En 2023, la vente de Summergate, premier importateur et distributeur de vins et spiritueux en Chine, avait fait grand bruit dans le secteur. Trois ans après, on sait ce qu’est devenue l’entreprise, et surtout ce que le marché du vin importé est devenu autour d’elle. Voici la mise à jour.
Domaines, négociants, maisons de spiritueux : Olivier Verot travaille avec eux sur la Chine depuis les premiers mois de GMA, en 2012. Ici, il revient sur le dossier Summergate et fait le point sur le marché en 2026.
Le dossier Summergate, en résumé
Summergate, racheté par le groupe australien Woolworths en 2014, a été revendu en 2023 à Gravity Capital, une société de capital-investissement basée en Asie, pour un montant non divulgué. L’annonce officielle est intervenue après plusieurs semaines de rumeurs dans le commerce du vin, à un moment où le secteur traditionnel souffrait particulièrement en Chine.
Selon Woolworths, le groupe était en discussion avec un acheteur asiatique depuis plusieurs mois avant d’entrer en négociation exclusive. Peu d’informations circulaient alors sur Gravity Capital, sinon qu’elle représentait, selon Woolworths, « un groupe d’investisseurs privés en Asie avec une vaste expérience dans le secteur des vins et spiritueux ». Sur son site, l’importateur revendiquait à l’époque plus de 60 marques représentées en exclusivité à Hong Kong, Macao et en Chine continentale.

La vente, qui comprenait Summergate Fine Wines & Spirits et son activité de vente au détail Pudao, avait été finalisée fin mars 2023. Fondée en 1999, Summergate était devenue l’un des principaux importateurs de vins et spiritueux du pays avant d’être vendue une première fois à Woolworths pour 25 millions de dollars en 2014.
Ce qui s’est réellement passé après la vente
La suite du dossier vaut le détour, parce qu’elle raconte mieux le marché du vin en Chine que la transaction elle-même. La presse spécialisée, notamment Vino Joy News, a documenté ce que Woolworths ne disait pas dans son communiqué : la cession s’est faite avec une perte nette d’environ 30 millions de dollars pour le groupe australien, conséquence directe des taxes anti-dumping chinoises sur le vin australien (jusqu’à 218%) et du choc Covid sur la restauration. Le titre d’un de leurs articles résume bien l’ambiance du moment : « The cautionary tale of Summergate », une histoire présentée comme un avertissement pour tout le secteur.
L’acheteur final s’est révélé être Wajiu Group, un acteur chinois du vin passé par Gravity Capital pour racheter Summergate à Woolworths. Quelques mois plus tard, en juillet 2023, Wajiu a annoncé la fusion de Summergate avec Torres China, la filiale chinoise du groupe espagnol Familia Torres, qui représentait alors environ 400 références. L’accord prévoyait que Familia Torres réinvestisse dans Summergate sous pavillon Wajiu, en échange de la reprise des actifs de Torres China. Alex Li, le patron de Wajiu, présentait cette fusion comme une étape vers une possible introduction en bourse, avec l’ambition de combiner logistique digitale et portefeuille de marques établies.
Autre signal intéressant relevé par Decanter China : Summergate elle-même s’est mise, ces dernières années, à distribuer des vins domestiques chinois en plus de son catalogue importé. Un distributeur historique du vin français et australien qui va chercher du volume chez les producteurs locaux, ça dit quelque chose du rapport de force qui a changé sur ce marché.
Le marché du vin importé en Chine en 2026 : où en est-on ?
La tendance de fond reste la baisse. Les douanes chinoises montrent un marché qui a fondu depuis son pic : plus de 550 millions de litres importés en 2017, à peine 165 millions en 2024. En 2025, la Chine a encore réduit ses importations de vin en valeur comme en volume, avec un recul de 26,7% en volume sur l’année et une valeur en baisse de 14,6%. Mais le prix moyen au litre, lui, a grimpé de 16,5%. Les Chinois boivent moins de vin importé, mais ceux qui en achètent encore montent en gamme.
Le premier semestre 2026 apporte le premier signal de stabilisation depuis des années : la valeur des importations progresse légèrement, +0,83% à 710,2 millions de dollars, même si le volume continue de reculer (-10,98%). C’est le fameux mouvement « moins de volume, plus de valeur » que décrivent les analystes chinois du secteur : le consommateur qui reste sur le marché du vin importé est plus exigeant et plus riche que celui d’il y a cinq ans.
Le vin australien fait un retour remarqué depuis la levée des taxes anti-dumping en mars 2024. Sur les douze mois qui ont suivi, les exportations australiennes vers la Chine sont passées de 13 millions à plus d’un milliard de dollars. Au premier semestre 2026, l’Australie a importé 45,2 millions de litres en Chine, en hausse de 30,27% sur un an, et retrouve sa place de premier fournisseur du pays, devant la France qui garde toutefois le prix moyen au litre le plus élevé du marché (14,05 dollars, loin devant tous les concurrents). Autre catégorie qui tire son épingle du jeu : les vins effervescents, seule famille de produits en croissance simultanée en volume (+16,3%) et en valeur (+20,9%) sur la période. Les vins blancs néo-zélandais progressent aussi fortement, +59,9% en volume.
Le vrai changement, ce n’est pas tant le classement des pays fournisseurs que le canal de vente. La distribution traditionnelle, celle sur laquelle Summergate avait bâti sa position dans les années 2000, perd du terrain face à la vente en ligne et aux règles anti-corruption qui ont asséché le marché du cadeau d’entreprise. L’équipe de SEO Agency China décrit bien ce basculement dans son rapport sur le sujet : « une part majeure des achats d’alcool se fait déjà en ligne », notent-ils, avec Tmall comme socle de marque, Douyin pour l’achat impulsif en livestream et Xiaohongshu pour la découverte. Les acheteurs sont aussi plus jeunes : la génération Z se tourne vers des vins légers en alcool et pétillants, quand les acheteuses cherchent davantage de vins bio ou naturels.

