Le Storytelling, La clé Marketing d’une marque en Chine

Philip Chen, cofondateur de GMA, écrit depuis Shanghai. Mon rôle auprès des marques étrangères : leur montrer pourquoi leur récit tombe à plat en Chine, puis les aider à le reconstruire.

Il y a quelques mois, j’étais dans une salle de réunion à Jing’an avec le fondateur d’une marque française de cosmétiques. Il avait préparé un joli deck: 1875, une maison familiale, un savoir-faire transmis sur cinq générations. Il l’a présenté à mon équipe chinoise avec la fierté de quelqu’un qui vient de sortir son meilleur argument. Silence poli. Une de mes consultantes a fini par lever la main: « Et nous, qu’est-ce qu’on y gagne, dans cette histoire ? » Le fondateur n’a pas su répondre tout de suite. Son histoire parlait de lui. Elle ne parlait pas à eux. C’est exactement le problème que je vois revenir depuis dix ans chez les marques qui débarquent en Chine, et c’est aussi tout ce qui a changé dans la manière de le résoudre depuis que cet article a été écrit pour la première fois.

Le storytelling est une étape importante pour faire connaître sa marque en Chine, et c’est en décelant les différences culturelles que vous gagnerez des clients.

Le storytelling=Raconter de belles histoires

Les chinois adorent les belles histoires. Pas les histoires qui flattent la marque, les histoires qui les concernent eux, leur vie, leurs tensions, leurs contradictions. C’est la nuance que la plupart des marques occidentales ratent en arrivant sur ce marché.

Pourquoi le Storytelling est la clé pour réussir en Chine?

  • Aujourd’hui, en 2026, il est impensable de réussir sur le marché chinois sans recourir au storytelling. Dans un pays où la concurrence est féroce et où les consommateurs sont inondés d’informations, il est essentiel de se démarquer en racontant des histoires captivantes autour de votre marque. Vous avez besoin d’une histoire que les consommateurs chinois voudront non seulement écouter, mais aussi vivre.

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Pour les companies et les marques, elles sont le fondement d’une campagne marketing qui attire de nouveaux consommateurs et renforce les liens avec les clients déjà acquis.

Voici 6 storytellings populaires à utiliser dans vos campagnes marketing en Chine!

1. La Chine VS Le Monde

  • Les chinois se font une place dans le monde. Des millions d’entre eux veulent imposer leur identité de citoyens du monde, et non plus juste celle de citoyens chinois.
  • L’histoire à raconter : racontez l’histoire des chinois qui influencent le monde, ceux qui ont un impact sur des communautés hors de Chine. Montrez que s’insérer dans les communautés à l’étranger est aussi une fierté chinoise.

2. La richesse VS La santé

  • Pour des millions de chinois, ces dernières décennies ont permis à certains de s’enrichir rapidement, mais certaines des tactiques employées ont apporté de la rancœur au sein de certaines régions. À côté de ça, une autre source de tension a fait son apparition : le bilan santé. De longues heures de travail, de mauvaises habitudes alimentaires, le tabac et l’alcool lors des meetings sont sources de cancer et autres maladies. Les chinois se demandent si cela en vaut la peine et commencent à remettre en question l’idée que se tuer à la tâche est finalement avantageux. C’est tout le paradoxe du « 内卷 » (nèijuǎn, littéralement « involution »), ce mot que les jeunes urbains chinois utilisent pour décrire une compétition qui use tout le monde sans faire avancer personne. Une marque qui comprend le neijuan et qui propose une échappatoire touche une corde sensible.
  • L’histoire à raconter : Imaginez une compagnie qui serait capable de vous aider à vous enrichir sans impacter votre santé. Une histoire simple comprenant du rire, du sourire ou un moment de repos au milieu d’une journée de travail stressante attirera les jeunes professionnels chinois. Les agences de services financiers peuvent raconter une histoire convaincante sur la gestion de sa richesse.

3. La passion VS La sécurité

  • La sécurité financière reste un but essentiel en Chine, le souvenir de la pauvreté est encore présent dans les mémoires. Cela pèse sur les décisions du lieu de vie, des études et du travail. L’histoire à raconter : celle d’une compagnie où l’on peut poursuivre son rêve de carrière tout en assurant la sécurité financière de sa famille.

4. L’amour VS L’argent

  • C’est une tension classique, très présente en Chine, qui touche les gens au niveau personnel, notamment au moment du mariage : se marier pour la sécurité financière ou par amour, les deux se complètent rarement. L’histoire à raconter : pourquoi ne pas avoir les deux ? Une idée ancienne, mais qui garde son impact.

