En 2026, vous préparez peut-être une campagne publicitaire en Chine et vous vous demandez si les Chinois vont seulement y croire. La question était déjà posée en 2023. Elle l’est encore plus aujourd’hui, sur un marché saturé de bannières, de pop-up et de vidéos sponsorisées.
Un point de départ ancien : la méfiance mesurée
L’association chinoise des consommateurs avait interrogé 13 000 personnes sur ce sujet : plus de 65% des sondés déclaraient ne pas faire confiance à la publicité. Deux tiers d’entre eux disaient même avoir été victimes d’une publicité mensongère ou illégale, sur un total de 5 488 plaintes reçues en six mois.

Les supports les plus visés, dans l’ordre : la publicité extérieure (murs, abribus), la télévision, jugée la pire, et internet, surtout les bannières. Les sondés estimaient aussi que les médias qui diffusent ces publicités portent une part de responsabilité (41,3%) et que les célébrités qui leur prêtent leur image doivent en répondre (80%).
Un exemple resté connu : Yi Jianlian, deuxième star du basket chinois après Yao Ming, avait prêté son image à une marque de lait censée faire grandir. La promesse était absurde, et le public l’a vue comme telle. Une célébrité ne suffit pas à faire avaler n’importe quoi.
Se promener sur Nanjing Lu à Shanghai donnait déjà cette impression il y a quelques années : une rue magnifique, totalement recouverte de publicité, au point que le message se noie dans le décor. C’est encore plus vrai en 2026, avec les écrans LED qui ont remplacé une bonne partie des affiches papier.
Ce que je répète souvent à mes clients : la publicité classique ne fonctionne que si la marque est déjà connue et bénéficie d’un capital confiance. Quand L’Oréal sort un nouveau produit, l’annonce attire l’attention parce que les Chinois font déjà confiance à la marque française. Une marque qui débarque sans notoriété n’a pas ce filet de sécurité. Elle doit construire la confiance avant de pouvoir vendre dessus.
Ce qui a changé en 2026 : la confiance existe, mais plus dans la pub classique
Le dernier baromètre de confiance Edelman pour la Chine donne un indice composite de 80, contre une moyenne de 57 sur les 28 pays étudiés. Les Chinois ne sont donc pas devenus méfiants envers tout. Ils sont devenus sélectifs sur qui et quoi croire.
Une enquête menée en 2026 auprès de 6 850 internautes le confirme : près de 70% des sondés se disent prêts à payer plus cher pour une confiance certaine, et plus de la moitié dit se sentir régulièrement piégée par des éléments trompeurs, faux labels ou listes d’ingrédients illisibles en tête. Ce que les consommateurs détestent le plus reste sans surprise l’exagération des promesses.
Du côté des annonceurs eux-mêmes, le constat rejoint celui des consommateurs. Le rapport 2026 sur les tendances marketing en Chine, publié par CTR avec l’Institut national de la publicité et l’université de la Communication de Chine, montre que 49,5% des annonceurs pensent désormais que le marketing de contenu est le meilleur levier pour se différencier et construire une relation avec le client, loin devant la publicité display classique.
Pourquoi le contenu KOL/KOC inspire plus confiance qu’une bannière
Le mécanisme est simple à comprendre, moins simple à exécuter. Une bannière annonce qu’elle vend quelque chose, et le cerveau du lecteur active aussitôt son filtre anti-pub. Une vidéo de KOC, elle, ressemble à un avis entre pairs, même si elle est rémunérée.
Selon iiMedia Research (艾媒咨询), 61,49% des consommateurs chinois disent en 2026 que les vidéos de recommandation de KOL et de KOC sont leur première source d’information avant achat, devant le contenu produit directement par la marque. La logique est intuitive : on croit plus facilement quelqu’un qui a l’air d’avoir testé le produit qu’une agence de communication.
Le revers, c’est que les KOL très commerciaux perdent aussi en crédibilité. Un compte qui recommande dix marques par semaine ne convainc plus grand monde. D’où la montée des KOC, ces micro-créateurs suivis par quelques milliers de personnes, dont la parole vaut plus cher précisément parce qu’elle est rare. Nous avons détaillé ailleurs comment repérer les faux influenceurs avant de leur confier un budget, un piège dans lequel tombent encore beaucoup de marques étrangères.

