La Chine est en plein essor pour les produits alimentaires sains, et l’huile d’olive est devenue un ingrédient recherché pour sa qualité et ses bienfaits sur la santé. La demande croissante, portée par une classe moyenne de plus en plus soucieuse de bien-être, offre aux marques étrangères une opportunité réelle. Mais réussir sur le marché chinois ne se limite pas à y être présent : il faut comprendre les attentes locales, choisir le bon canal de vente et respecter une réglementation import qui a bougé depuis 2024.
Philip Chen, CEO de GMA. J’accompagne des marques alimentaires étrangères, huile d’olive incluse, à trouver leur premier distributeur ou leur premier client en Chine depuis plus de dix ans. Ce guide est pratique, pas théorique : il répond à la question que je reçois le plus souvent en rendez-vous, « par où je commence ? »
On comptait environ 250 marques d’huile d’olive sur le marché chinois en 2024. Ce chiffre a nettement grossi depuis. Le produit vient toujours en majorité de Grèce, d’Espagne, de Turquie, d’Italie, du Portugal, avec quelques arrivages d’Australie et d’Argentine. Mais l’Espagne a pris une avance qu’aucun autre pays n’a rattrapée.
Ce qui a changé depuis 2024
Si vous avez lu la version 2024 de cet article, voici ce qui ne tient plus.
Les importations chinoises d’huile d’olive ont atteint 30 000 tonnes en 2025, en hausse de 41,59% sur un an, selon les données publiées par le 华经产业研究院 (Huaon Research). L’Espagne représente à elle seule plus de 83% de ce volume. Si vous vendez une huile grecque, italienne ou portugaise, c’est à la fois une mauvaise nouvelle (l’Espagne a construit une image de référence dans la tête du consommateur chinois) et une carte à jouer (les acheteurs qui cherchent une alternative à l’offre espagnole existent, et ils sont curieux).
Deuxième changement, plus discret mais important : la Chine produit désormais sa propre huile d’olive. Les zones de Longnan (Gansu) et du Xinjiang montent en volume chaque année. Ce n’est encore qu’une part marginale du marché total, mais selon Sina Finance, la production domestique progresse vite et commence à se positionner sur le même segment premium que les marques importées. Pour vous, ça veut dire un concurrent de plus dans cinq ans, et un argument marketing en moins : « importé donc rare » fonctionne un peu moins bien qu’avant.
Troisième changement : la consommation n’est plus uniforme sur le territoire. Le Shanghai et la région du Yangtze restent la zone qui consomme le plus, portée par un pouvoir d’achat élevé et une population habituée aux produits importés. Mais c’est le sud de la Chine (Canton, Shenzhen) qui grossit le plus vite, tiré par les habitudes de cuisine légère et surtout par la facilité d’achat en cross-border e-commerce, d’après 每日经济新闻 (China Business Network). Si votre stratégie 2024 ciblait uniquement Shanghai et Pékin, il est temps d’élargir.
Enfin, le cadre réglementaire sur l’étiquetage change. La nouvelle norme GB 7718-2025 a été publiée et entrera pleinement en vigueur le 16 mars 2027. Elle simplifie certaines définitions mais durcit la correspondance entre l’étiquette chinoise et l’étiquette d’origine. Si vous préparez un lancement pour fin 2026 ou 2027, faites valider votre étiquette chinoise contre cette nouvelle version maintenant, pas au moment du dédouanement.
Étape 1 : choisir son canal d’entrée
C’est la question qui détermine tout le reste : budget, délai de mise en marché, marge, et charge administrative. Il n’y a pas un canal « meilleur » que les autres, il y a un canal adapté à votre stade.
Le cross-border e-commerce (CBEC)
C’est la porte d’entrée la plus rapide et celle que je recommande à une marque qui teste le marché pour la première fois. Concrètement, vous vendez via un entrepôt sous douane bonded warehouse (Zhengzhou, Hangzhou, Ningbo sont les hubs les plus utilisés pour l’alimentaire) ou en direct mail depuis l’étranger, sur Tmall Global ou JD Worldwide.
L’avantage : vous n’avez pas besoin d’un importateur enregistré en Chine, la fiscalité CBEC est plus légère que l’import classique, et vous pouvez tester une gamme réduite avant d’investir davantage. L’inconvénient : les volumes restent limités par les seuils personnels d’achat annuel du consommateur, et votre marge de manœuvre sur le prix affiché est faible face aux marques déjà installées.
