Par Philip Chen, cofondateur de GMA à Shanghai. Il travaille avec des fournisseurs étrangers de composants et de solutions d’automatisation qui veulent vendre aux usines chinoises.
En septembre dernier, j’étais au CIIF, le salon de l’industrie de Shanghai. Un stand attirait toute la foule : un robot humanoïde de la taille d’un adolescent qui triait des pièces sur une chaine miniature, pendant qu’un ingénieur expliquait à des acheteurs venus du Jiangsu comment le lui louer plutôt que l’acheter. Personne ne s’étonnait de rien. En 2022, quand cet article a été écrit la première fois, on parlait encore de robots industriels comme d’une curiosité réservée aux grandes usines automobiles. En 2026, le sujet a changé de dimension. La Chine ne rattrape plus le Japon et l’Allemagne, elle a dépassé les deux, et elle est en train de faire la même chose avec les robots humanoïdes.
Le boom des exportations dû à la pandémie, l’inquiétude suscitée par le vieillissement rapide de la société chinoise et le désir de faire des économies ont lancé la tendance à remplacer les travailleurs par des machines. Quatre ans plus tard, cette tendance ne s’est pas essoufflée. Elle s’est industrialisée à son tour.
La densité de robots industriels en Chine, une trajectoire qui ne ralentit pas
Selon une étude financée par l’État chinois, la densité de robots industriels dans le pays devrait atteindre 37 unités pour 1 000 personnes en âge de travailler d’ici 2050, contre une poignée d’unités au début des années 2020. Ce chiffre paraissait ambitieux en 2022. Il l’est beaucoup moins aujourd’hui.
Zhou Di, propriétaire d’une petite rizerie du Hunan, a dépensé plus de 200 000 yuans au cours des dernières années pour équiper son atelier en automatisation, machines de triage et d’emballage comprises.

« Toutes les usines de transformation du riz que je connais ont été automatisées au moins partiellement », dit Zhou. Sa famille tient un petit village agricole, récolte 100 acres de riz chaque année pour environ 100 tonnes, et ne compte que quatre membres. Sans l’automatisation, l’usine aurait fermé. Ses parents ont près de 60 ans, et personne dans la famille ne veut reprendre le travail à la main.
Le rythme du remplacement des humains par des robots dans les industries chinoises s’est accéléré rapidement depuis, et il continue. Selon Luo Jun, directeur général de l’Alliance internationale de l’industrie de la robotique et des équipements intelligents, un groupe de réflexion gouvernemental axé sur la fabrication intelligente, les applications d’automatisation à grande échelle en Chine ont fait des progrès considérables sur toute une série de technologies. « Le coût de chaque machine à trier les couleurs du riz est désormais inférieur. Cela signifie que davantage de PME peuvent se permettre de moderniser leurs lignes de production », expliquait déjà Zhou Ying, fondateur de Hunan Hailian Grain and Oil Technology, qui fabrique des outils de polissage flexibles pour le riz. Ces pièces étaient importées il y a dix ans. Elles sont aujourd’hui fabriquées à 100 % en Chine, et leur prix a chuté de plus de 50 000 yuans en 2018 à environ 30 000 yuans.
2026 : la Chine a dépassé l’Allemagne et le Japon, et personne ne s’attendait à ce que ce soit aussi vite
Voilà ce qui a vraiment changé depuis la première version de cet article. En 2020, la Chine occupait la 9ᵉ place mondiale en densité de robots industriels. Elle était 25ᵉ cinq ans plus tôt. Le dernier rapport publié par la Fédération internationale de robotique (IFR) place désormais la Chine à la 3ᵉ place mondiale, avec 470 robots pour 10 000 salariés dans l’industrie, derrière la Corée du Sud et Singapour seulement, et devant l’Allemagne et le Japon. C’est plus de 50 % au-dessus des États-Unis. La Chine avait doublé sa densité de robots en quatre ans.
Et la trajectoire s’est encore accentuée depuis. Le rapport de l’IFR publié en septembre 2025 annonce que le parc chinois de robots industriels en activité a franchi la barre des 2 millions d’unités, un record mondial, soit environ 4,5 fois le parc japonais, qui arrive en deuxième position. Ce parc a doublé en trois ans seulement, passant d’un million d’unités en 2021 à plus de deux millions en 2024. Sur la seule année 2024, la Chine a installé 295 000 nouveaux robots industriels, soit plus de la moitié des 542 000 unités installées dans le monde cette année-là (selon Pengpai/The Paper, qui reprend les chiffres officiels de l’IFR). La Chine reste le plus grand marché mondial de robots industriels pour la 12ᵉ année consécutive.
