Des opportunités dans le tourisme médical en Chine

Le système de santé chinois est sous pression depuis des années. Trop de patients pour trop peu de spécialistes dans certaines disciplines, une confiance parfois fragile envers une partie de l’offre de soins locale, des délais d’attente qui poussent les familles qui en ont les moyens à regarder ailleurs. C’était le point de départ de cet article quand on l’a écrit la première fois. En 2026, l’histoire a changé de sens, et c’est même devenu plus intéressant.

Je m’appelle Philip Chen, je dirige GMA (Gentlemen Marketing Agency) depuis Shanghai. On accompagne depuis des années des acteurs de la santé et du tourisme qui veulent toucher des patients ou des voyageurs chinois, et de plus en plus, des hôpitaux chinois qui veulent toucher des patients étrangers. Ce dossier du tourisme médical, je le vois tourner sous mes yeux depuis dix ans. Laissez-moi vous montrer ce qui a vraiment changé, et ce que ça veut dire pour vous si vous regardez ce marché.

I. Les Chinois qui partent se soigner ailleurs

Le marché existe toujours, et il reste réel. Des facilitateurs comme Beijing Saint Lucia Consulting ou Asia Pacific Medical Group organisent depuis des années des séjours médicaux à l’étranger pour des patients chinois : dépistage et traitement du cancer, cardiologie, traitement des maladies chroniques, accouchement à l’étranger pour certaines familles aisées. Le chiffre qu’on citait autrefois, environ 60 000 patients chinois par an, date d’avant la pandémie. Il n’a plus grand sens aujourd’hui : les flux de voyageurs chinois ont explosé, et une partie non négligeable mélange désormais tourisme, shopping et soin dans un même voyage.

  • Les traitements les plus recherchés à l’étranger restent les soins contre le cancer, les procédures cardiovasculaires, les traitements à base de cellules souches et les bilans de santé complets.
  • La chirurgie esthétique garde deux destinations favorites : la Corée du Sud et Singapour, pour la proximité géographique et des tarifs longtemps compétitifs.

Sauf qu’en 2026, la Corée a justement changé une règle qui comptait beaucoup pour ce segment. Depuis le 1er janvier, la détaxe de 10% sur la médecine esthétique accordée aux visiteurs étrangers a été supprimée. Ça ne va pas tuer le marché du tout, mais ça rebat les cartes. Pendant ce temps, la Thaïlande grimpe : elle se classe au deuxième rang mondial des destinations de tourisme médical en 2026, juste derrière la Turquie, et a accueilli environ 2,62 millions de touristes chinois sur le seul premier semestre. Si vous vendez des soins à des patients chinois qui voyagent, la carte des destinations concurrentes n’est plus celle de 2019.

II. Le vrai basculement de 2026 : c’est la Chine qui reçoit

Voilà ce que l’article d’origine ne pouvait pas encore voir. Le sens du flux s’est en partie inversé. La Chine n’est plus seulement un pays qui envoie ses patients à l’étranger, elle est en train de devenir une destination de soin pour des patients étrangers, et le mouvement s’accélère vite.

Les chiffres 2025-2026 donnent le tournis. La Chine continentale a traité environ 413 000 patients étrangers en 2025, en hausse de 63% sur un an. Dans les grands hôpitaux à vocation internationale, le nombre de venues de patients étrangers a atteint 1,28 million, en croissance de 73,6% par rapport à il y a trois ans. Certains analystes du secteur projettent un marché du tourisme médical entrant qui pourrait dépasser 270 milliards de dollars d’ici 2027, soit environ 1 800 milliards de yuans (source 36Kr).

La zone pilote de Boao Lecheng, à Hainan, est devenue la vitrine du secteur. Elle a enregistré 865 300 visites liées au tourisme médical en 2025, en hausse de 109,2% sur un an, dont 9 344 venues de patients internationaux, un bond de 618,9% au second semestre par rapport au premier, avec des patients venus de 14 pays et régions différentes, principalement d’Asie du Sud-Est. Hainan offre un accès à plus de 500 médicaments approuvés à l’étranger mais pas encore sur le marché chinois classique, une politique sans visa pour 59 nationalités, et depuis mars, un « AI Hospital » à Boao qui utilise des agents intelligents pour identifier les patients éligibles à des traitements de pointe.