5. L’ancien VS La modernité

  • La Chine possède un riche héritage culturel, une énorme source de fierté. Cela crée aussi une tension entre le traditionnel et les concepts nouveaux importés de l’étranger. L’histoire à raconter : montrez votre respect pour les valeurs chinoises en les « empruntant ». Une histoire de technologie ou de pratiques modernes qui restaurent ou mettent en avant le patrimoine chinois, jamais l’inverse. C’est exactement le ressort du guochao, la vague de préférence pour le patrimoine chinois qui a explosé depuis que cet article a été écrit la première fois.

6. L’individualisme VS La communauté

  • Les européens grandissent dans des sociétés individualistes où être différent est une bonne chose. En Chine, être différent peut être vu comme une forme d’arrogance ou d’irresponsabilité: l’avis de la communauté pèse plus lourd que les aspirations de chacun. L’histoire à raconter : l’individualisme au sein d’une communauté plus étendue, un personnage spécial qui apprend à se servir de sa différence pour devenir un leader plutôt que pour s’isoler.
  • Une bonne histoire ne doit jamais prendre de position idéologique. Les marques doivent résister au désir de juger.

Trois marques qui ont vécu ces tensions sur le terrain, pour de vrai

Ces six tensions ne sont pas des concepts abstraits. Elles se sont jouées, très concrètement, chez des marques que tout le monde connaît. Voici trois cas récents qui montrent ce qui se passe quand on comprend la mécanique, et ce qui se passe quand on la rate.

H&M : quand une histoire écrite pour l’Occident percute de plein fouet le marché chinois

En 2021, H&M a payé cash le prix de l’histoire n°1, la Chine face au monde, mais dans le mauvais sens. Une ancienne déclaration de la marque sur son refus de s’approvisionner en coton du Xinjiang a refait surface sur les réseaux chinois. En quelques jours, Tmall, JD.com et Pinduoduo retirent la marque de leurs plateformes. Des médias d’État appellent au boycott. H&M n’avait pas raconté une histoire pensée pour son public chinois, elle avait laissé une position pensée pour son siège suédois lui exploser à la figure sur un marché où elle n’avait pas construit de relation, de guanxi (关系), avec ses parties prenantes locales.

Ce qui est instructif, c’est la suite, beaucoup moins commentée que la crise elle-même. H&M n’a pas tenté de se justifier publiquement une seconde fois. La marque a changé de méthode complètement. Retour discret sur son emplacement historique de Huaihai Road à Shanghai. Ouverture d’un centre de design basé en Chine, chargé de créer des collections pensées pour le goût local plutôt que des adaptations de collections européennes. Montée en puissance de sa marque Cos sur Douyin et Pinduoduo, avec des ouvertures à Pékin, Dalian, Jinan et Wuhan. Zéro discours, uniquement des actes. C’est une histoire silencieuse, celle d’une marque qui reconstruit sa légitimité produit par produit plutôt que par communiqué de presse. Ça marche beaucoup mieux qu’un mea culpa raté.

Perfect Diary : l’histoire du luxe qu’on n’a pas le droit de raconter trop vite

C’est le cas d’école de la tension n°5, l’ancien contre la modernité, version ratée. En octobre 2020, la jeune marque de maquillage chinoise Perfect Diary annonce en grande pompe que l’actrice Zhou Xun devient sa première porte-parole mondiale. L’opération est un carton médiatique, mais elle raconte une histoire que la marque n’a pas les moyens de tenir : celle d’une montée en gamme vers le luxe. Nous avons couvert ce qui s’est réellement passé ensuite en détail sur ce blog : des boutiques flambant neuves à Jing’an fermées un an plus tard, rideau baissé, affiche « à louer » sur la vitrine. La marque avait raconté une histoire de statut social, de mianzi (面子), sans avoir construit en parallèle la qualité produit et le prix qui rendent cette histoire crédible sur la durée. Le public chinois pardonne beaucoup de choses à une marque, il pardonne rarement une promesse de standing qu’on ne peut pas tenir.

