La Chine a connu de nombreux scandales autour de l’alimentation, et rien n’a été épargné. Vous pouvez lire plus d’informations sur cet article du Monde, qui reste, dix ans après, un bon résumé de pourquoi les consommateurs chinois se méfient encore de ce qu’ils mangent.
Je dirige GMA à Shanghai depuis 2012. On a accompagné des marques alimentaires et des marques de compléments nutritionnels étrangères sur ce marché, le bio y compris, et j’ai vu passer autant de belles réussites que de campagnes qui se sont plantées en pensant que le mot « 有机 » suffisait à vendre.
J’ai écrit ce papier en 2016. Dix ans après, je maintiens l’essentiel de ce que j’y disais, et je vais même le durcir : le marché bio chinois n’a pas mûri, il a juste grossi. Les chiffres ont explosé, la confiance non.
À cause des scandales à répétition, les consommateurs chinois sont devenus très méfiants sur l’alimentation, et la sécurité alimentaire reste une priorité absolue pour eux. Le scandale du lait en poudre de 2008, qui a coûté la vie à six nourrissons et rendu malades environ 300 000 enfants, a marqué toute une génération de parents. Depuis, s’ajoute la pollution : des sols et des rivières contaminés aux métaux lourds dans plusieurs provinces agricoles, malgré les efforts réels du gouvernement pour nettoyer et rassurer. Résultat, une partie de la population cherche encore une alternative alimentaire en laquelle elle peut avoir confiance.
Depuis des années, la classe moyenne urbaine s’est développée et a changé de mode de vie. Elle veut une meilleure qualité de vie, cherche des aliments de meilleure qualité, et est prête à payer plus cher pour les avoir. À Pékin et à Shanghai, on voit toujours plus de boutiques spécialisées en produits bio et en produits importés. Ce n’est plus une niche d’expatriés, même si ça y reste concentré.

Pour beaucoup de familles chinoises et pour la communauté expatriée, les produits importés restent perçus comme la solution la plus sûre. Malgré des prix plus élevés que sur les marchés locaux, ces acheteurs sont prêts à payer pour la tranquillité d’esprit. C’est d’ailleurs tout l’enjeu pour une jeune marque étrangère qui veut s’implanter dans l’agroalimentaire en Chine : la peur du scandale n’est pas un obstacle, c’est un argument de vente, à condition de savoir le raconter.
Le marché bio version 2026, en chiffres
Voilà où on en est, avec les derniers chiffres disponibles. Le marché bio chinois a atteint environ 128 milliards de yuans de ventes en 2025, soit 17,3% de la consommation bio mondiale. La Chine a dépassé l’Allemagne et occupe désormais la deuxième place mondiale, derrière les États-Unis. Côté production, le pays a dépassé 37 millions de tonnes de produits certifiés bio en 2025, avec une projection à près de 40 millions de tonnes en 2026, et plus de 18 000 entreprises détiennent une certification.
Sur le papier, ça ressemble à un boom. Dans la réalité, la part de marché du bio dans l’alimentation chinoise reste bloquée autour de 2%. Produire un légume bio coûte environ 62% plus cher qu’un légume classique, et son prix de vente est 3 à 5 fois supérieur. Même avec 65% des consommateurs qui disent connaître le bio, et 80% dans les villes de premier rang, l’intention d’achat ne se transforme pas en habitude d’achat. Les gens disent qu’ils sont prêts à payer 30% de plus. Peu le font vraiment, chaque semaine, sur la durée.
C’est exactement le décalage que je constatais déjà en 2016. Il s’est juste maquillé en croissance à deux chiffres.