Le moteur derrière tout ça, c’est la politique de 免签 (miǎn qiān), littéralement « sans visa ». La Chine a étendu ses exemptions de visa à 75 pays au 30 juillet 2025, et son transit sans visa à 55 pays. Résultat, plus de 40 millions d’entrées de ressortissants étrangers ont été enregistrées à fin décembre 2025, en hausse de 27,2% sur un an (source TravelDaily). Une partie de ces voyageurs viennent précisément pour se faire soigner : la presse chinoise parle même du « medical tourism » comme du nouveau tag TikTok à la mode chez les étrangers qui préparent un séjour en Chine, avec un trio devenu viral : dentiste, ophtalmologie, médecine traditionnelle chinoise.

Shanghai a suivi. La ville comptait 22 établissements approuvés comme « unités pilotes de tourisme médical international » en février 2026. Pékin, de son côté, est passé de 6 hôpitaux pilotes en 2019 à 19 aujourd’hui. Le mouvement n’est plus expérimental, il est en train de devenir une politique publique assumée (source Sina Finance).

Rien de tout ça ne sort de nulle part. Le gouvernement chinois avait lancé, il y a déjà plusieurs années, un plan de réforme des soins de santé de plus de 120 milliards de dollars pour rendre le système plus accessible à l’ensemble de la population, avec des lois plus ouvertes à l’investissement étranger dans le secteur médical. Ce socle a mis du temps à produire ses effets visibles. En 2026, il commence seulement à porter ses fruits : plus de lits, plus d’équipements de pointe, et surtout, des hôpitaux capables d’accueillir une patientèle internationale exigeante sans que ce soit un projet pilote artisanal monté à la va-vite.

III. Ce que les Chinois pensent vraiment de tout ça

C’est la partie qui intéresse le moins les rapports de marché et le plus mes clients. Pourquoi un patient chinois choisit une clinique plutôt qu’une autre, à Shanghai comme à Séoul, ça ne se décide presque jamais sur un site web.

Ça se décide sur 关系 (guanxi), le réseau de relations et de recommandations. Une famille chinoise qui envoie un proche se faire soigner à l’étranger passe presque toujours par quelqu’un qui l’a déjà fait, ou par un facilitateur recommandé dans son cercle. La confiance dans le domaine médical ne s’achète pas avec une belle publicité, elle se construit avec des témoignages vérifiables et des relais humains.

Et ça se décide aussi sur 种草 (zhòng cǎo), littéralement « planter l’herbe », l’art de donner envie sans vendre frontalement. Sur Xiaohongshu, des dizaines de milliers de notes documentent déjà des parcours de soin à l’étranger comme à l’intérieur de la Chine : photos de la chambre d’hôpital, avis sur l’accueil, comparatif de prix, parfois jusqu’au ticket de caisse. Ces contenus pèsent plus lourd dans la décision qu’une brochure institutionnelle. Si votre clinique ou votre hôpital n’existe pas dans ces conversations, vous n’existez pas pour le patient qui hésite.

Dernier point qui surprend souvent les interlocuteurs étrangers : une bonne partie de l’attrait de la Chine pour les patients internationaux vient de la médecine traditionnelle chinoise, et particulièrement du concept de 治未病 (zhì wèi bìng), « soigner avant que la maladie n’apparaisse ». Ce n’est pas juste un argument marketing local, c’est une vraie demande occidentale pour une approche préventive, moins médicamenteuse, qui complète la médecine hospitalière classique. Les patients russophones et d’Asie du Sud-Est qui affluent à Hainan viennent souvent chercher exactement ça.

IV. Ce que ça change si vous êtes une entreprise étrangère

Deux profils de lecteurs se croisent probablement sur cet article, et le conseil n’est pas le même pour les deux.

Si vous êtes une clinique, un hôpital ou un facilitateur à l’étranger qui veut continuer à attirer des patients chinois : ne comptez plus uniquement sur la Corée et Singapour comme repères de marché, la concurrence chinoise domestique monte en gamme. Construisez une présence de contenu réelle sur Xiaohongshu et dans des groupes WeChat spécialisés, pas juste une page Facebook. Travaillez avec un facilitateur local qui a un vrai réseau de 关系, pas juste un site vitrine.

Si vous êtes un hôpital, une clinique ou un acteur du tourisme médical basé en Chine qui veut capter la vague de patients internationaux : mettez en avant votre statut de zone pilote si vous en avez un, communiquez clairement sur la politique sans visa applicable à votre patientèle cible, prévoyez un vrai service en anglais (et idéalement en russe, vu la clientèle actuelle de Hainan), et pensez paiement international dès la prise de rendez-vous. Le patient étranger qui arrive aujourd’hui a déjà comparé les prix en ligne avant de prendre l’avion.