Ce qui frappe surtout, c’est la vitesse à laquelle la Chine a comblé son retard sur les composants haut de gamme, ceux qui étaient encore décrits comme un point faible dans la version 2022 de cet article. Le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT) a fixé un objectif de taux de localisation supérieur à 75 % pour 2026 sur l’ensemble de la chaîne robotique. Le taux d’intégration des réducteurs harmoniques, une pièce jusque-là dominée par les fournisseurs japonais, devrait franchir 55 % en 2026, contre environ 40 % pour les réducteurs RV. Sur les servomoteurs, le fabricant chinois Huichuan a déjà pris 27,6 % du marché domestique. Sur les composants les plus pointus, réducteurs de précision RV, contrôleurs pour cobots haut de gamme, la localisation reste sous les 30 %, avec Nabtesco et Sumitomo toujours en position dominante. Mais la trajectoire est claire : l’objectif officiel est 70 % d’ici 2027, avec des subventions publiques allant jusqu’à 40 % pour les entreprises qui investissent en R&D sur ces pièces.
Les Chinois appellent ça du 弯道超车 (wandao chaoche), littéralement « dépasser dans le virage ». L’idée : plutôt que de rattraper un concurrent sur sa propre trajectoire, on change de trajectoire pour prendre l’avantage là où personne ne regardait. Le Japon et l’Allemagne dominaient les robots industriels classiques depuis quarante ans. La Chine ne cherche plus à les rattraper sur ce terrain-là, elle a déjà pris la tête en volume et en stock, et elle joue le prochain virage sur les humanoïdes.
La montée des humanoïdes industriels : Unitree, UBTech et la course à la production de masse
C’est le vrai changement de 2026. Jusqu’en 2024, les robots humanoïdes chinois étaient surtout des démonstrations technologiques, impressionnantes sur scène, absentes des lignes de production. La presse locale décrit 2026 comme la « première année de commercialisation » (商业化元年) du secteur, avec un passage complet de la validation technologique à la production de masse. Les livraisons mondiales de robots humanoïdes pourraient bondir de plusieurs centaines de pour cent cette année, franchissant la barre des 50 000 unités, selon une analyse relayée par 36Kr.
Unitree, le fabricant de Hangzhou déjà connu pour ses robots-chiens, a exploité sa base industrielle du delta du Yangzi et du delta de la rivière des Perles pour faire tomber le coût d’un robot humanoïde autour de 10 000 dollars, un seuil que la plupart des analystes jugeaient inatteignable il y a encore trois ans. Son modèle grand public, le R1, mesure moins de 123 cm et pèse environ 29 kg, pour un prix de lancement de 29 900 yuans, soit un peu plus de 4 000 dollars.
UBTech (优必选), de son côté, joue sur un terrain plus proche de l’industrie lourde. L’entreprise a annoncé la sortie de chaîne de son 1 000ᵉ robot humanoïde industriel Walker S2, avec des livraisons annuelles dépassant 500 unités et un objectif de capacité de production supérieur à 10 000 unités pour 2026. Son carnet de commandes de robots humanoïdes atteint environ 1,4 milliard de yuans, près de 195 millions de dollars. D’autres acteurs, Topstar (拓斯达) et AgiBot (智元), se disputent déjà le reste du marché, notamment sur des cas d’usage d’inspection industrielle où les intentions de commande dépassent déjà 3 000 unités pour certains projets pilotes.

Concrètement, pour un fournisseur étranger de capteurs, de vision industrielle ou de systèmes de préhension, cette montée en puissance ouvre un marché qui n’existait pas il y a trois ans. Les intégrateurs chinois qui équipent Unitree ou UBTech cherchent des composants haut de gamme pour les articulations, les capteurs de force et les chaînes de préhension fine, exactement les segments où la localisation reste la plus faible. C’est une fenêtre, pas une garantie, et elle ne restera pas ouverte indéfiniment vu la vitesse à laquelle les fournisseurs chinois comblent leur retard.
