Vous fabriquez ou vous distribuez des vêtements de sport, et la Chine vous fait de l’œil. C’est normal : c’est toujours l’un des plus gros marchés du sportwear au monde. Mais la Chine de 2026 n’est plus celle de la ruée des années 2020. La croissance ralentit, les marques locales ont rattrapé leur retard technique, et le consommateur chinois n’achète plus un legging ou une veste technique pour faire du sport : il achète une scène de vie entière, du café du dimanche matin à la randonnée du mois suivant. Si vous débarquez avec le discours « performance et innovation » qui marchait il y a cinq ans, vous allez dépenser un budget marketing entier pour ne rien vendre.
Je vous explique ce qui a vraiment changé sur ce marché, avec les chiffres 2026, et ce que ça change pour une marque étrangère qui veut s’y installer.
Je m’appelle Olivier Verot. Je dirige GMA, une agence de marketing digital à Shanghai, depuis 2012, et j’ai vu passer des dizaines de marques de sport et d’outdoor sur ce marché : celles qui ont percé, et celles qui ont épuisé leur budget en un an.

Le marché en chiffres réels, pas en promesses
Commençons par la question qu’on me pose à chaque rendez-vous : la taille du marché. Les chiffres varient beaucoup selon ce qu’on compte, vêtements techniques seuls, sportwear au sens large, ou l’ensemble des articles de sport. Une estimation reprise par Forbes China place le marché du sportwear chinois autour de 27 milliards de dollars à horizon 2026, avec une croissance annuelle proche de 7,3%. Une autre lecture, plus large, évoque un marché à 600 milliards de RMB d’ici 2026, porté par une croissance à deux chiffres depuis 2023. Les deux ont raison. Elles ne mesurent juste pas la même chose.
Ce qui compte pour vous : le marché continue de grossir, mais plus au rythme effréné qu’on vous a vendu il y a deux ans.

