Par Philip Chen, cofondateur de GMA. Shanghaien depuis plus de dix ans, j’ai vu passer des dizaines d’acheteurs chinois devant des dizaines d’agents immobiliers étrangers, et j’ai vu ce qui marche.
Il y a trois semaines, un promoteur portugais m’a appelé un peu paniqué. Il avait un couple de Shenzhen très intéressé par un appartement à Lisbonne, des échanges WeChat depuis un mois, des photos envoyées, des visites virtuelles organisées. Puis plus rien. Silence radio pendant deux semaines. Il pensait avoir perdu la vente.
Il ne l’avait pas perdue. Le couple attendait juste de régler un problème de virement bancaire que personne ne leur avait expliqué comment gérer, et ils avaient trop peur de perdre la face en avouant qu’ils étaient bloqués. Ils ont fini par acheter, trois semaines plus tard, via une structure différente. Mais le promoteur a failli tout gâcher en relançant trop fort, en donnant l’impression de douter d’eux.
C’est exactement le genre de malentendu que je vois revenir année après année chez les agents et promoteurs qui veulent vendre à des acheteurs chinois. Le problème n’est presque jamais le bien immobilier. C’est tout ce qu’il y a autour : la manière de communiquer, la manière dont l’acheteur vous a trouvé, et la manière dont il va faire passer son argent.
Et vous allez me dire, avec l’immobilier chinois qui va mal en ce moment, les Chinois n’investissent plus à l’étranger ?
Faux. C’est même l’inverse.
Quand le marché intérieur ralentit, les acheteurs chinois qui ont les moyens regardent ailleurs. Les investissements chinois à l’étranger ont progressé de 8,9% au premier trimestre 2026 selon EY, pendant que l’investissement immobilier en Chine a chuté de 18% sur la même période selon le Bureau national des statistiques. Ce n’est pas une coïncidence. L’argent qui ne trouve plus de bon rendement chez lui cherche une porte de sortie.
En janvier 2026, les acheteurs chinois ont acquis 73 biens en Turquie, ce qui place le pays au sixième rang mondial pour les acquisitions chinoises ce mois-là. Ce n’est pas énorme en valeur absolue, mais ça montre un réflexe : dès qu’un marché semble accessible et que le prix au mètre carré paraît raisonnable comparé à Shanghai ou Shenzhen, les Chinois s’y intéressent.
La Grèce reste l’exemple classique qu’on cite depuis des années dans le milieu. Mais aujourd’hui, la Turquie, le Portugal, l’Espagne, la Thaïlande, Dubaï jouent le même rôle : des marchés perçus comme sûrs, avec un accès facilité pour les étrangers.
Ce qui a vraiment changé depuis 2019 : l’argent est beaucoup plus surveillé
Voilà la partie que la plupart des agents immobiliers étrangers ne comprennent pas assez, et qui explique la moitié des ventes qui capotent en cours de route.
Depuis 2019, la Chine a un quota de change personnel de 50 000 dollars par an, et sur le papier ce quota n’a pas bougé. Mais son usage est écrit noir sur blanc : il est interdit de l’utiliser pour acheter un bien immobilier à l’étranger. Ça a toujours été le cas. Ce qui a changé, c’est la surveillance.
Les autorités appellent ça 蚂蚁搬家 (mǎyǐ bānjiā), littéralement « le déménagement des fourmis ». C’est l’image d’une colonie de fourmis qui transporte un gros morceau de nourriture en petits bouts, chacune portant sa part. Concrètement, ça décrit des familles qui font passer de l’argent en fractionnant les virements entre plusieurs membres pour rester sous les seuils de contrôle. C’est aujourd’hui explicitement interdit, et les contrevenants perdent leur droit au change, parfois jusqu’à 100 000 dollars sur deux ans.