Les tensions commerciales de la Chine avec les nations occidentales ont donné aux autorités chinoises un élan supplémentaire pour encourager l’utilisation de composants nationaux dans la mise à niveau des lignes de production automatisées. En 2015, Beijing s’était fixé pour objectif de produire 260 000 robots industriels par an d’ici 2025. Cet objectif avait déjà été atteint quatre ans plus tôt que prévu, avec 268 694 robots fabriqués sur les trois premiers trimestres d’une seule année. Selon le Bureau national des statistiques, la production annuelle de robots industriels en Chine avait alors augmenté de 49 % sur les onze premiers mois, et 316 projets de robotique avaient été financés pour plus de 33,05 milliards de yuans, sur des secteurs aussi variés que la médecine, l’entreposage et les services. Ces chiffres, qui paraissaient déjà spectaculaires en 2022, ressemblent aujourd’hui à une simple mise en jambes.
Beijing garde le cap sur l’automatisation manufacturière
Le but reste un taux de croissance annuel minimum de 20 % des ventes de robots, et la création d’un groupe de champions industriels pour augmenter la densité de robots dans le pays le plus peuplé du monde. Le plan quinquennal met en évidence un environnement mondial de plus en plus complexe et une concurrence intense. Il identifie la stabilité de la chaîne d’approvisionnement et les déséquilibres entre l’offre et la demande comme les principaux défis, même si beaucoup de ces défis, notamment sur les composants haut de gamme, sont déjà en train de se résoudre plus vite que prévu.
D’ici 2025, Beijing voulait construire au moins 500 usines modèles de fabrication intelligente pour mener le développement du secteur, et faire émerger au moins 150 fournisseurs de solutions de fabrication intelligente. Le marché chinois du robot industriel devrait atteindre 120 milliards de yuans en 2026, en hausse de 25 % sur un an, avec un taux de pénétration de 65 % dans l’électronique grand public et de 80 % dans les véhicules électriques.

Une entreprise locale de transformation alimentaire avait dépensé 30 millions de yuans pour automatiser l’un de ses ateliers de fabrication de caramel, réduisant sa main-d’œuvre de près de 70 %. Elle employait jusqu’à 9 000 travailleurs en haute saison. Ce chiffre est tombé à 5 000 grâce aux mises à niveau. Selon le site officiel de la ville de Dongguan, plus de 3 000 entreprises avaient déjà investi dans des lignes de production automatisées dans la région entre 2016 et 2020. Le mouvement ne s’est pas arrêté depuis, il s’est diffusé vers des villes de deuxième et troisième rang, là où la main-d’œuvre se raréfie le plus vite.
Ce que devient Rokae Robotics, quatre ans plus tôt
Hu Haifeng, alors directeur commercial de Rokae Robotics, expliquait en 2022 que les blocages liés à la pandémie avaient convaincu l’ensemble de l’industrie manufacturière que l’automatisation était nécessaire. « Les entreprises qui avaient l’habitude d’attendre et d’observer ont commencé à passer des commandes de robots industriels », disait-il, en citant des ventes qui avaient doublé en un an, à 130 millions de yuans, alors que l’année précédente aurait pu peser deux fois plus lourd sans la crise sanitaire. Il expliquait vouloir remplacer les robots importés de milieu à haut de gamme dans l’électronique, l’automobile, la fabrication médicale et les robots de collaboration chirurgicale, et notait que si les réducteurs de vitesse, qui régulent la transmission de puissance, restaient encore dominés par les marques japonaises, les marques chinoises avaient déjà gagné une part du marché. Il faut mettre ce témoignage à jour, parce que l’histoire de Rokae ne s’est pas arrêtée là.
En avril 2026, Rokae a déposé son dossier d’introduction en Bourse à Hong Kong, après une première tentative expirée en 2025. Son chiffre d’affaires est passé de 267 millions de yuans en 2023 à 522 millions en 2025, même si l’entreprise reste en pertes, comme la plupart des fabricants de robots en pleine phase d’investissement. Elle est aujourd’hui le 3ᵉ fabricant chinois et le 7ᵉ mondial en volume de ventes de robots multiarticulés, et elle a présenté en mai 2026 des solutions de soudage laser et d’assemblage à contrôle de force pour l’industrie de la batterie au lithium, un secteur qui n’existait quasiment pas dans son portefeuille en 2022. Autrement dit, le pari sur l’automatisation n’a pas seulement tenu, il a changé la nature même de ces entreprises.
Le marché du travail chinois reste sous pression démographique
Les démographes continuent d’exprimer leur inquiétude sur l’idée que l’automatisation résoudra à elle seule le problème du vieillissement de la population chinoise. « L’automatisation peut améliorer la fabrication et les chaînes d’approvisionnement, mais elle ne fait pas grand-chose pour la consommation intérieure et le problème du vieillissement », expliquait déjà Huang Wenzheng, démographe qui écrit depuis des années sur la natalité chinoise. Il notait qu’une population en déclin entraîne une baisse relative du PIB par habitant sur le long terme, et que la volonté d’investir, l’esprit d’entreprise et le rythme d’innovation ralentissent avec elle.