| Indicateur | 2023 | 2026 |
|---|---|---|
| Marché du sportwear (large) | ~300 milliards RMB | ~600 milliards RMB visés |
| Anta, marque cœur | +10,6% de croissance | +3,7% au premier semestre, la plus faible depuis plusieurs années |
| Li Ning | croissance à un chiffre | +3,3% de chiffre d’affaires, marge brute en recul |
| Amer Sports (Arc’teryx, Salomon) en Grande Chine | croissance rapide | +43,4% sur le dernier exercice, loin devant la moyenne mondiale du groupe (+27%) |
Les leaders étrangers : puissants, mais plus intouchables
Nike et Adidas se disputent toujours la tête du marché grâce à leur notoriété et à leurs investissements dans le marketing sportif local : sponsoring, collaborations avec des stars chinoises, collections capsules pensées pour le marché domestique. Nike garde une longueur d’avance grâce à sa présence continue sur Douyin et Xiaohongshu (l’ancien Little Red Book, aussi connu à l’international sous le nom de RedNote depuis 2025).
Adidas traverse une zone plus compliquée. Depuis 2024, le groupe mène une enquête interne en Chine après qu’un lanceur d’alerte a publié des accusations de corruption sur Xiaohongshu, visant des pratiques de pots-de-vin chez certains cadres locaux. Deux employés ont quitté le groupe depuis. L’enquête n’est toujours pas officiellement close en 2026. Je ne vous dis pas d’éviter Adidas comme référence marketing, la marque reste solide. Je vous dis que la fenêtre où une marque internationale débarquait et dominait par la seule notoriété s’est refermée. Under Armour reste, lui, un acteur de niche, loin derrière les deux leaders, concentré sur la performance pure.
Les marques locales ne jouent plus les seconds rôles
Anta ne se contente plus de vendre des baskets à bas prix. Le groupe possède désormais FILA, Descente, et surtout Amer Sports, la maison mère d’Arc’teryx et de Salomon, dont la zone Grande Chine a vu son chiffre d’affaires bondir de 43,4% sur le dernier exercice. En janvier 2026, Anta a annoncé vouloir devenir le premier actionnaire de Puma, pour plus de 12 milliards de RMB. Après FILA, Descente, Salomon et Arc’teryx, le message est clair : les groupes chinois ne se contentent plus de vendre en Chine, ils rachètent les marques occidentales.
Ce qui ne veut pas dire que tout va bien pour eux. La marque cœur Anta a réalisé 34,75 milliards de RMB de chiffre d’affaires au premier semestre 2026, en hausse de seulement 3,7%, la plus faible progression enregistrée depuis plusieurs années, loin de l’objectif de 10 à 15% par an fixé pour la période 2023-2026. Chez Li Ning, même tendance : chiffre d’affaires en hausse de 3,3% sur son dernier semestre publié, mais marge brute en recul de 0,4 point. Le secteur entier ralentit, marques locales comprises.
C’est ça, la vraie nouvelle de 2026 : ce n’est plus une explosion, c’est une sélection.
Le fitness reste tendance, mais plus pour les mêmes raisons
- Un mode de vie, pas un sport : le fitness s’est installé dans le quotidien des jeunes urbains chinois, porté par les salles de sport de quartier et les applications de coaching en ligne.
- Les réseaux sociaux font la tendance : Douyin et Xiaohongshu restent saturés de contenus fitness, routines d’entraînement, conseils nutrition, tests de matériel.
- L’athleisure a gagné : le legging et la veste technique se portent au bureau, au café, en soirée. Ce n’est plus un vêtement de sport, c’est un vêtement tout court.
Et ça continue de bouger.
La vraie tendance 2026 : la scène avant le sport
Voilà ce qui a vraiment changé, et que peu d’agences vous expliquent. Sur Xiaohongshu, les utilisateurs intéressés par le sport et l’outdoor sont désormais 230 millions, avec un volume de recherche en hausse de 72% sur un an. Plus de 220 millions de notes publiées, plus de 296,8 milliards de vues cumulées sur le sujet.
Le détail qui compte : les recherches par catégorie de produit (« legging », « veste technique ») ne représentent plus que 5% des recherches sport et outdoor sur la plateforme. Les recherches par scène de vie (« tenue pour trail le week-end », « look randonnée automne », « outfit yoga café ») en représentent 55%. L’utilisateur ne cherche plus un produit, il cherche à se projeter dans une situation. Et c’est souvent le même utilisateur : l’indice de similarité entre le public de la randonnée, du cyclisme et du camping dépasse 0,96 sur la plateforme. La même personne court le matin en semaine, fait du vélo le week-end, part en randonnée pendant les jours fériés, et enchaîne sur un cours de yoga le soir.
Pour une marque, ça change tout dans la façon de produire du contenu. Vous n’écrivez plus une fiche produit qui vante des matières techniques. Vous filmez une scène où le produit apparaît en contexte : un trail au lever du jour, une pause café après une sortie vélo, un sac à dos posé au sommet d’une colline. Le produit devient un détail crédible dans une vie qui donne envie, pas l’argument central du post.
Les nouveaux objectifs du gouvernement (2026-2030)
Le gouvernement chinois a publié le 23 juillet 2026 son nouveau Plan national pour le sport de masse (2026-2030), qui remplace l’ancien cadre. Les objectifs chiffrés sont désormais précis : atteindre environ 40% de la population pratiquant une activité physique régulière d’ici 2030, porter la surface d’équipements sportifs à environ 4 m² par habitant, et déployer environ 3,3 encadrants sportifs pour 1 000 habitants, d’après le texte relayé par Xinhua. C’est un changement de méthode notable : Pékin ne communique plus sur un objectif de participants en valeur absolue, mais sur des ratios précis, plus faciles à suivre région par région.
Pour une marque de sportwear, ça se traduit concrètement : plus de pistes, plus de gymnases de quartier, plus de programmes municipaux à sponsoriser localement, ville par ville, plutôt qu’une seule grande campagne nationale.
Les erreurs qu’on voit encore chez les marques étrangères
- Copier le positionnement Europe ou US tel quel. Ce qui vend en France, le discours technique pur, n’émeut pas un acheteur chinois qui veut d’abord se projeter dans une scène.
- Miser sur un seul canal. Des publicités Tmall sans contenu Xiaohongshu ou Douyin derrière, ça brûle du budget sans construire de désir.
- Sous-estimer les marques locales. Anta, Li Ning et les marques outdoor chinoises ne sont plus des copies bon marché. Elles ont le budget, la distribution, et souvent la technicité produit.
- Négliger l’authenticité. Un acheteur chinois vérifie la provenance et l’historique de la marque avant d’acheter. Une marque sans présence claire et vérifiable en ligne perd la vente.
- Ne travailler qu’avec de gros KOL. Un influenceur à un million d’abonnés coûte cher et convainc peu. Dix KOC (Key Opinion Consumers) crédibles, qui montrent vraiment le produit en usage, convertissent mieux et coûtent moins.
Comment lancer sa marque de vêtements de sport en Chine en 2026

