sur le prix : Luckin dépasse les 31 000 boutiques, vous perdrez. Elle peut exister là où les chaînes ne vont pas : une origine précise, un savoir-faire de torréfaction, une expérience qui ne se copie pas facilement.

Où communiquer en priorité pour lancer une marque de café en Chine ?
Xiaohongshu pour construire la marque, Tmall ou Douyin pour vendre. Weibo reste utile pour l’engagement communautaire, comme le montre encore le compte Starbucks.

Starbucks est-il toujours une marque américaine en Chine ?
La marque appartient toujours à Starbucks, mais depuis avril 2026 les boutiques chinoises sont gérées par une coentreprise détenue à 60% par Boyu Capital et à 40% par Starbucks.

6 commentaires

  • Très très bonne étude. Je fais une étude sur le marché du café en Chine et ton travail va beaucoup m’aider. Je te mettrai comme référence. Pas de plagiat 🙂 lol!. Encore une fois, Merci.

  • Bonjour, cher auteur,

    Votre etude m’a beaucoup intérréssé, pourriez vous me contacter par le biais de mon adresse mail, j’aimerais discuter avec vous du sujet.. J’aurais aimé qu’on puisse le faire autour d’un café, mais le trajet France Chine, ca fait cher le café! Merci d’avance , a bientot j espere…

  • @Oliv bravo pour ton article!
    @Kadla, merci j’ai appris un tas de choses!

    Je dois dire que Starbucks se débrouille vraiment très bien. Même si je n’aime pas le fait qu’on les croise tous les 500 mètres en moyenne (voir moins) ils sont très très fort!

  • A
    Marketing Chine

    @Kadla
    Merci de ce commentaire très qualitatif et toujours content que tu suives mon blog.

  • Comment puis je ne pas ramener ma fraise sur un sujet comme le café!

    Tout d’abord, excellente description de la situation en Chine continentale (je ne comprends donc pas HK, qui a un marché très supérieur qualitativement!).

    Pour appuyer la montée de la demande de café en Chine, il faut regarder un tout petit peu plus attentivement Starbucks. Il y a de cela deux ans, acheté dans le Yunnan, une très grande ferme de café. De l’Arabica qui va leur permettre de se passer des coûts d’importations (x1.4/1.5 par rapport au prix d’achat EXW). Le coût d’un café du Yunnan, en arabica, est surement le moins cher du monde et donc les marges sur les cafés seront décuplés. Même si son cpc (cost per cup) est déjà hyper bas.

    Ce qui bloque le développement du café, c’est le coût exorbitant à l’important (même si en vert, les taxes sont un peu plus basses).
    Le deuxième problème c’est que la plupart des cafés vendues sont des cafés trop torréfiés et parfois des mélanges avec de grosses quantités de robusta (donc plus fort et plus riche en caféine).
    Enfin le troisième, c’est le facteur communication du produit. Jusqu’à présent, les cafés select achètent Illy pour faire classe mais pourtant, il existe des torréfacteurs sur la Chine qui proposent une alternative gustative à tarif équivalent voire inférieure. Il n’y a pas de structure communicant sur le café.

    Le marché du café CHR, c’est un univers quasi exclusivement réservé aux énormes structures. Les hôtels par exemple, achetent, sur la base de 80% de café le moins cher possible appelé café breakfast (celui que les clients dans la grande majorité boivent) et seulement 20% de café de qualité pour le café Lobby (les clients paient leur café). Et cela a tendance à partir sur du 90/10.

    Maintenant j’aimerais détailler le cpc.

    Avec 1 kilo de café, on peut faire 142 tasses avec une machine expresso, mais disons qu’on en fait 135. 7 grammes de café, que vous vouliez un expresso, un latte, un cappucino. Pour un café acheté 300rmb du kilo, vous avez donc une tasse à 2.2 rmb… Maintenant, il faut savoir que Starbucks, les hotels etc. ils sont plutot aux alentours de 1rmb. Voyez les marges, mais en rajoutant le lait et l’eau….

  • Respect ! Très belle étude, qui a du te prendre un temps fou !!

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