Et ça continue de se durcir. Une nouvelle réglementation sur les investissements sortants entre en vigueur le 1er juillet 2026 en Chine, et pour la première fois elle place explicitement les investisseurs individuels sous un cadre de contrôle unifié, alors qu’avant c’était surtout pensé pour les entreprises. Pékin a aussi demandé à plusieurs courtiers de Hong Kong et Singapour très utilisés par la clientèle continentale de fermer progressivement ces comptes sur deux ans, pour couper les canaux informels.
Concrètement, pour vous en tant qu’agent ou promoteur, ça veut dire trois choses. Un, arrêtez de proposer « envoyez juste l’argent » comme si c’était simple, ce n’est plus le cas depuis longtemps. Deux, vos acheteurs sérieux passent presque toujours par des structures légales : société offshore existante, financement local dans le pays d’achat, famille déjà installée à l’étranger, actifs déjà détenus hors de Chine. Trois, si un acheteur disparaît deux semaines sans donner de nouvelles après avoir semblé très motivé, ce n’est presque jamais un désintérêt. C’est très souvent un problème de structuration de fonds qu’il n’ose pas vous expliquer.
Comment les acheteurs chinois vous trouvent aujourd’hui
Damac, la plus grande agence de Dubaï, a été désignée agent commercial officiel intéressé par le marché chinois il y a quelques années déjà. Ce n’était pas un coup de chance. Derrière, il y avait un travail digital sérieux, pensé pour la manière dont les Chinois cherchent vraiment un bien à l’étranger.
Et cette manière a changé. Il y a encore quelques années, Juwai était le passage obligé, une sorte d’annuaire immobilier pour Chinois qui veulent acheter à l’étranger. Ça reste utile, mais ce n’est plus le point de départ du parcours d’achat.
Le vrai point de départ aujourd’hui, c’est Xiaohongshu, l’appli que les Occidentaux appellent parfois « Little Red Book ». Les grandes conférences immobilières chinoises de 2026 le disent elles-mêmes : le parcours de décision de l’acheteur est passé d’un mode « je reçois de la pub » à un mode « je cherche activement, je me laisse convaincre petit à petit ». C’est ce qu’on appelle 种草 (zhòngcǎo), littéralement « planter une graine ». L’idée, c’est de donner envie sans jamais vendre frontalement. Un post qui montre la vraie vie dans le quartier, une story qui compare deux appartements avec les vrais chiffres de charges, une vidéo où on visite le bien sans discours commercial. La graine pousse toute seule, sur plusieurs semaines, jusqu’à ce que l’acheteur vous contacte lui-même.
WeChat garde son rôle, mais plus en amont. C’est là que la conversation devient personnelle, que vous envoyez les documents, que vous répondez en direct. Xiaohongshu attire, WeChat convertit.
Une dernière chose sur les portails comme Juwai : la publicité y coûte plus cher qu’ailleurs, ce n’est un secret pour personne dans le métier. Mais les acheteurs qui viennent de là arrivent déjà qualifiés, avec un budget en tête. Ça reste un canal complémentaire, pas le canal principal.
Conseil 1. Prenez toujours votre propre traducteur, jamais le leur
Alexandre, notre expert marketing immobilier chez GMA, répète ce conseil à chaque nouveau client depuis des années, et il a raison à chaque fois. Où qu’il aille négocier, il vient avec son propre traducteur. Jamais celui de la partie adverse.
Pas parce que l’autre traducteur va mentir. Simplement parce que dans une négociation, on ne peut pas faire confiance à un accord qu’on ne comprend qu’à moitié. Alexandre dit souvent que le plus effrayant, ce n’est pas de signer un mauvais deal. C’est de rester assis dans une pièce sans savoir vraiment ce qui s’y dit.
Conseil 2. Investissez le temps avant l’argent : soignez votre contenu avant votre budget pub
C’est le changement le plus important par rapport à il y a cinq ans. Avant, on disait : achetez de la pub sur les portails chinois, achetez du search sur Baidu, et les leads arriveront. Ça marche encore un peu, mais beaucoup moins bien.