Le sud de la Chine, qui grossit le plus vite comme on l’a vu plus haut, achète justement beaucoup en CBEC. C’est un argument de plus pour ne pas ignorer ce canal, même si vous visez ensuite le commerce traditionnel.
Les distributeurs et importateurs traditionnels
Une fois que la demande est confirmée, le commerce général (general trade) prend le relais : supermarchés, épiceries fines, hôtellerie-restauration, e-commerce domestique classique (pas de plafond d’achat, mais une fiscalité import complète). C’est le canal qui construit un vrai volume sur la durée, mais il demande un partenaire local.
Trouver un distributeur qui soit vraiment 靠谱 (kàopǔ), « fiable, du genre sur qui on peut compter », est le vrai sujet. Beaucoup de marques étrangères signent avec le premier importateur qui répond à leur email, avant de découvrir six mois plus tard qu’il ne pousse aucun budget marketing et se contente d’attendre les commandes entrantes. Nous avons publié un guide dédié à la vente aux distributeurs chinois qui détaille comment qualifier un partenaire avant de signer un contrat d’exclusivité.
Un bon signal : demandez à votre futur distributeur quelles marques il porte déjà, et allez vérifier leur présence en rayon vous-même si vous le pouvez. Un distributeur qui ne peut pas nommer trois marques qu’il a fait grandir n’a probablement pas les moyens de faire grandir la vôtre.
Xiaohongshu et Douyin, pas juste des vitrines
Xiaohongshu (Little Red Book) reste la plateforme où se construit la confiance avant l’achat. En 2026, l’algorithme de la plateforme (version CES 2.0) pondère beaucoup plus les enregistrements (favoris) et les commentaires que les simples likes. Concrètement, un contenu qui pousse vraiment le lecteur à sauvegarder la recette ou la fiche produit performe mieux qu’un post joli mais creux. C’est ce qu’on appelle faire du 种草 (zhòngcǎo), littéralement « planter l’herbe » : semer l’envie sans vendre frontalement, pour que l’achat vienne de la propre initiative du lecteur.
Le contenu qui marche pour l’huile d’olive : des recettes chinoises revisitées (huile d’olive dans un plat de nouilles froides, une marinade), des comparatifs honnêtes entre huiles, des avis de nutritionnistes. Le contenu corporate poli et sans aspérité ne fonctionne pas : le public XHS veut du 接地气 (jiē dìqì), « les pieds sur terre », du contenu qui sonne comme un vrai utilisateur et pas comme une brochure traduite.
Douyin complète XHS sur la conversion directe : vidéos courtes montrant l’usage du produit, panier d’achat intégré, collaborations avec des KOL cuisine ou bien-être. La bascule vue → achat y est plus courte que sur XHS, ce qui en fait un bon canal pour transformer la notoriété construite ailleurs en ventes concrètes.
Étape 2 : les certifications et la réglementation import
C’est la partie que les marques sous-estiment le plus, et celle qui bloque le plus d’envois au port si elle est mal préparée.
- Licence d’importation automatique : l’huile d’olive est soumise en Chine à un régime de licence d’importation automatique délivrée par le ministère du Commerce (MOFCOM) ou ses antennes provinciales. Votre importateur chinois doit la demander avant chaque envoi, produit par produit.
- Certificat phytosanitaire : émis par les autorités du pays d’origine, il doit accompagner chaque lot.
- Enregistrement de l’établissement exportateur : votre usine ou votre metteur en marché doit être enregistré auprès de la Douane chinoise (GACC) pour pouvoir exporter vers la Chine, dans le cadre du décret 248 sur la sécurité des aliments importés.
- Étiquetage chinois : nom du produit, liste d’ingrédients, coordonnées de l’importateur, contenu net, date de production, durée de conservation, conditions de conservation, pays d’origine, tableau nutritionnel. Toutes ces mentions doivent apparaître en chinois, imprimées ou collées avant dédouanement, avec une correspondance stricte entre le texte chinois et le texte étranger.
- La norme GB 7718-2025 à anticiper : la version actuelle (GB 7718-2011) reste en vigueur jusqu’en mars 2027, mais faire valider votre étiquette contre la future version dès maintenant vous évite une refonte dans l’urgence l’an prochain.
