Vincent dirige une PME lyonnaise qui fabrique des composants pneumatiques pour l’industrie. Fin 2025, son équipe commerciale a envoyé plus de 200 messages LinkedIn à des acheteurs industriels chinois repérés sur des salons professionnels. Résultat : zéro réponse en trois mois.
Le problème n’était pas le message. C’était la plateforme. La plupart des décideurs qu’il visait, basés à Ningbo et Dongguan, n’ouvrent tout simplement plus LinkedIn, bloqué en Chine continentale depuis 2021. On a repris son fichier de contacts avec lui, et on l’a redirigé vers trois canaux qu’il ne connaissait pas : Maimai pour retrouver les mêmes profils sous leur identité professionnelle chinoise, un groupe WeChat sectoriel où se retrouvent les acheteurs de sa niche, et une vitrine 1688 pour les commandes récurrentes de petite taille. Quatre mois plus tard, trois rendez-vous qualifiés et un premier contrat distributeur signé. On revient à la fin de cet article sur le pourquoi de ce virage, et sur ce que Vincent a changé concrètement dans sa méthode.
Texte rédigé par Olivier Verot. Industrie, composants techniques : j’aide des marques B2B occidentales à trouver les décideurs chinois là où ils sont vraiment, pas sur les canaux qui marchent en Europe.
Le digital reste le point d’entrée numéro un pour vendre en B2B en Chine. Le mobile y est plus central qu’en Europe ou aux États-Unis, la plupart des décisions d’achat industrielles se préparent aujourd’hui sur smartphone, entre une recherche fournisseur, un échange WeChat et une vérification de profil professionnel. Mais le paysage a changé depuis que cet article a été écrit en 2020. Weibo et WeChat restent utiles, LinkedIn a disparu du quotidien des acheteurs basés en Chine, et deux acteurs qui n’existaient quasiment pas pour le B2B occidental, Maimai et 1688, sont devenus incontournables.
- Sina Weibo
- Maimai 脉脉
- 1688
I. Sina Weibo
A. Qu’est-ce que Weibo ?
C’est une des plateformes les plus fréquentées en Chine, sur le modèle du microblog. Avec la censure de Twitter et Facebook, Weibo s’est imposé comme l’espace de diffusion publique par défaut.
Sa structure ressemble à celle de Twitter, la diffusion de l’information y est rapide et intuitive. Les utilisateurs publient dans la limite de 140 caractères et les marques peuvent répondre en temps réel à leurs abonnés.
B. Avantages et limites pour le B2B
Grâce à une stratégie de ciblage, une entreprise peut utiliser Weibo pour toucher un public déjà engagé et répondre précisément aux besoins de clients existants ou d’acheteurs potentiels.
Le revers, c’est la durée de vie très courte du contenu. Un message intéressant est vite recouvert par le flux, et il faut un budget publicité constant pour rester visible face à un public déjà saturé d’information.
En 2026, c’est justement pour ça que Weibo a perdu du terrain côté B2B face à des canaux plus ciblés. On le garde utile pour la notoriété de marque et le relationnel presse, beaucoup moins pour générer des rendez-vous avec des acheteurs identifiés. Si votre objectif est la prospection directe de décideurs, ce n’est plus la priorité.
II. Tencent Wechat
A. Qu’est-ce que WeChat ?
WeChat (微信, littéralement « micro message ») est l’application de référence en Chine, développée par Tencent. Elle permet l’envoi de vidéos, photos, audio et texte, et sert autant à discuter avec ses proches qu’à négocier un contrat.
D’après le rapport Digital 2026 de DataReportal, la Chine comptait fin 2025 environ 1,28 milliard d’identités actives sur les réseaux sociaux, et WeChat en reste le socle : c’est l’application que tout décideur chinois ouvre en premier, bien avant sa boîte mail professionnelle.
B. Avantages et limites de WeChat pour le B2B
Les utilisateurs actifs de WeChat sont massivement situés dans les villes de premier rang, souvent jeunes et déjà en poste de responsabilité. C’est exactement le profil d’acheteur qu’une marque B2B cherche à atteindre.
La limite classique reste le seuil des 1000 abonnés pour obtenir le statut de compte public, difficile à atteindre pour une petite structure. C’est pour ça qu’en B2B, on recommande rarement de miser sur un compte officiel grand public en premier réflexe.