Aujourd’hui, avant même de dépenser un centime en publicité, posez-vous une question simple : si un acheteur chinois tombait sur votre compte Xiaohongshu ou WeChat sans jamais avoir vu de pub, aurait-il envie de vous écrire ? Si la réponse est non, la pub ne réparera rien. Elle enverra juste plus de monde vers un contenu qui ne convainc personne.
Conseil 3. Comprenez ce qui compte vraiment pour eux : 关系 et 面子
Deux mots à connaître si vous voulez durer dans ce métier. 关系 (guānxi) désigne le réseau relationnel, tout ce tissu de connaissances et d’obligations mutuelles qui fait qu’on préfère traiter avec quelqu’un qu’on connaît, ou que quelqu’un de confiance a recommandé. 面子 (miànzi) c’est la face, la réputation sociale. Personne ne veut avoir l’air de s’être fait avoir, ni d’avoir pris une mauvaise décision devant sa famille.
C’est exactement ce qui s’est passé avec le couple de Shenzhen du promoteur portugais. Ils n’ont pas répondu pendant deux semaines non pas parce qu’ils avaient changé d’avis, mais parce qu’ils ne voulaient pas perdre la face en admettant qu’ils étaient bloqués sur un point technique. Un bon agent aurait anticipé la question du virement avant qu’elle ne devienne gênante à poser.
Retirez vos chaussures chez quelqu’un. Sachez à qui vous adresser en premier dans une famille, souvent l’aîné ou celui qui a le dernier mot financier. Ce sont de petits détails, mais ils construisent la confiance plus vite qu’une brochure bien traduite.
Conseil 4. La confiance ne se décrète pas, elle se prouve
Les acheteurs chinois qui investissent à l’étranger cherchent énormément avant de se décider, et plus le montant est élevé, plus la recherche est poussée. Ils ont peur de se faire arnaquer, donc ils comparent tout, systématiquement. Et ils se méfient des sociétés qui n’ont aucune trace de confiance visible en Chine : pas de compte WeChat officiel, pas de présence sur Xiaohongshu, pas d’avis, rien.
Si vous manquez de transparence à un moment, même sur un détail, vous risquez d’être mis sur liste noire dans le petit monde très connecté des acheteurs chinois d’un même secteur ou d’une même ville. La confiance se construit dans la durée, en répondant vite, en étant honnête sur les délais, en montrant des transactions déjà réussies.
Conseil 5. Pensez votre présence en ligne pour eux, pas pour vous
Baidu reste le plus grand moteur de recherche chinois, et une bonne présence dessus rassure toujours. Un site pensé pour un public chinois, rapide à charger depuis la Chine, avec un vrai service client réactif, ça reste la base d’une bonne campagne de génération de prospects. Mais en 2026, ça ne suffit plus tout seul. Il faut articuler Baidu, WeChat et Xiaohongshu ensemble, chacun avec son rôle dans le parcours d’achat.
Ce que disent les chiffres en 2026
- Les investissements sortants chinois ont progressé de 8,9% au premier trimestre 2026, selon le rapport trimestriel d’EY sur les investissements sortants chinois.
- L’investissement immobilier en Chine continentale a reculé de 18% sur le premier semestre 2026 par rapport à l’an dernier, selon le Bureau national des statistiques chinois, ce qui pousse une partie du capital domestique à regarder ailleurs.
- De nouvelles règles sur les investissements sortants chinois entrent en vigueur le 1er juillet 2026 et couvrent pour la première fois explicitement les investisseurs individuels, pas seulement les entreprises, d’après une analyse du cabinet Morrison Foerster.
- Sur Xiaohongshu, le secteur immobilier a organisé en 2026 un sommet dédié où la plateforme a présenté un parcours d’achat désormais construit autour de la recherche active et du contenu de découverte plutôt que de la publicité classique.
