Je m’appelle Philip Chen, je dirige GMA depuis Shanghai, et je vais vous dire une chose que peu d’agences avouent : la plupart des entreprises qui veulent attirer des touristes chinois s’y prennent avec trois ans de retard sur ce que ce marché est devenu. Elles pensent encore groupes organisés, cars climatisés et boutiques hors taxes. En 2026, ce n’est plus ça.
On a déjà écrit sur ce sujet ici. Si vous cherchez la méthode complète pour construire une stratégie marketing pour attirer les touristes chinois, l’article existe et il est solide. Et si vous voulez comprendre où en est le retour des touristes chinois en France après la pandémie, on a suivi ça aussi, chiffre par chiffre. Ici, je veux répondre à une autre question, celle qu’on me pose le plus souvent en rendez-vous : pourquoi maintenant ? Pourquoi cette cible est-elle plus stratégique en 2026 qu’elle ne l’a jamais été ?
Philip Chen, CEO de GMA. Je travaille avec des marques et des acteurs du tourisme qui veulent capter les voyageurs chinois depuis douze ans, depuis Shanghai. Ce que je vois changer cette année, c’est la vitesse.
Le marché du tourisme en Chine
Les touristes chinois en 2026 : ce que disent les derniers chiffres

En 2016, les touristes chinois étaient déjà plus de 122 millions à voyager à l’étranger, pour environ 261 milliards USD dépensés. Dix ans plus tard, le volume a changé d’échelle : les projections pour 2026 annoncent plus de 220 millions de voyages internationaux effectués par des résidents chinois, un niveau jamais atteint, même avant la pandémie.
Ce qui a vraiment changé, ce n’est pas seulement le nombre. C’est la structure du marché. En 2005, les touristes chinois représentaient à peine 1% des voyageurs internationaux dans le monde. Aujourd’hui, cette part dépasse les 20%. Mais le fait le plus intéressant pour vous, si vous vendez à cette clientèle, c’est ailleurs : le marché ne grandit plus seulement en volume, il grandit en profondeur. Les données 2025-2026 montrent une tendance forte au 单人多次出境 (dān rén duō cì chūjìng), littéralement « une personne, plusieurs sorties du territoire ». Le même voyageur chinois aisé part deux, trois, parfois quatre fois par an, et cette tendance est particulièrement marquée chez les ménages dont le revenu net dépasse 500 000 RMB par an.
Un rapport publié début 2026 par 极光月狐 confirme ce profil : dans la tranche de revenus la plus élevée, 82,6% des voyageurs ont un niveau bac+3 ou plus, et un tiers occupent un poste de cadre dirigeant. Ce ne sont pas des touristes de masse. Ce sont des clients qui achètent une expérience, pas un séjour standard.
Une clientèle qui monte en gamme, pas seulement en nombre
La classe moyenne chinoise continue de grossir, et avec elle l’appétit pour le tourisme de qualité. Mais en 2026, le vrai mouvement se joue chez les voyageurs les plus aisés : près de 7,5% d’entre eux prévoient d’augmenter leur budget voyage de plus de 80% cette année, et 11% comptent l’augmenter de 50 à 80%. Ce n’est pas une hausse marginale, c’est un changement de catégorie d’achat.
Ce qu’ils recherchent a un nom en Chine : le 深度游 (shēndù yóu), le « voyage en profondeur ». Immersion culturelle, expériences privées, activités en plein air, et un phénomène en forte croissance que peu d’acteurs occidentaux anticipent : le tourisme fonctionnel. Voyages d’étude pour les enfants, séjours bien-être, tourisme médical et esthétique, déplacements calés sur un festival ou un événement précis. Si votre offre touristique ne peut pas se raconter comme une expérience personnalisée, vous parlez à un marché qui a déjà changé de standard.
Une nouvelle génération de touristes
- La génération des millennials et celle qui la suit ont fini d’imposer leur façon de voyager. Le 自由行 (zìyóuxíng), le voyage en indépendant sans agence ni guide, est devenu la norme chez les moins de 40 ans, bien plus que le tourisme de groupe.
- Ils veulent une expérience qu’ils peuvent raconter, montrer, poster. S’ils ne repartent pas avec du contenu à publier, votre séjour n’a pas fonctionné à leurs yeux, même si tout s’est bien passé sur le papier.