C. Le vrai potentiel B2B de WeChat : les groupes et le compte perso
C’est là que se joue une grande partie du B2B aujourd’hui. Un acheteur chinois ne vous ajoute pas sur WeChat comme il ajouterait une entreprise sur LinkedIn : il vous ajoute vous, en tant que personne, et cette relation individuelle (关系, guanxi) devient le canal de suivi, de partage de documents et de négociation. Cartier a par exemple investi massivement sur WeChat pour ce type de relation directe avec ses acheteurs et partenaires en Chine.
Autour de ça, les groupes WeChat sectoriels (行业群) jouent le rôle que jouaient les forums professionnels en Europe il y a quinze ans. Un fournisseur de composants industriels, un importateur de vin ou une agence de communication a de bonnes chances de trouver un groupe réunissant les acheteurs de sa niche, animé par un distributeur, une association professionnelle ou un média sectoriel. Y entrer demande une présentation, pas un lien d’inscription.
La tendance 2026 va plus loin avec le « private domain » (私域) : les entreprises chinoises structurent désormais un parcours complet, du compte officiel et du compte vidéo WeChat vers Enterprise WeChat (企业微信), pour qualifier et suivre chaque prospect individuellement plutôt que de viser un public de masse. C’est une approche beaucoup plus lente à mettre en place qu’une campagne LinkedIn Ads, mais elle correspond à la façon dont les décideurs chinois achètent réellement en B2B : par la confiance construite dans la durée, pas par un formulaire de contact.
III. LinkedIn en Chine, le grand absent
Il faut le dire clairement, parce que beaucoup de dirigeants européens l’ignorent encore : LinkedIn a fermé son service complet en Chine fin 2021, puis abandonné InCareer, sa version allégée pour le marché chinois, en 2023. La plateforme reste techniquement accessible via VPN, mais un décideur basé à Shanghai ou Shenzhen n’a plus aucune raison quotidienne de l’ouvrir.
Concrètement, ça veut dire que votre stratégie de prospection LinkedIn habituelle fonctionne encore très bien pour toucher la diaspora chinoise, les équipes basées à Hong Kong ou Singapour, ou des acheteurs qui voyagent beaucoup. Elle tombe à plat pour un acheteur qui vit et travaille en Chine continentale. C’est exactement l’erreur que faisait Vincent avec ses 200 messages sans réponse.
IV. Maimai 脉脉, le vrai réseau professionnel chinois en 2026

Maimai est le réseau qui a récupéré une bonne partie de ce que LinkedIn faisait avant 2021 : profil professionnel vérifié, historique de poste, mise en relation entre entreprises, recrutement, et surtout, prise de parole d’experts sur leur secteur. Selon les derniers chiffres publiés par 36Kr, la plateforme revendique aujourd’hui environ 120 millions d’utilisateurs enregistrés, autour de 35 millions d’actifs mensuels et plus de 1,4 million d’entreprises actives sur la plateforme.
Pour une marque B2B occidentale, l’intérêt de Maimai tient en trois points. D’abord, la vérification d’identité y est stricte, ce qui limite les faux profils, un vrai problème sur d’autres canaux chinois. Ensuite, la majorité des grandes entreprises chinoises y ont une présence corporate, ce qui permet d’identifier précisément qui décide quoi dans une organisation avant de la contacter. Enfin, contrairement à WeChat qui demande déjà une relation établie, Maimai reste un canal de découverte : on peut y aborder un décideur qu’on n’a jamais rencontré, à condition que le message soit spécifique et pas une copie de template LinkedIn traduite au mot à mot.
Dans le dossier de Vincent, c’est là qu’on a retrouvé cinq des acheteurs qu’il ciblait sur LinkedIn, avec un historique de poste à jour et une activité récente. Le message d’approche a changé de forme : moins de pitch produit, plus de contenu technique partagé sur son fil, à la manière d’un DingTalk professionnel plutôt que d’un cold outreach commercial. DingTalk, l’autre outil professionnel d’Alibaba, complète souvent Maimai une fois le premier contact établi, pour la partie collaboration et suivi de dossier côté acheteur chinois.
V. 1688, le canal B2B que les marques étrangères ignorent
1688.com appartient au groupe Alibaba, mais ce n’est pas Alibaba.com. C’est la version domestique, pensée pour le commerce entre entreprises chinoises, avec des prix qui n’incluent aucune marge export. Ce que peu de marques étrangères réalisent, c’est que 1688 fonctionne dans les deux sens : on peut y chercher des fournisseurs, mais aussi y ouvrir une vitrine pour vendre à des distributeurs et grossistes chinois plus petits, ceux qui n’ont ni le budget ni la patience de négocier sur Alibaba.com.