Ce que ça change pour une marque de vin étrangère
J’ai vu plusieurs domaines et négociants français venir nous voir en pensant encore que signer avec un gros importateur suffisait à exister en Chine. C’était vrai il y a dix ans, quand Summergate ou ses concurrents contrôlaient l’accès aux restaurants et aux hôtels des grandes villes. Ce n’est plus le cas.
Aujourd’hui, un importateur reste utile pour la logistique, le dédouanement et la mise en rayon. Mais la vente se joue ailleurs : sur Douyin pendant un live, sur Xiaohongshu dans une note d’un KOC, dans une mini-boutique WeChat gérée par un club de clients fidèles. Une marque qui délègue tout à son distributeur et ne construit rien en direct sur ces canaux perd la partie la plus rentable du marché, celle où le consommateur paie plus cher pour une bouteille dont il a déjà entendu parler avant de l’acheter.
Notre panorama du marché du vin en Chine détaille les canaux à activer selon votre budget et votre présence déjà installée sur le marché. Si vous cherchez encore un partenaire logistique, notre liste de distributeurs de vin en Chine reste à jour et donne un point de départ pour comparer les offres.
FAQ
Le marché du vin importé en Chine repart-il vraiment en 2026 ?
Pas encore en volume, mais oui en valeur. Le premier semestre 2026 marque la première hausse de la valeur des importations depuis plusieurs années, portée par des acheteurs qui montent en gamme plutôt que par un retour massif des volumes d’avant-Covid.
Les taxes chinoises sur les vins australiens sont-elles toujours en vigueur ?
Non. Elles ont été levées en mars 2024, après trois ans à des niveaux allant jusqu’à 218%. L’Australie a depuis repris sa place de premier fournisseur de vin importé en Chine.
Faut-il encore passer par un gros distributeur comme Summergate pour vendre en Chine ?
Un importateur reste utile pour le dédouanement et la logistique, mais il ne suffit plus. La vente se construit aujourd’hui autant sur Douyin, Xiaohongshu et WeChat que dans les rayons ou les cartes des restaurants.
Comment savoir si mon vin a sa place sur le marché chinois en 2026 ?
Ça dépend surtout de votre positionnement prix et de votre capacité à raconter une histoire de marque en ligne. Un vin milieu de gamme sans narration a plus de mal qu’un vin premium bien mis en scène sur les réseaux, ou qu’une petite production capable de jouer la carte de la rareté.

« Le marché du vin en Chine n’a pas disparu, il a changé de porte d’entrée. Celui qui vend encore uniquement par le canal traditionnel vend à un marché deux fois plus petit qu’il ne le pense. »
Depuis Shanghai, l’agence GMA d’Olivier Verot épaule des producteurs occidentaux de vin, de spiritueux et d’agroalimentaire qui visent la Chine. Les domaines viticoles le sollicitent souvent, lui, sur la distribution et la vente en ligne.