Sur Xiaohongshu, la publicité qui convertit ressemble à une recommandation, pas à un encart.
Un article de SEO Agency China sur le podcast Xiaoyuzhou résume bien le principe : une marque qui participe à de bonnes conversations « construit un type de confiance qu’une bannière ne construira jamais ». Lire l’article complet sur SEO Agency China.
Ce que change la loi chinoise sur la publicité déguisée
Depuis 2026, la Chine a resserré les règles sur la publicité d’influence. Dès qu’un créateur est payé ou reçoit un produit gratuit pour en parler, le contenu doit être signalé comme publicité, avec la mention 广告 clairement visible. Les créateurs sans certification reconnue ne peuvent plus non plus aborder certains sujets sensibles, santé, finance, droit ou éducation, sans qualification. Le cabinet Hogan Lovells a publié un résumé utile de ces obligations pour les marques qui travaillent avec des influenceurs chinois.
Pour une marque étrangère, ça change la manière de construire une campagne. On ne peut plus compter sur un flou entre avis spontané et contenu sponsorisé pour gagner en crédibilité par la bande. Il faut assumer le sponsoring et compenser par la qualité du contenu et le choix du bon KOC.
Un exemple concret : comment Marc a arrêté de perdre de l’argent en publicité
Marc dirige une petite marque de bijoux belge, vendue en ligne depuis Anvers vers plusieurs marchés dont la Chine. Ses six premiers mois sur le marché chinois ont suivi le manuel classique : SEM sur Baidu, bannières display sur trois sites généralistes, un budget mensuel autour de 8 000 euros.
Résultat : un taux de clic sous 0,3%, un coût par acquisition supérieur à 90 euros, et surtout aucun retour qualitatif. Les visiteurs cliquaient parfois, achetaient rarement, ne revenaient jamais. Le budget publicité n’avait tout simplement pas créé de confiance dans la marque.
Le changement est venu d’un pivot simple : couper la moitié du budget display, et le réinvestir dans une campagne de seeding avec une trentaine de KOC sur Xiaohongshu, complétée par une relance WeChat en private domain pour les acheteurs déjà identifiés. Pourquoi ça a marché : les vidéos de KOC prenaient la forme d’un avis personnel sur un bijou porté au quotidien, pas d’une publicité. Elles arrivaient dans un flux où le lecteur cherche déjà une recommandation, pas une interruption.
En quatre mois, le coût par acquisition est descendu à 34 euros, et le taux de conversion sur les visiteurs venus de Xiaohongshu a été trois fois supérieur à celui des visiteurs venus des bannières. La marque n’a pas dépensé moins. Elle a dépensé mieux, sur un format que les Chinois sont prêts à croire.
Si votre budget passe surtout par la recherche, la défiance est encore plus marquée. Nous avions détaillé ce point dans notre article sur la méfiance envers les publicités Baidu.
Questions fréquentes
La publicité classique est-elle complètement inutile en Chine en 2026 ?
Non. Elle reste utile pour une marque déjà connue, comme L’Oréal ou Cartier, qui active un capital confiance existant. Pour une marque qui arrive sur le marché sans notoriété, elle convertit mal si elle n’est pas soutenue par du contenu KOC en amont.
Combien de KOC faut-il pour lancer une marque inconnue en Chine ?
Il n’y a pas de chiffre magique. Une vingtaine à une trentaine de micro-créateurs bien ciblés, avec un vrai usage du produit, pèsent en général plus qu’un seul KOL à un million d’abonnés. La répétition du message par des voix différentes construit la confiance plus vite qu’une seule grosse campagne.
Faut-il signaler qu’un post est sponsorisé même sur un petit compte ?
Oui. Dès qu’il y a rémunération ou produit offert en échange du contenu, la loi chinoise impose la mention publicitaire, quelle que soit la taille du compte. Le risque en cas d’oubli retombe d’abord sur le créateur, mais une marque sérieuse s’assure que ses partenaires l’appliquent.

« Une bannière ne rassure personne en Chine. Ce sont les avis d’inconnus qui achètent à votre place : choisissez-les avec plus de soin que vos mots-clés. »
Olivier Verot a fondé GMA à Shanghai en 2012. Il a vu la ville se couvrir de panneaux publicitaires, puis les consommateurs s’en détourner un à un. Aujourd’hui, il aide les marques étrangères à construire une présence en Chine qui repose sur la preuve plutôt que sur le slogan.


8 commentaires
Lily
C’est fascinant de voir comment des applications comme WeChat transforment les stratégies de PUblicité-marketing digital en Chine. Leur modèle de super app semble être un écosystème parfait pour des campagnes marketing intégrées. Pensez-vous que cette tendance se globalisera ?
Marketing Chine
Mes sources: le Mercator
c’est marrant tu as aussi oublié de le préciser !
Dimitri
Ce serait bien que tu mettes tes sources.. (c’était un article de 2006)
no88
Trop de communication tue la communication… surtout quand elle n’est pas loyale.
Deux proverbes chinois à mettre en parallèle :
1) « Peu de paroles, peu d’affaires » (à comparer avec notre « si la parole est d’argent…)
2) « Trop de colle ne colle plus. Trop de sucre n’adoucit plus »
:))
Meng Laowai
J’étais tombé sur ça la dernière fois, un américain je crois qui chante le célèbre « cao ni ma » en version karaoke, sur l’air de Plastic Bertrand…
http://www.youtube.com/watch?v=BMAMcnGnmsw
wang xiaolong
C’est une très bonne publicity, pas mauvaise. Les chinois aiment beaucoup.
C’est une grande superstar en Chine, pourquoi vous dites cela?
Chtinois
Regarde quelques mots avant, l’auteur parle de ‘pubs grotesques’. Cette pub avec Yi Jian Lian est au niveau d’AB production, un garcon, 2 filles rivales, avec le lait comme atout de seduction, ca vole pas tres haut, non? Je viens de quitter Nanjing, mes amities a tous les habitants d’Han Kou Xi Lu qui vont bientot avoir un Suguo tout beau tout neuf!
Florence
» et je vais prendre l’exemple du basketeur Yi jian lian, la 2e star du basket du pays après Yaoming. Ce Géant faisait la Pub pour du Lait, ben oui cette marque de lait fait grandir et en plus ça plait aux filles »
Je suis désolée, mais je ne comprends pas cette phrase (malgré ma bonne volonté). Il faut dire que la photo ou la vidéo derrière ne passe visiblement pas à Nanjing. Et comme il n’y a pas d’analyse derrière… (mais bon, je connais l’histoire donc…).