Le yoga en Chine n’est plus une activité de niche pratiquée par quelques expatriées à Shanghai. C’est devenu un secteur structuré, avec ses écoles de formation, ses chaînes de studios, ses codes de consommation propres et ses marques qui montent, parfois vite, parfois pour disparaître aussi vite. Nous avions publié un premier tour d’horizon du fitness et du yoga en Chine il y a plusieurs années. Le marché a assez changé depuis pour mériter un article à part, centré sur le yoga seul : comment l’offre de studios s’organise, qui forme les professeurs, quelles marques comptent vraiment, et ce que ça signifie pour une marque étrangère qui regarde ce terrain.
Sport, wellness, lifestyle : Olivier Verot reçoit souvent ces marques occidentales au moment où elles posent le pied en Chine. Il a créé l’agence GMA à Shanghai, où il vit depuis 2012.
Un marché qui a changé d’échelle
Le boom du yoga en Chine ne date pas d’hier. Dès le milieu des années 2010, le pays comptait déjà plusieurs milliers d’écoles et de studios, portés par une pratique majoritairement féminine et urbaine. Ce socle a servi de tremplin à ce qui s’est passé ensuite. Selon un rapport sectoriel publié cette année par 智研咨询 (Zhiyan Consulting), le marché chinois du yoga pesait 53,4 milliards de yuans en 2023, en hausse de 6,2 % sur un an, et la trajectoire reste orientée à la hausse pour la période 2026-2032. Le yoga en ligne, lui, a connu une poussée plus nette encore : plus de 120 millions d’utilisateurs actifs, en croissance de 23,7 % sur un an.
Le nombre de lieux dédiés a suivi. On compte aujourd’hui environ 90 000 studios et espaces de pratique du yoga en Chine, sur un total de près de 117 000 lieux de fitness au sens large. Le yoga n’est donc plus une discipline parmi d’autres dans une salle de sport généraliste. C’est un segment à lui tout seul, avec sa propre logique immobilière commerciale : de petites surfaces en centre-ville, faciles à ouvrir et à fermer, ce qui explique en partie la volatilité des marques que nous allons voir plus bas.
Studios communautaires contre clubs haut de gamme
Deux modèles cohabitent. Le studio haut de gamme, à l’ancienne, avec abonnement annuel autour de 20 000 à 22 000 RMB à Shanghai, professeurs certifiés à l’internationale, decoration soignée, et une clientèle qui vient y chercher un cadre autant qu’un cours. Et le studio communautaire, plus léger, sans engagement long, réservation à la séance via mini-programme, souvent monté par un seul professeur ou une petite équipe, avec un forfait mensuel qui démarre autour de 2 000 RMB. En 2026, c’est ce second modèle qui tire la croissance. Les rapports sectoriels chinois parlent de 社区型轻量化瑜伽馆 (« studios communautaires légers ») comme du format dominant des nouvelles ouvertures, avec une demande particulièrement forte sur trois créneaux : l’initiation pour débutantes, la récupération post-partum, et la correction posturale liée au travail de bureau.