Adidas x HeyTea : l’histoire de l’individualisme dans une communauté, en version sneakers

À l’inverse, voici un exemple qui illustre parfaitement la tension n°6, l’individualisme au sein d’une communauté. Adidas Originals s’est associé à HeyTea, la marque de thé qui a inventé le cheese tea et qui est devenue un phénomène culturel chez les jeunes urbains chinois, pour lancer une paire de ZX 7000 en édition limitée. Le coloris violet et blanc translucide reprend directement la robe du « Very Grape Cheezo », une des boissons signature de HeyTea. Détail qui change tout : le logo HeyTea remplace celui d’Adidas sur la languette. Un géant allemand du sport accepte de s’effacer derrière une marque de boisson chinoise. C’est exactement le mécanisme du cobranding qui plaît tant aux jeunes consommateurs chinois : porter cette paire, c’est afficher son appartenance à une tribu, la culture des files d’attente devant HeyTea, tout en restant unique parce que la paire est limitée. L’objet raconte à la fois « je suis comme vous » et « je suis différent », la même équation que celle décrite dans la tension n°6 ci-dessus.

Ce que disent les chiffres chinois sur le storytelling en 2026

Le cabinet de recherche 赞意 (Zanyi) a publié en 2026 un livre blanc au titre parlant, « 把自己活成故事 » (« devenir soi-même une histoire »). Sa conclusion, reprise par SocialBeta, tient en une phrase : les marques qui gagnent en 2026 ne racontent plus une grande histoire descendante, elles se glissent dans des scènes concrètes du quotidien et laissent le consommateur se reconnaître dedans. Dans la consommation courante, les gens rachètent un produit non pas parce qu’il est objectivement meilleur, mais parce qu’il les aide à devenir la personne qu’ils veulent être. C’est du storytelling à l’échelle individuelle, pas à l’échelle de la marque.

Sur Xiaohongshu, la plateforme est devenue en 2026 le principal terrain d’expression de ce storytelling incarné. La plateforme dépasse les 380 millions d’utilisateurs actifs mensuels et 150 millions d’utilisateurs actifs quotidiens, et 88% des utilisateurs actifs y font une recherche avant un achat, ce qui en fait un moteur de décision d’achat à part entière, pas juste un réseau social. Une stratégie de zhongcao (种草, littéralement « planter l’herbe », l’art chinois de la recommandation informelle qui donne envie) bien construite peut générer entre 300% et 800% de retour sur investissement, avec un effet de longue traîne dans les recherches qui peut durer 6 à 12 mois après la publication d’un contenu marquant. C’est un horizon très différent d’une campagne publicitaire classique, qui s’éteint dès que le budget média s’arrête.

Le guochao (国潮), la préférence pour les marques et l’esthétique chinoises que l’on retrouve dans la tension n°5, n’est plus un phénomène de niche. Une enquête de l’institut de recherche statistique rattaché au Bureau national des statistiques, relayée début 2026 par Shopex, montre que 72,9% des consommateurs chinois interrogés ont eu un comportement d’achat guochao au cours de l’année écoulée. Parmi eux, 80,7% citent leur attachement aux éléments de la culture traditionnelle chinoise, et 58% disent vouloir soutenir les marques nationales. Une marque étrangère n’a pas à devenir chinoise pour exister sur ce marché, mais elle a intérêt à comprendre pourquoi cette fierté existe, et à raconter une histoire qui la respecte plutôt qu’une histoire qui l’ignore.

Dernier signal utile : plusieurs analyses sectorielles publiées mi-2026 notent que les comptes de marque les plus performants sur Xiaohongshu ne sont plus de simples fils d’annonces produit. Ils construisent une véritable identité de contenu : histoire du fondateur, coulisses du développement produit, contenus créés par les utilisateurs eux-mêmes. Autrement dit, la marque cède une partie du micro pour laisser la communauté raconter l’histoire à sa place, ce qui rejoint très exactement la logique de la tension n°6 décrite plus haut.

Comment construire concrètement cette histoire, étape par étape

Savoir qu’il faut une histoire ne suffit pas. La plupart des marques qui viennent nous voir chez GMA ont déjà compris ça en théorie. Ce qui leur manque, c’est une méthode pour la construire, la tester et la diffuser sans se ruiner. Voici comment nous procédons concrètement dans notre accompagnement branding, et pourquoi chaque étape existe.

Étape 1 : l’audit de résonance culturelle. Avant d’écrire une ligne, on prend l’histoire actuelle de la marque et on la confronte aux six tensions décrites plus haut. Laquelle de ces tensions votre produit adresse-t-il vraiment ? La plupart des fondateurs répondent d’instinct « toutes », ce qui en pratique veut dire aucune. On force la marque à choisir une tension dominante, deux maximum, parce qu’une histoire qui essaie de parler à tout le monde ne touche personne. On regarde aussi ce que racontent déjà les trois principaux concurrents chinois et internationaux sur ce segment, pour ne pas arriver avec la même histoire que tout le monde.