Le rapport financé par l’État estimait que la population chinoise en âge de travailler tomberait à 814,86 millions de personnes en 2050, contre 993,57 millions en 2018. Un tel « dividende robotique » permettrait de combler plus de la moitié de la pénurie de main-d’œuvre attendue à cette échéance, un robot pouvant remplacer entre 60 000 et 83 000 heures de travail manuel par an. Les chiffres 2026 ne contredisent pas cette lecture, ils la confirment plutôt : la Chine automatise plus vite que prévu, mais le problème démographique de fond reste entièrement posé. Les deux évolutions avancent en parallèle, pas l’une grâce à l’autre.

Ce que ça change concrètement pour un fournisseur étranger de composants ou de solutions d’automatisation
Voilà la question que me posent la plupart des industriels qui viennent nous voir chez GMA : « Tout ça est impressionnant, mais concrètement, comment est-ce que je vends mes capteurs, mes réducteurs ou mon logiciel de vision à des intégrateurs chinois qui localisent tout à toute vitesse ? » C’est une bonne question, et la réponse n’est pas « abandonnez ». Les segments les plus haut de gamme, comme les réducteurs de précision RV, les capteurs de force pour humanoïdes ou les contrôleurs pour cobots collaboratifs, restent dominés par les fournisseurs étrangers pour encore plusieurs années. Mais vendre ici demande une stratégie différente de celle qui fonctionne en Europe ou aux États-Unis.
Chez notre agence industrie en Chine, on structure ce travail en trois briques, et je vais détailler chacune parce que c’est là que se joue la différence entre une présence symbolique et un vrai carnet de commandes.
La première brique, c’est la visibilité technique. Un acheteur industriel chinois ne vous trouve pas sur Google, il vous trouve sur Baidu, sur 1688 ou Made-in-China s’il cherche un fournisseur, et de plus en plus sur DeepSeek ou Doubao s’il demande directement à une IA « quel fournisseur européen propose des réducteurs harmoniques pour cobots ». On appelle ça le SAIO, le référencement dans les moteurs de réponse IA chinois. Concrètement, on traduit et on structure vos fiches techniques en chinois, avec un vocabulaire normalisé (les Chinois utilisent des termes très précis pour désigner chaque type de réducteur ou de capteur), on les publie sur les plateformes B2B chinoises et sur un site en .cn hébergé localement, et on vérifie régulièrement que DeepSeek et Baidu citent bien votre marque quand un acheteur pose la question. C’est un travail de fond, six à neuf mois avant de voir les premiers effets, mais c’est ce qui vous met dans la short-list avant même le premier appel.
La deuxième brique, c’est la génération de leads B2B directe. On identifie les intégrateurs et les fabricants chinois de robots (industriels ou humanoïdes) qui achètent activement le type de composant que vous vendez, grâce à une combinaison de recherche sur WeChat, de LinkedIn pour les décideurs qui ont une présence internationale, et de bases de données d’appels d’offres publics. On construit ensuite une séquence de contact en chinois, jamais une traduction littérale d’un email occidental, qui commence par une question technique précise plutôt que par une présentation commerciale. Nos campagnes de leads industriels fonctionnent parce qu’elles respectent un principe simple : en Chine, on ne vend pas à un inconnu, on construit d’abord une 关系 (guanxi), une relation de confiance, souvent sur plusieurs échanges avant même de parler prix. Sauter cette étape, c’est la première erreur que je vois chez les industriels européens pressés.
La troisième brique, c’est la présence sur le terrain. Les salons comme le CIIF à Shanghai ou les salons régionaux à Dongguan et Kunshan restent le meilleur endroit pour rencontrer des acheteurs qui achètent vraiment, par opposition aux curieux qui remplissent les stands en ligne. On aide nos clients à préparer leur présence, à traduire leurs supports, et surtout à pré-qualifier des rendez-vous avant le salon plutôt que d’attendre que les visiteurs passent.
Un exemple concret, pour rendre ça moins abstrait. Un de nos clients, un fabricant allemand de capteurs de force pour bras robotisés, est venu nous voir fin 2024 avec un problème précis : son chiffre d’affaires en Chine stagnait autour de 400 000 euros par an depuis trois ans, alors que le marché chinois des cobots croissait de plus de 20 % annuellement sur la même période. Il avait essayé un distributeur local, sans grand résultat, et un site en anglais tout simplement invisible sur Baidu.