Ce basculement vers le léger et le local a une conséquence directe sur le marketing : la carte de visite d’un studio, aujourd’hui, c’est son mini-programme WeChat, pas sa façade.
Les marques qui structurent l’offre
Le secteur des chaînes de yoga en Chine reste fragmenté, mais quelques noms reviennent dans tous les classements sectoriels. 悠季 (Yoga Yoga), fondée à Pékin en 2003, est considérée comme la marque historique du secteur et s’est développée à travers trois filiales couvrant les grandes villes de premier rang. Y+瑜伽生活馆, également née en 2003 à Shanghai, a construit son positionnement sur le haut de gamme : quatre adresses dans la ville, une trentaine de professeurs certifiés à l’international, et un catalogue d’une quarantaine de cours allant du Hot Yoga à l’Ashtanga. À l’autre bout du spectre, des enseignes plus récentes ont misé sur le volume : 拉伽瑜伽 revendique aujourd’hui plus de 200 adresses en franchise à travers le pays, et 隐舍瑜伽 dépasse la cinquantaine de studios.
Tous les acteurs ne survivent pas à cette course à l’expansion. 卡莫瑜伽 (Karma Yoga), une chaîne qui avait atteint une trentaine de studios en onze ans d’existence, a fermé brutalement en mai 2024, laissant des centaines de clientes avec des cartes prépayées non remboursées, un scénario largement documenté par la presse chinoise, notamment Tencent News. Ce n’est pas un cas isolé dans le secteur du fitness chinois, où le modèle de la carte annuelle prépayée finance souvent l’ouverture du studio suivant plutôt que le fonctionnement du studio existant. Pour une marque occidentale qui envisage un partenariat avec un studio ou une chaîne locale, c’est un point de vigilance concret : demandez depuis quand l’enseigne existe, combien d’adresses elle a fermées, et comment elle facture ses abonnements longue durée.
La formation des professeurs, un métier qui se professionnalise
Derrière chaque studio, il y a un enjeu de recrutement et de formation qui reste peu connu des marques étrangères. La certification la plus reconnue reste le RYT200, délivré par l’organisme américain Yoga Alliance après 200 heures de formation portant sur l’anatomie, la physiologie, l’ayurvéda et la pédagogie. En Chine, plusieurs dizaines d’écoles agréées RYS (Registered Yoga School) proposent ce cursus, en format intensif sur quatre à huit semaines ou en cours du soir étalés sur plusieurs mois, pour un budget qui va de 8 000 à 20 000 RMB selon la ville et la réputation de l’école. S’ajoutent ensuite des frais annuels auprès de Yoga Alliance elle-même, de l’ordre de 65 dollars, en plus des 50 dollars d’inscription initiale.
Cette professionnalisation change la donne pour une marque qui cherche à s’associer au secteur. Un professeur certifié RYT200 avec une communauté active sur Xiaohongshu ou Douyin est aujourd’hui un partenaire marketing à part entière, souvent plus crédible auprès de sa communauté qu’un influenceur généraliste payé au post. C’est une ressource que beaucoup de marques occidentales ignorent encore, faute de savoir où chercher.
Ce que ça change pour votre marketing
Si vous vendez des vêtements, des accessoires, des compléments ou des services liés au yoga en Chine, trois leviers comptent aujourd’hui plus que les autres. D’abord, le mini-programme WeChat comme point de réservation et de vente, intégré directement dans les comptes officiels des studios partenaires. Ensuite, Xiaohongshu, où les recherches liées au yoga (postures, tenues, matériel) génèrent un trafic organique important et où le contenu utile bat largement le contenu publicitaire. Enfin, les micro-partenariats avec des professeurs plutôt qu’avec de gros comptes d’influence : un code d’affiliation donné à dix professeurs actifs dans dix studios communautaires touche une audience plus qualifiée qu’une seule campagne avec un KOL généraliste.
Le sujet dépasse le seul yoga. Pour une vision plus large du marché sportif et lifestyle en Chine, notre article sur le sport premium et les tendances lifestyle détaille comment les consommateurs chinois investissent désormais davantage dans l’équipement et la tenue que dans les abonnements en salle. Nous avons aussi publié une analyse des tendances actuelles du marketing sportif en Chine, ainsi qu’un tour d’horizon des vêtements de sport qui font vendre sur ce marché. Si vous cherchez un accompagnement dédié, notre agence sport et lifestyle en Chine travaille spécifiquement sur ce type de positionnement.
Un exemple concret
Sophie dirige une petite marque française d’accessoires de yoga technique : tapis, blocs, sangles, fabriqués en matériaux recyclés. Sa première tentative d’entrée en Chine a consisté à démarcher directement quatre grands studios haut de gamme à Shanghai et Pékin pour y placer ses produits en boutique. Deux ont accepté, avec des commandes minimales élevées et une marge de distribution qui laissait peu de place à la rentabilité. Six mois plus tard, les ventes réelles en boutique restaient marginales : les clientes de ces studios avaient déjà leurs marques habituelles, souvent japonaises ou américaines, et ne changeaient pas facilement d’équipement.
Ce qui a fonctionné ensuite a été de renverser l’approche : au lieu de viser les grandes enseignes, Sophie a proposé à une vingtaine de professeurs indépendants, actifs dans des studios communautaires à Shanghai, Hangzhou et Chengdu, un code d’affiliation avec commission sur chaque vente générée via leur lien de mini-programme. Ces professeurs ont du poids auprès de leurs élèves justement parce qu’ils ne vendent pas habituellement de produits : leur recommandation a une valeur que n’a pas un rayon de boutique. En huit mois, les ventes mensuelles sont passées d’une trentaine de pièces à un peu plus de mille, avec un coût d’acquisition très inférieur à celui du placement en boutique. Le mécanisme est simple : en Chine, la confiance se construit avec la personne, pas avec le point de vente.
Questions fréquentes
Faut-il une structure locale pour ouvrir un studio de yoga en Chine ?
Oui, l’exploitation d’un studio nécessite une entité chinoise (WFOE ou joint-venture) et des autorisations locales liées à l’accueil du public. Une marque étrangère qui veut simplement vendre des produits ou proposer du contenu peut en revanche démarrer sans structure locale, via un partenariat de distribution ou une boutique sur une plateforme comme Tmall ou Xiaohongshu.
Le yoga en ligne a-t-il remplacé les studios physiques ?
Non, les deux se complètent. Les plateformes en ligne servent surtout à découvrir la pratique et à maintenir une routine entre deux cours. La majorité des pratiquantes régulières continuent de fréquenter un studio physique pour la correction posturale et le lien social, ce que le format vidéo ne remplace pas vraiment.
Comment une marque étrangère de produits liés au yoga doit-elle démarrer en Chine ?
Privilégiez d’abord les micro-partenariats avec des professeurs de studios communautaires plutôt que le placement dans de grandes enseignes. Le coût d’entrée est plus faible, le retour est plus rapide à mesurer, et vous apprenez ce qui fonctionne avant d’engager un budget plus important sur une stratégie de distribution classique.
Quel budget prévoir pour tester ce marché ?
Un test sérieux avec dix à vingt professeurs affiliés, du contenu Xiaohongshu et un mini-programme de réservation ou de vente peut démarrer avec un budget de quelques milliers d’euros sur trois mois. C’est nettement moins qu’un contrat de distribution classique, et ça donne des signaux de traction beaucoup plus rapides.
Studios partenaires, contenus Xiaohongshu et Douyin : notre équipe aide les marques sportives et wellness à exister vraiment sur ce marché. Nous suivons des fabricants de produits comme des enseignes qui veulent ouvrir des salles en Chine. Le sujet vous parle ? Écrivez-nous, le terrain chinois du yoga, nous le pratiquons.

Distribution, contenu, partenariats : c’est sur ces trois volets qu’Olivier Verot accompagne les marques occidentales en Chine, y compris dans le sport et le wellness. Le CEO de GMA est joignable sur LinkedIn.


1 commentaire
Lydienne corine
Bonjour je suis Coach de fitness et promoteur dune salle de sport au Cameroun dans la ville. J’aimerai travailler en partenariat avec vous pour développer le fitness au Cameroun.