Étape 2 : la traduction narrative, pas la traduction littérale. C’est l’erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Une marque qui traduit son site, ses argumentaires et ses visuels mot pour mot du français ou de l’anglais vers le chinois transporte une histoire, mais c’est celle du marché d’origine. On réécrit l’histoire depuis zéro en partant du problème réel que vit le consommateur chinois cible, pas du problème que la marque pense résoudre. Concrètement, cela veut dire des interviews de consommateurs chinois type, souvent dix à quinze entretiens courts, avant même d’écrire le premier brief créatif.

Étape 3 : le test à petite échelle avant le déploiement. On ne lance jamais une histoire à pleine puissance média. On la teste d’abord auprès d’un petit groupe de KOC (Key Opinion Consumers, des créateurs de contenu à faible audience mais à fort taux de confiance) sur Xiaohongshu. Leurs commentaires, leurs objections, leur façon de reformuler l’histoire avec leurs propres mots nous disent en quelques jours ce qui accroche vraiment et ce qui tombe à plat, pour un coût dérisoire comparé à une campagne complète.

Étape 4 : la diffusion multi-plateforme cohérente. Une fois l’histoire validée, on la décline différemment selon la plateforme, sans jamais la trahir. Sur Xiaohongshu, on privilégie le témoignage et le contenu généré par les utilisateurs. Sur Douyin, on mise sur le format court et le moment fort, souvent une scène de trois secondes qui résume toute la tension narrative. Sur WeChat, on approfondit avec du contenu long format pour les consommateurs déjà convaincus qui veulent vérifier avant d’acheter. Trois formats, une seule histoire.

Un exemple concret, anonymisé, pour que ce ne soit pas juste une promesse en l’air. L’année dernière, une marque française d’accessoires de maison, environ 8 millions d’euros de chiffre d’affaires en Europe, est venue nous voir après un premier lancement en Chine qui avait fait un flop total : 40 000 yuans de ventes en trois mois sur Tmall, malgré un budget publicitaire de plus de 200 000 yuans. Leur histoire d’origine, un artisanat français transmis depuis les années 1960, ne parlait à personne en Chine. On a fait l’audit, on a identifié que la vraie tension pertinente pour eux était la n°2, la richesse contre la santé, version « ralentir chez soi plutôt que courir après le statut ». On a reconstruit l’histoire autour d’un rituel du soir, pas autour de l’héritage familial français. Testé sur douze KOC pendant trois semaines, ajusté deux fois, puis déployé. Résultat sur les six mois suivants : 1,2 million de yuans de ventes sur Tmall, un taux de conversion des pages produit multiplié par 3,4, et surtout un coût d’acquisition client divisé par deux par rapport au premier lancement. Le produit n’avait pas changé d’un centimètre. Seule l’histoire avait changé.

À vous de raconter la vôtre

Si vous lisez cet article jusqu’ici, c’est probablement que vous savez déjà que votre marque a besoin de plus qu’une traduction de son site pour exister en Chine. Vous avez raison. Le marché chinois n’attend pas patiemment que votre histoire européenne ou américaine fasse son chemin, il a déjà mille autres histoires à écouter aujourd’hui. Celles qui gagnent sont rarement les plus grosses, elles sont les plus justes, celles qui touchent une tension réelle chez le consommateur chinois plutôt que celles qui flattent l’ego de la marque.

Rassurez-vous : inutile de deviner seul quelle tension colle à votre produit, ou de tester à l’aveugle devant 1,1 milliard d’internautes. Ce travail, notre équipe de Shanghai le fait chaque semaine pour des marques étrangères : partir de votre histoire actuelle, la passer au filtre du marché chinois, puis la réécrire pour qu’elle porte. Ce marché récompense vite les marques qui arrivent avec le bon récit. Il oublie aussi vite celles qui restent au bord du terrain. Montrez-nous votre marque, et cherchons ensemble l’histoire qu’elle peut vraiment raconter aux Chinois.


Philip Chen, cofondateur de GMACombien de decks « maison fondée en 1875 » Philip Chen a-t-il vus défiler ? Il a perdu le compte. Le cofondateur de GMA explique volontiers, depuis Shanghai, pourquoi ces récits d’héritage laissent le public chinois de marbre. Il en parle aussi sur LinkedIn.

1 commentaire

  • patrick mazaud

    je m,interésse beaucoup a la chine , sont dynamisme est une chose qui est disparue en France , et j,adore les Gens dynamiques . pat to LA .

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