- Choisir un positionnement précis. Athlète, amateur de fitness, ou consommateur athleisure : ce n’est pas la même marque, ni le même prix, ni le même canal. Une stratégie de branding claire tranche cette question avant de dépenser un yuan en publicité.
- Construire du contenu de scène, pas de fiche produit, sur Douyin, Xiaohongshu et WeChat, en s’appuyant sur des KOC plutôt que sur un seul gros KOL.
- Ouvrir la vente là où le contenu vit déjà : Tmall, JD.com, ou la boutique intégrée Douyin, selon la plateforme e-commerce où votre audience passe le plus de temps.
- Ne pas improviser l’entrée sur le marché. Les étapes classiques de lancement d’une marque en Chine restent valables : structure juridique, choix de plateforme e-commerce, stratégie de contenu, distribution.
Douyin, toujours la voie la plus rapide vers la vente
Douyin a franchi en mars 2026 la barre du milliard d’utilisateurs actifs mensuels en Chine, en hausse de 14,4% sur un an. Ce n’est plus une plateforme de divertissement en croissance, c’est une plateforme installée, à la taille de WeChat. La différence avec 2024, c’est la maturité du commerce intégré : une vidéo peut désormais déclencher un achat en un ou deux clics, sans quitter l’application, et l’algorithme pousse de plus en plus les vidéos qui convertissent réellement, pas seulement celles qui font du volume de vues.
Pour une marque de vêtements de sport, ça veut dire une chose simple : le contenu qui vend n’est plus celui qui divertit le plus, c’est celui qui montre le produit dans un usage crédible, porté par quelqu’un à qui l’audience s’identifie. Les marques qui vendent aussi des accessoires connectés, montre de sport, tracker, ont d’ailleurs intérêt à regarder le marché chinois des wearables, un secteur B2B qui recoupe de plus en plus celui du sportwear.
Un cas concret : ce qui a changé pour Julien
Julien dirige une marque française de vêtements techniques pour le trail et la randonnée, une dizaine de salariés, déjà solide en Europe. Il a lancé sa boutique Tmall fin 2024 avec un budget publicitaire correct et un catalogue produit traduit en chinois. Six mois plus tard : peu de ventes, un coût d’acquisition qui grimpait à chaque campagne, et une équipe qui commençait à douter du marché chinois lui-même.
Le problème n’était pas le produit. C’était le contenu. Toute la communication vantait des matières techniques, des indices d’imperméabilité, des grammages. Personne ne se projetait. On a coupé les publicités produit et redirigé le budget vers dix KOC actifs sur Xiaohongshu, chacun avec une audience de 20 000 à 80 000 abonnés, choisis pour leur cohérence avec le style de vie outdoor plutôt que pour leur taille. Chaque post montrait le produit dans une scène réelle : une sortie trail à l’aube, une pause thermos en montagne, jamais une fiche produit déguisée.
Pourquoi ça a marché : le contenu s’est mis à apparaître dans les recherches par scène plutôt que par catégorie, exactement là où se concentrent 55% des recherches sport et outdoor sur la plateforme. La marque est devenue une réponse à une envie, pas un produit de plus dans une liste. En cinq mois, les ventes ont été multipliées par 2,4 et le coût d’acquisition a baissé de moitié.
Questions fréquentes
Le marché du sportwear en Chine ralentit-il vraiment en 2026 ?
Oui, et il faut le dire clairement. La croissance à deux chiffres qu’on vantait il y a trois ans est retombée à quelques points pour les leaders, chinois comme étrangers. Le marché reste énorme, mais il n’absorbe plus n’importe quelle marque qui débarque avec un bon produit. Il faut désormais un vrai positionnement.
Faut-il encore lancer une marque de vêtements de sport en Chine aujourd’hui ?
Oui, si vous avez un angle clair : une niche technique, un style, un rapport qualité-prix que les marques locales ne couvrent pas encore. Non, si votre seul argument est « une marque occidentale de plus ». Ça ne suffit plus.
Douyin ou Xiaohongshu, où concentrer son budget en priorité ?
Xiaohongshu pour construire le désir et l’inspiration, avec du contenu de scène. Douyin pour transformer ce désir en vente, grâce au commerce intégré. Les deux marchent ensemble, rarement l’un sans l’autre pour une marque de mode sportive.
Combien de temps avant de voir des résultats commerciaux ?
Comptez trois à six mois pour construire une présence de contenu crédible avant que les ventes suivent vraiment. Une marque qui espère des résultats en un mois se prépare à être déçue, et à mal juger le potentiel réel du marché.
Faut-il passer par un distributeur local ou vendre en direct ?
Ça dépend de votre budget et de votre tolérance au risque. Un distributeur local accélère l’accès aux plateformes et à la logistique, contre une marge. La vente en direct garde le contrôle de la marque et des données client, mais demande plus de temps et une équipe sur place ou un partenaire de confiance.
Les marques locales comme Anta représentent-elles une vraie menace pour une PME étrangère ?
Sur le volume et le prix, oui, elles sont hors de portée. Sur un positionnement de niche, technique ou identitaire fort, une PME étrangère garde sa place. Le risque n’est pas de perdre face à Anta sur son propre terrain, c’est d’essayer de jouer sur son terrain plutôt que sur le vôtre.
GMA, votre agence pour lancer une marque de sport ou d’outdoor en Chine

Chez GMA, on accompagne des marques de sportwear et d’outdoor sur ce marché depuis plusieurs années : stratégie de contenu Douyin et Xiaohongshu, sélection et gestion de KOC, ouverture de boutique Tmall ou Douyin, et pilotage de campagnes pensées pour des scènes de vie plutôt que pour des fiches produit.
Le cas de Julien n’est pas isolé. Sur nos dossiers sportwear et outdoor des deux dernières années, ce même virage, du contenu produit vers le contenu de scène, revient presque à chaque fois, avec un coût d’acquisition divisé par 1,5 à 3 en moyenne selon les marques.
Vous voulez qu’on regarde votre positionnement actuel et ce qui bloque vos ventes en Chine ? Écrivez-moi directement.
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- X / Twitter : @olivierverot

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