Les mamans chinoises restent très vigilantes quand elles font leurs courses, elles cherchent des légumes sans pesticides et de la viande de qualité pour leurs enfants. Des enseignes comme Ole ou City Shop, toujours présentes à Shanghai, vendent des produits certifiés et des importations du monde entier pour rassurer cette clientèle. Mais un autre problème n’a jamais disparu : le faux bio. La demande grandissant, tout le monde a voulu en profiter, et une partie des produits « made in China » vendus comme bio n’en sont pas. Le sujet est suffisamment sérieux pour que Pékin ait publié une nouvelle version des règles de certification bio, entrée en vigueur le 1er janvier 2026, qui durcit l’accès au label et impose que chaque code bio à 18 chiffres soit tracé dans une base nationale unique.
Sur le papier, c’est une bonne nouvelle. Sauf qu’un sondage de 2026 montre que 62% des consommateurs disent privilégier les produits portant le sceau bio officiel, mais seuls 31% savent dire quelle autorité délivre réellement ce sceau. Autrement dit : le logo vert rassure, la traçabilité derrière, presque personne ne va la vérifier. Le faux bio n’a pas disparu, il s’est juste numérisé. Un QR code mal utilisé fait aussi bien illusion qu’un tampon papier en 2016. C’est le même sujet que l’authentification de marque en Chine en général : la contrefaçon s’adapte à chaque nouvel outil anti-contrefaçon.
Certains produits chimiques interdits en Europe pour l’agriculture bio restent utilisés en Chine. La pollution des sols peut aussi contaminer des exploitations pourtant certifiées. Il n’existe toujours pas de reconnaissance mutuelle complète entre les labels européens et chinois : un produit bio en France doit repasser par une certification chinoise pour porter le label local. L’alimentation bio reste un vrai défi réglementaire, pas seulement un argument marketing.
Le vrai changement, c’est la vente en ligne, pas la confiance
Ce qui a vraiment bougé depuis 2016, ce n’est pas la confiance du consommateur, c’est le canal de vente. En 2025, 58% des ventes de produits bio en Chine sont passées par le canal en ligne, devenu le principal moteur de croissance du secteur. Xiaohongshu s’est imposé comme un canal particulier pour ce genre de produits : son panier moyen en direct tourne autour de 240 yuans, nettement au-dessus des autres plateformes, et le taux de transformation sur les produits à plus de 3000 yuans y est environ 47% supérieur à celui de Douyin. Autrement dit, Xiaohongshu vend moins en volume, mais vend mieux aux acheteurs prêts à payer un vrai prix pour un vrai produit, exactement le profil du client bio.
On a eu le cas avec un client, une marque française de compléments nutritionnels bio, qui vendait déjà bien en Europe. Sa première tentative en Chine a été de traduire l’emballage français, coller un QR code renvoyant vers son site européen, et espérer que le mot « organic » suffise. Ça n’a quasiment rien vendu en trois mois. Ce qui a marché ensuite, c’est de raconter la traçabilité en chinois, directement sur la fiche produit et via des KOC sur Xiaohongshu : d’où vient chaque lot, qui contrôle, comment vérifier le code sur l’appli officielle. Le prix n’a pas changé. Les ventes ont doublé en un trimestre. Pas parce que le produit était devenu meilleur, mais parce que le client pouvait enfin vérifier lui-même qu’on ne lui racontait pas d’histoires.
C’est là-dessus que je clos ce papier, dix ans après l’avoir ouvert. L’alimentation bio reste chère, une minorité de la population peut se le permettre, et le reste continue de consommer local faute d’alternative. Ce n’est toujours pas normal que la sécurité alimentaire dépende du revenu de chacun. Mais pour une marque étrangère, la vraie opportunité en 2026 n’est pas de vendre « du bio », c’est de vendre de la preuve. Le marché a grandi. La méfiance aussi. Les deux avancent ensemble, et la marque qui gagne est celle qui prend cette méfiance au sérieux au lieu de la traiter comme un détail marketing.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser le mot « bio » ou « 有机 » sur un emballage vendu en Chine sans certification chinoise ?
Non, pas légalement, et encore moins depuis le durcissement des règles entré en vigueur en janvier 2026. Une certification européenne ne suffit pas : il faut repasser par un organisme accrédité en Chine pour obtenir le code bio à 18 chiffres. Beaucoup de marques utilisent des formulations comme « agriculture naturelle » ou « sans pesticides » pour rester honnêtes sans revendiquer un label qu’elles ne détiennent pas encore.
Le marché bio chinois vaut-il l’investissement marketing pour une PME étrangère ?
Ça dépend de votre patience et de votre budget de preuve, pas de votre budget pub. Le volume reste faible, 2% du marché alimentaire environ, mais l’acheteur bio chinois paie cher et reste fidèle une fois convaincu. Ça marche pour une marque qui peut investir dans la traçabilité et le contenu explicatif sur la durée, pas pour une marque qui cherche un pic de ventes rapide.
Je m’appelle Olivier Verot, je dirige GMA à Shanghai depuis 2012. On a accompagné plusieurs marques alimentaires et de compléments nutritionnels européennes sur la traçabilité et la certification bio en Chine, du dossier réglementaire jusqu’au contenu Xiaohongshu qui explique le produit. Si votre marque bio se heurte à la méfiance chinoise plutôt qu’à un problème de prix, écrivez-moi sur LinkedIn, j’y réponds moi-même.


2 commentaires
GENERAL NEGOCE AND SERVICES CI
Bonjour Nous recherchons des partenaires qui produisent des produits de santé 100& naturels et Bio avec qui nous voulons travailler. Salutation
chine
Les chinois sont de plus en plus en demande de ce genre de chose, il font de plus en plus pression sur le gourvernement pour retrouver une alimentation saine ainsi qu’une atmosphere.