Un cas concret : comment on a débloqué un promoteur bloqué depuis six mois
Chez GMA, notre agence immobilière en Chine aide justement les promoteurs et agents étrangers à construire cette présence pensée pour les acheteurs chinois, du compte WeChat officiel jusqu’à la stratégie de contenu Xiaohongshu.
Un de nos clients, un promoteur espagnol qui vend des résidences en bord de mer, était bloqué depuis six mois quand il nous a contactés. Il avait un site en anglais correct, une page Facebook active, et zéro contact chinois malgré un budget publicitaire déjà dépensé sur des portails immobiliers internationaux.
Le déclic est venu en regardant ce que ses concurrents espagnols faisaient sur Xiaohongshu. Rien, ou presque. Personne ne montrait la vraie vie dans la résidence : le petit marché du dimanche à côté, le trajet en voiture jusqu’à l’aéroport, le voisin français qui a acheté l’an dernier et raconte sa vie là-bas. On a construit un compte Xiaohongshu avec exactement ce genre de contenu, sans jamais pousser à l’achat dans les trois premiers mois. Juste planter la graine, doucement.
Résultat : au bout de quatre mois, sept familles chinoises ont pris contact directement via WeChat après être passées par Xiaohongshu, sans qu’on ait dépensé un euro de plus en publicité. Deux ventes ont été signées dans la foulée, une troisième est en cours de structuration de financement au moment où j’écris ces lignes.
FAQ
Un acheteur chinois peut-il vraiment sortir plus de 50 000 dollars de Chine pour acheter un bien à l’étranger ?
Légalement, le quota de change personnel reste à 50 000 dollars par an et il est explicitement interdit de l’utiliser pour acheter de l’immobilier à l’étranger. Dans la pratique, les acheteurs sérieux passent par des structures déjà établies hors de Chine : société existante, financement local, famille installée à l’étranger. Méfiez-vous de tout acheteur qui vous propose un montage qui ressemble à du fractionnement de virements, c’est aujourd’hui explicitement sanctionné.
Faut-il encore payer de la publicité sur Juwai en 2026 ?
Ça reste utile en complément, surtout pour toucher des acheteurs déjà très avancés dans leur recherche. Mais ce n’est plus le point d’entrée principal. Xiaohongshu attire aujourd’hui davantage d’acheteurs en phase de découverte.
Combien de temps faut-il pour voir des résultats sur Xiaohongshu dans l’immobilier ?
Comptez généralement deux à quatre mois avant les premiers contacts sérieux. Le 种草 est un travail de fond, pas une campagne de pub qu’on lance et qui convertit en une semaine.
Un agent immobilier qui ne parle pas chinois peut-il quand même vendre à des acheteurs chinois ?
Oui, à condition de toujours passer par son propre traducteur de confiance, jamais celui de l’autre partie, et de construire une vraie présence WeChat et Xiaohongshu plutôt que de compter uniquement sur des portails en anglais.
GMA, qui sommes-nous ?
- Une agence orientée résultats
- Une philosophie 100% digitale
- Et une forte expertise dans l’immobilier
Pour aller plus loin sur le sujet, on a aussi écrit sur l’exode des investisseurs immobiliers chinois, sur le guide ultime pour vendre de l’immobilier en Chine, sur comment promouvoir un agent immobilier étranger en Chine, et sur comment une société immobilière a attiré 80 investisseurs chinois par mois.
Philip Chen a cofondé GMA à Shanghai, et il est probablement la seule personne du bureau capable de négocier un bail commercial en dialecte shanghaien tout en se trompant encore sur les jours fériés français. Il aime les entrepreneurs étrangers qui viennent tenter leur chance en Chine, surtout ceux qui posent des questions gênantes. Retrouvez-le sur LinkedIn.












1 commentaire
Paul Aubin
j’aime vendre ma propriété a revenu a des investisseurs chinois. quatre logement, revenue annuel 30000.00$ pour 750000.00$ est ce que ces possible.