- Cette génération se renseigne énormément avant d’acheter. Elle compare, elle lit les avis, elle regarde ce que d’autres voyageurs chinois ont vécu au même endroit avant de réserver. Vous ne la séduisez pas avec une brochure, vous la séduisez avec des preuves.
- Elle passe en moyenne plus de deux heures par jour sur son smartphone, et une bonne partie de ce temps sert justement à préparer un futur voyage : itinéraires, avis, comparatifs de prix, échanges avec d’autres voyageurs.
Pourquoi cibler les touristes chinois maintenant, et pas dans deux ans
C’est la question que je reçois le plus souvent, et la réponse tient en trois points concrets.
Le premier, c’est la fenêtre de change. Un yuan qui reste fort face à plusieurs devises occidentales rend les destinations lointaines mécaniquement plus accessibles pour un voyageur chinois aisé. Les acteurs du secteur en Chine le disent sans détour : la concurrence n’est plus la province d’à côté, c’est n’importe quel pays où la monnaie locale est faible. Ce contexte pousse une demande longtemps contenue à se libérer d’un coup.
Le deuxième, c’est la vitesse à laquelle une destination peut désormais exploser sans budget publicitaire classique. Un exemple qui a marqué le début d’année 2026 : une destination jusque-là discrète a vu ses réservations bondir de 60% après une simple vague de contenus partagés sur les réseaux sociaux chinois, sans campagne officielle derrière. Le bouche-à-oreille numérique chinois fonctionne à une vitesse que le marketing traditionnel ne peut pas suivre, dans un sens comme dans l’autre. Une destination peut décoller en quelques semaines. Une autre peut disparaître des radars tout aussi vite si personne n’entretient sa présence.
Le troisième, c’est le glissement du voyage vers l’expression de soi. Les analyses chinoises publiées fin 2025 sur les habitudes de consommation touristique sont claires sur ce point : voyager n’est plus un simple loisir pour cette génération, c’est une façon de se raconter, de se distinguer, de construire une identité en ligne. Une marque ou une destination qui comprend ce ressort psychologique et qui construit son contenu autour peut capter une audience que ses concurrents, restés sur un argumentaire classique confort/prix/sécurité, ne voient même pas.
Trois fenêtres qui se superposent rarement aussi bien. Attendre deux ans, c’est laisser le temps à d’autres de s’installer sur ces trois axes à votre place.
Les destinations favorites des voyageurs chinois
- Destinations proches :
- Japon : toujours en tête, porté par la proximité, la culture et un yuan qui reste favorable face au yen.
- Corée du Sud : influence culturelle et divertissement continuent d’attirer, surtout la génération la plus jeune.
- Thaïlande : plages et accessibilité en font une valeur sûre pour les courts séjours.
- Russie : progression nette depuis l’allègement des formalités et une forte visibilité sur les réseaux sociaux chinois, un exemple concret de destination qui a su surfer sur le digital plutôt que sur la publicité classique.
- Destinations lointaines :
- France : Paris reste une valeur refuge, monuments, musées et boutiques de luxe en tête des motifs de visite.
- Royaume-Uni, Italie, Espagne : patrimoine, culture et shopping continuent de porter ces destinations.
- États-Unis : grandes villes et parcs toujours recherchés, malgré des démarches de visa qui restent un frein réel.
- Destinations émergentes : Maroc, Cambodge et Vietnam confirment leur montée en 2026, portés par des prix attractifs et un fort volume de contenu généré par les premiers voyageurs qui s’y sont rendus.
Comment attirer les touristes chinois en 2026
Vous devez utiliser les bons canaux, ceux que ces voyageurs utilisent réellement pour préparer et réserver. On a détaillé la méthode complète dans notre guide stratégies pour attirer les touristes chinois, je ne vais pas tout répéter ici. Je vais me concentrer sur ce qui a changé depuis.
-
ÊTRE PRÉSENT SUR LES MÉDIAS SOCIAUX
Un compte officiel WeChat reste la base. C’est votre vitrine, votre boutique, votre canal de service client, tout en un. Un voyageur chinois qui vous trouve sans compte WeChat actif se demande si votre offre est encore vivante. Comment créer votre compte officiel WeChat ? Cliquez ici.