Ce qui n’a pas marché : continuer à s’appuyer uniquement sur le distributeur, qui ne poussait que les produits les plus faciles à vendre, et refaire un site en chinois sans travail de fond sur le vocabulaire technique, ce qui l’a rendu quasiment invisible sur les moteurs de recherche chinois malgré la traduction.
Ce qui a marché, et pourquoi. On a d’abord refermé l’exclusivité du distributeur sur une seule région, le Jiangsu, pour garder la liberté d’approcher directement les intégrateurs ailleurs. On a ensuite reconstruit toute la documentation technique avec un vocabulaire chinois normalisé, validé par un ingénieur chinois et pas seulement par un traducteur, et on l’a publiée sur Made-in-China, sur 1688 et sur un blog technique hébergé en Chine. Le mécanisme derrière, c’est que les moteurs de réponse IA comme DeepSeek s’appuient massivement sur ce type de contenu structuré pour construire leurs réponses : plus votre vocabulaire technique colle à celui que les ingénieurs chinois utilisent réellement, plus vous êtes cité. Enfin, on a identifié 24 intégrateurs de cobots dans le delta du Yangzi qui recrutaient activement des fournisseurs de capteurs, et on a lancé une séquence de contact centrée sur une question technique précise, la compatibilité avec un protocole de communication très utilisé localement, plutôt que sur un argumentaire commercial générique.
Résultat, sur douze mois : sept nouveaux comptes intégrateurs signés en direct, un chiffre d’affaires chinois qui est passé de 400 000 à environ 950 000 euros, et surtout un pipeline de discussions techniques actives avec deux fabricants de robots humanoïdes qui n’existait tout simplement pas un an plus tôt. Rien de magique là-dedans. Juste un travail de fond, en chinois, adressé aux bonnes personnes, avec de la patience sur la relation avant de parler contrat.
La fenêtre est ouverte, mais elle ne le restera pas indéfiniment
Ce qui ressort de tous ces chiffres, densité de robots multipliée par trois en cinq ans, parc industriel qui dépasse les deux millions d’unités, humanoïdes qui passent de la démo au produit vendable, c’est que la Chine ne rattrape plus personne. Elle fixe elle-même le rythme, et ce rythme continue d’accélérer sur les segments qu’elle ne maîtrisait pas encore il y a trois ans. Le 内卷 (neijuan), cette compétition interne féroce qui pousse les fabricants chinois de robots à se battre sur les prix jusqu’à l’os, joue paradoxalement en faveur des fournisseurs étrangers de composants critiques : les intégrateurs chinois cherchent la moindre différenciation technique qui leur évite de se noyer dans la guerre des prix, et c’est exactement là que les meilleurs composants étrangers ont encore leur place.
Mais cette place rétrécit chaque année un peu plus vite que la précédente. Les fournisseurs qui attendent encore « le bon moment » pour entrer sur le marché chinois de l’automatisation prennent un risque bien plus grand que celui de se tromper de stratégie : celui d’arriver quand la fenêtre s’est refermée. Si vous vendez des composants, des logiciels ou des solutions pour l’automatisation industrielle, la question n’est plus de savoir si le marché chinois vaut le détour. Elle est de savoir si vous voulez y arriver pendant que la porte est encore grande ouverte, ou dans trois ans, quand vos concurrents locaux auront déjà pris toute la place. Chez GMA, on accompagne des industriels européens sur ce marché depuis plus de dix ans, et on a rarement vu une fenêtre s’ouvrir aussi clairement qu’en ce moment. Si vous voulez qu’on regarde ensemble où se situe votre produit dans cette chaîne, et comment y entrer sans y perdre deux ans, contactez notre équipe industrie. On préfère toujours une vraie conversation à un devis générique, et le premier échange ne coûte rien.

Philip Chen est cofondateur de GMA. Il vit à Shanghai depuis assez longtemps pour avoir vu trois vagues d’automatisation passer, et pour avoir toujours un peu de retard sur le vocabulaire technique en chinois que ses propres clients maîtrisent mieux que lui. Il prétend suivre le marché des robots humanoïdes par intérêt professionnel, en réalité il regarde surtout les vidéos de démonstration parce que c’est fascinant. Écrivez-lui sur LinkedIn si vous voulez parler industrie chinoise, il répond presque toujours, sauf quand il est coincé dans un salon professionnel à tester un robot.