Depuis 2026, un programme pilote en anglais améliore la visibilité de certains fournisseurs pour les acheteurs étrangers, et l’option Cross-Border Pay (跨境宝) permet enfin de payer directement en devise étrangère sans passer par un compte Alipay chinois, sous réserve de fournir les documents d’enregistrement de l’entreprise. Ça reste plus contraignant qu’un paiement par carte classique, mais ça change la donne pour une PME qui veut tester le marché sans agent intermédiaire. Notre guide stratégique du e-commerce en Chine détaille les options de paiement transfrontalier plus en détail.
Dans le cas de Vincent, la vitrine 1688 n’a pas remplacé la prospection sur Maimai, elle l’a complétée : une fois le contact établi avec un distributeur, celui-ci a préféré repasser ses commandes récurrentes de petit volume directement via 1688, un réflexe d’achat local qu’aucun formulaire de contact occidental n’aurait capté.
VI. Douyin, le nouvel arrivant du B2B
Douyin n’est plus seulement une plateforme grand public. Des fabricants industriels chinois y publient désormais des vidéos techniques, des visites d’usine et même des sessions de questions-réponses en direct destinées à des acheteurs professionnels, une évolution que Toutiao, sa cousine ByteDance orientée actualité, accompagne côté relations presse et contenu de marque.
Ce n’est pas encore un canal de prospection B2B à part entière, mais c’est devenu un outil de crédibilité : un acheteur chinois qui vous découvre sur Maimai ira souvent vérifier votre présence Douyin avant de répondre à un premier message. Une chaîne vide ou inactive joue contre vous.
Retour sur le cas de Vincent : ce qui a vraiment changé
Le pourquoi tient en une phrase : Vincent ne parlait pas aux bonnes personnes, au bon endroit, avec le bon niveau de confiance. LinkedIn suppose une relation professionnelle occidentale, où on accepte une invitation d’un inconnu si son profil est pertinent. En Chine continentale, cette relation se construit ailleurs, et différemment : Maimai pour l’identification et le premier contact, un groupe WeChat sectoriel pour la crédibilité par association, WeChat personnel une fois la confiance établie, et 1688 pour la mécanique de commande récurrente.
Concrètement, voici ce que Vincent a changé, et ce que vous pouvez faire dès lundi matin : reprendre votre fichier de contacts LinkedIn, identifier lesquels sont réellement basés en Chine continentale, chercher ces mêmes personnes sur Maimai avec leur nom et leur entreprise, et arrêter d’envoyer le même message que sur LinkedIn. Un message Maimai qui commence par une remarque sur un post récent de la personne convertit largement mieux qu’un pitch générique.
FAQ
Faut-il complètement abandonner LinkedIn pour prospecter en Chine ?
Non, mais il faut savoir à qui vous parlez. LinkedIn reste pertinent pour la diaspora chinoise, les équipes basées à Hong Kong ou Singapour, et les acheteurs qui voyagent hors de Chine continentale. Pour un décideur basé à Shanghai, Shenzhen ou dans une ville industrielle de second rang, Maimai et WeChat sont prioritaires.
Combien de temps avant d’obtenir des contacts qualifiés sur Maimai ou dans un groupe WeChat sectoriel ?
Comptez deux à trois mois pour un premier cercle de contacts qualifiés sur Maimai, un peu plus pour intégrer un groupe WeChat fermé, parce que ça demande une présentation par un membre existant. C’est plus lent qu’une campagne LinkedIn Ads classique, mais les contacts obtenus sont nettement plus qualifiés.
1688 sert-il uniquement à acheter, ou aussi à vendre en B2B ?
Les deux. La plateforme est surtout connue pour le sourcing, mais une vitrine 1688 permet aussi à une marque étrangère de vendre à des distributeurs et grossistes chinois de taille moyenne, à condition d’avoir une structure locale ou un partenaire capable de gérer les paiements et la logistique domestique.
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Olivier Verot
Weibo, puis WeChat, puis le départ de LinkedIn et l’arrivée de Maimai et 1688 : Olivier a vu les canaux du B2B chinois changer de visage.
Depuis l’agence GMA, il aide des industriels occidentaux à décrocher des rendez-vous avec des acheteurs chinois. Contact : LinkedIn.
Sources : DataReportal, Digital 2026 China ; 36Kr, rapport Maimai sur le marché de l’emploi 2025-2026 ; MarketingToChina, dossier Maimai pour le B2B.