Douyin, l’incontournable pour capter l’attention
Douyin reste la plateforme vidéo la plus puissante pour toucher une audience massive avec du contenu court et visuel. Ce qui change en 2026, c’est la montée de l’interest e-commerce : Douyin ne se contente plus d’inspirer, la plateforme pousse désormais des contenus vers les utilisateurs en fonction de leurs centres d’intérêt réels, avant même qu’ils aient formulé une recherche. Une vidéo bien construite sur un séjour, une activité ou une destination peut littéralement précéder l’intention de voyage du spectateur.
Xiaohongshu, la référence pour les recommandations de voyage

Xiaohongshu (Little Red Book) est devenu le point de passage quasi obligé avant réservation. Les chiffres publiés début 2026 sont parlants : un utilisateur consulte en moyenne 15 publications avant de passer à l’achat, et 70% des utilisateurs actifs ont déjà acheté un produit ou un service directement lié à un contenu vu sur la plateforme. C’est ce que les marketeurs chinois appellent le 种草 (zhòngcǎo), littéralement « planter une graine » : on ne vend pas directement, on dépose une envie qui germera au moment de la décision. Un office de tourisme ou un hôtel qui néglige Xiaohongshu laisse le champ libre à ses concurrents pour planter cette graine à sa place.
Ne pas oublier la recherche par IA
C’est la nouveauté que peu d’acteurs occidentaux du tourisme ont encore intégrée. De plus en plus de voyageurs chinois demandent leurs recommandations d’itinéraire directement à des assistants IA chinois comme DeepSeek ou Doubao, plutôt qu’à un moteur de recherche classique. Si votre marque n’existe nulle part dans du contenu structuré, en chinois, avec des informations claires et vérifiables, ces assistants ne vous citeront tout simplement pas. C’est un chantier encore jeune, mais il grossit vite, et arriver tôt dessus coûte beaucoup moins cher que d’y arriver en retard.
UTILISER LES KOL ET LES KOC
Les consommateurs chinois font toujours plus confiance à une personne qu’à une marque. Ce qui a évolué depuis 2024, c’est l’équilibre entre gros KOL et KOC (Key Opinion Consumers), ces voyageurs ordinaires suivis par quelques milliers de personnes mais dont l’avis paraît plus sincère. Un budget réparti sur plusieurs KOC crédibles fonctionne souvent mieux qu’un seul gros KOL, surtout pour une destination ou un établissement qui n’a pas encore de notoriété en Chine. Vous voulez creuser le sujet ? On a détaillé comment dealer avec les KOL chinois ici.
UN SITE ET UN CONTENU EN MANDARIN
- Si vous voulez apparaître sur Baidu, votre contenu doit exister en mandarin, pas en traduction automatique approximative. Les mots-clés recherchés sont chinois, le moteur raisonne en chinois.
- Traduire ne suffit pas, il faut aussi adapter la forme. Un visiteur chinois attend une page dense en informations et en images plutôt qu’un design épuré à l’occidentale. En Chine, le contenu rassure, le vide inquiète.


Un cas concret : comment une petite maison d’hôtes a doublé ses réservations chinoises
Marc dirige une maison d’hôtes de huit chambres en Provence. En 2024, il avait fait traduire sa brochure et son site en chinois par une agence de traduction classique. Résultat : deux réservations chinoises dans l’année, et encore, via une agence de voyage intermédiaire qui prenait une commission lourde. Le site traduit existait, mais personne ne le trouvait, et personne ne lui faisait confiance.
Ce qui a changé la donne, ce n’est pas un plus gros budget, c’est un changement de canal. On a ouvert un compte Xiaohongshu pour la maison d’hôtes, avec du contenu tourné vers l’expérience réelle : les repas pris avec les hôtes, la lavande en juin, une chambre précise avec ses photos honnêtes, pas retouchées à outrance. On a fait venir deux KOC françaises basées en Chine pour un séjour test, avec une contrepartie en nature plutôt qu’un gros chèque. Et on a ouvert un mini-programme WeChat simple, juste pour réserver directement sans intermédiaire.