Un exemple qui parle

Prenons Markus, qui dirige une petite clinique de chirurgie esthétique en Belgique et qui recevait, jusqu’en 2023, une poignée de patientes chinoises par trimestre via un facilitateur basé à Pékin. En 2025, ce flux s’est tari sans qu’il comprenne pourquoi. Il a d’abord pensé que c’était un problème de prix, et a baissé ses tarifs de 15%. Rien n’a bougé.

Le vrai problème, c’était que son facilitateur historique avait perdu en visibilité sur Xiaohongshu face à des comptes plus récents qui documentaient en détail les cliniques coréennes et thaïlandaises, avec avant/après et retours d’expérience. Markus n’existait tout simplement plus dans les conversations où ses patientes potentielles prenaient leur décision. Sa clinique a investi dans trois campagnes de 种草 avec des créatrices de contenu voyageant régulièrement en Europe, plus un compte WeChat officiel tenu en chinois par une correspondante locale. En sept mois, le flux de patientes chinoises a doublé par rapport à son niveau de 2022, avec un coût d’acquisition par patiente inférieur à ce qu’il payait avant en commission au facilitateur. La leçon n’est pas « faites du Xiaohongshu ». C’est que la confiance, dans ce secteur, se construit maintenant en ligne avant de se construire en clinique.

Foire aux questions

Le tourisme médical vers la Chine concerne-t-il seulement Hainan ?
Non. Hainan et sa zone de Boao Lecheng sont la vitrine la plus avancée, avec des avantages réglementaires uniques sur les médicaments et les visas. Mais Shanghai et Pékin développent leurs propres réseaux d’hôpitaux pilotes, avec une patientèle internationale différente, souvent plus urbaine et professionnelle.

Faut-il un visa pour venir se faire soigner en Chine en 2026 ?
Ça dépend de votre nationalité et de la durée du séjour. La Chine a considérablement élargi ses exemptions de visa depuis 2025, jusqu’à 75 pays selon les accords, avec transit sans visa dans 55 pays. Vérifiez toujours le cas précis avant de communiquer dessus auprès de vos patients, les règles évoluent vite.

Est-ce que les patients chinois font encore confiance aux soins à l’étranger ?
Oui, mais de façon plus sélective qu’avant. La confiance se construit désormais via les recommandations et le contenu documenté en ligne, pas via la seule réputation du pays de destination. Un pays qui perd en visibilité sur Xiaohongshu perd des patients, même si son offre médicale reste bonne.

Comment une marque étrangère peut-elle démarrer sur ce marché ?
Commencez petit et documenté : un partenariat avec un facilitateur reconnu, quelques témoignages vérifiables en chinois, une présence active sur Xiaohongshu et WeChat. Le volume viendra après la confiance, jamais avant.

Est-ce que la médecine traditionnelle chinoise attire aussi les patients étrangers, ou seulement la médecine hospitalière classique ?
Les deux, et c’est justement ce qui surprend souvent les acteurs étrangers. Une bonne partie des patients qui arrivent à Hainan ou à Shanghai combinent un traitement hospitalier moderne avec des séances de médecine traditionnelle chinoise, dans une logique de 治未病. Une offre qui ignore ce volet passe à côté d’une partie réelle de la demande.

GMA, agence spécialisée en santé et tourisme en Chine

GMA (Gentlemen Marketing Agency) accompagne depuis des années des acteurs de la santé et du tourisme médical, dans les deux sens du flux : des cliniques étrangères qui veulent des patients chinois, et des établissements chinois qui veulent capter la vague de patients internationaux. On travaille aussi avec des agences spécialisées dans le marketing auprès des touristes chinois, un public qui mélange de plus en plus voyage, shopping et santé dans un même séjour, un peu comme le montre ce cas des touristes chinois shoppeurs à Paris.

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Tourisme médical en Chine, chiffres et opportunités

Philip Chen, CEO de GMA

Philip Chen, CEO de GMA. Je passe plus de temps à lire des notes Xiaohongshu sur des cliniques que la moyenne des médecins, ce qui n’est peut-être pas très sain pour mon propre 治未病. Basé à Shanghai depuis des années, j’aide des marques et des établissements de santé à comprendre pourquoi un patient chinois choisit une clinique plutôt qu’une autre, et ce n’est presque jamais pour la raison qu’on croit.

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