Pourquoi ça a marché : parce que le contenu montrait une expérience vraie et racontable, exactement ce que cherche un voyageur qui pratique le 深度游. Les deux KOC ont généré de la preuve sociale gratuite, plus crédible qu’une publicité. Et le mini-programme a supprimé la friction de la réservation, qui passait auparavant par un échange d’e-mails en anglais approximatif. En quatre mois, la maison d’hôtes est passée de 2 à 19 réservations chinoises sur l’année suivante, soit environ 14% de son chiffre d’affaires annuel, sans intermédiaire ni commission d’agence.
Si nous résumons
Cette vague de touristes chinois est une opportunité réelle pour les acteurs du tourisme, mais elle se mérite. La plupart des échecs que je vois viennent du même endroit : une entreprise qui applique ses réflexes marketing occidentaux à un marché qui fonctionne selon des règles différentes, sur des plateformes différentes, avec une psychologie d’achat différente.
Si vous gérez une offre touristique, un hôtel, une destination ou une agence de voyage, la question n’est plus de savoir si les touristes chinois reviennent. Ils reviennent, en nombre, et ils dépensent plus qu’avant. La question est de savoir si vous serez visibles au bon endroit, avec le bon contenu, quand ils prépareront leur prochain voyage.
FAQ : les questions qu’on nous pose le plus
Faut-il absolument un compte WeChat officiel pour vendre à des touristes chinois indépendants ?
Oui, si vous visez le voyageur 自由行 qui organise lui-même son séjour. WeChat sert de vitrine, de canal de confiance et souvent de moyen de réservation direct via un mini-programme. Sans lui, vous dépendez entièrement d’intermédiaires qui prennent leur marge.
Les touristes chinois voyagent-ils encore en groupe en 2026 ?
Une partie oui, en particulier sur les premiers voyages à l’étranger ou les destinations lointaines complexes administrativement. Mais la tendance dominante chez les moins de 45 ans, surtout les plus aisés, va clairement vers le voyage indépendant ou en petit groupe familial.
Combien coûte une stratégie Xiaohongshu pour une petite structure touristique ?
Ça dépend du niveau d’ambition, mais un test sérieux avec deux ou trois KOC et un compte de marque actif se met en place avec un budget bien plus raisonnable qu’une campagne publicitaire classique en Europe. L’essentiel du coût, c’est le temps de production de contenu, pas l’achat média.
Dois-je créer un site entièrement en chinois si je passe par une agence locale ?
Oui, même en passant par un intermédiaire. Le voyageur chinois vérifie votre existence en ligne avant de faire confiance à l’agence qui vous recommande. Une présence chinoise cohérente, même modeste, renforce la crédibilité de toute la chaîne de vente.
Est-ce que le marketing envers les touristes chinois fonctionne aussi pour une petite structure, pas seulement pour les grandes marques ?
Oui, et c’est même souvent plus efficace. Un petit établissement authentique se raconte mieux dans un contenu Xiaohongshu qu’une grande chaîne standardisée. La taille compte moins que la sincérité du contenu.
Cet article est une première approche pour comprendre et attirer les touristes chinois en 2026. Pour aller plus loin, contactez-nous.
Nous sommes une entreprise spécialisée dans le marketing digital basée à Shanghai et avons acquis au fil des années une profonde connaissance de ce marché.
- Vous avez des questions ou un projet en tête ?
- N’hésitez pas à vous rapprocher d’un de nos experts en marketing touristique en Chine.
- Notre site web et nos études de cas.
Lire aussi :
- Stratégies marketing pour attirer les touristes chinois
- Les Chinois de retour en France après la pandémie de Covid-19
- Les Millennials en Chine : Votre Nouveau Défi
Sources : 36Kr, tendances de consommation touristique chinoise 2025-2026, CBNData, sur la percée d’une destination via les réseaux sociaux, et un rapport 极光月狐 sur le profil des voyageurs chinois à l’international en 2026.

Philip Chen, CEO de GMA. Je passe plus de temps à lire des rapports de consommation chinois qu’à dormir, ma femme s’en plaint régulièrement. Douze ans à Shanghai m’ont appris une chose : le touriste chinois de 2026 n’a plus grand-chose à voir avec celui de 2016, et la plupart des sites occidentaux n’ont pas mis à jour leur brochure depuis.
Retrouvez Philip sur LinkedIn.