Un dernier point technique que peu d’articles mentionnent : si vous passez par un bonded warehouse pour le CBEC, ces exigences d’étiquetage classique ne s’appliquent pas de la même façon (l’étiquette peut rester dans la langue d’origine, avec une fiche produit en chinois affichée en ligne). C’est une des raisons pour lesquelles le CBEC reste la porte d’entrée la plus rapide pour tester un marché.
Étape 3 : fixer le bon prix
L’huile d’olive garde en Chine un statut de produit premium, presque un produit de 面子 (miànzi), la « face » qu’on donne ou qu’on reçoit en cadeau. Elle est souvent offerte lors du Nouvel An chinois ou d’un dîner d’affaires, et un prix trop bas peut être lu comme un manque de respect envers celui qui la reçoit. Vendre trop cher n’aide pas non plus si le packaging ne suit pas : la présentation du produit doit être au niveau du prix affiché, pas en dessous.
Cette dimension culturelle ne bouge pas d’une année sur l’autre, contrairement aux canaux de vente. C’est un des rares points de l’article original qui reste exactement vrai en 2026.
En pratique, positionnez-vous dans la moitié haute de votre marché d’origine plutôt qu’en entrée de gamme. Les marques qui arrivent en Chine avec un prix cassé pour « percer » se retrouvent souvent coincées : impossible de remonter le prix une fois l’image bas de gamme installée auprès des distributeurs.
Les erreurs qui coûtent cher
- Signer un distributeur sans vérifier ses références. Voir plus haut : demandez des preuves, pas des promesses.
- Ignorer les délais de mise en conformité réglementaire. L’enregistrement GACC et la licence d’importation prennent plusieurs semaines. Les marques qui s’y prennent au dernier moment perdent une saison de vente entière, souvent le Nouvel An chinois, qui est justement le pic de la demande cadeau.
- Traiter Xiaohongshu comme un espace publicitaire. Un compte qui ne poste que des visuels produits sans jamais répondre aux commentaires ne construit aucune confiance. La plateforme récompense l’interaction réelle, pas le volume de posts.
- Cibler uniquement Shanghai et Pékin. Le sud grossit plus vite. Ignorer cette zone, c’est laisser le CBEC à des concurrents moins connus mais plus rapides.
- Sous-investir dans le packaging. Pour un produit qui se donne en cadeau, l’écart entre le prix et la présentation se voit tout de suite, et se paie en image de marque.
Un cas concret
Marc dirige une petite huilerie familiale en Provence, trois hectares d’oliviers, une production annuelle modeste mais une huile qui a gagné plusieurs médailles en France. Il voulait vendre en Chine depuis deux ans, avait signé avec un importateur trouvé sur un salon professionnel à Paris, et n’avait vendu que 40 bouteilles en huit mois.
Le problème n’était pas le produit. L’importateur n’avait ni budget marketing ni présence sur les plateformes sociales chinoises : il attendait que la demande vienne à lui. Marc payait pour un accès au marché qui n’existait pas vraiment.
Ce qui a marché : on a gardé l’importateur pour la partie logistique et douane, mais on a construit en parallèle une présence Xiaohongshu autonome, avec du contenu autour de la cuisine méditerranéenne adaptée aux ingrédients chinois, et une petite boutique CBEC sur Tmall Global pour tester le marché sans dépendre de la vitesse de l’importateur. Ça a marché parce que la demande a commencé à exister avant que le distributeur ait besoin d’y croire : au lieu de convaincre un partenaire sur une promesse, on lui a apporté une preuve.
Résultat après huit mois de ce nouveau montage : environ 2 400 bouteilles vendues sur le trimestre, et l’importateur d’origine qui a fini par investir de son côté une fois le volume visible.
Aller plus loin : le marché en général
Ce guide se concentre volontairement sur le « comment faire ». Si vous cherchez plutôt à comprendre pourquoi le marché chinois de l’huile d’olive grossit, quelle est la taille du marché et qui sont les principaux acteurs, on a détaillé tout ça dans notre article sur le boom du marché de l’huile d’olive en Chine. Et si vous voulez voir comment un exportateur a vécu ce parcours de l’intérieur, l’interview d’un exportateur espagnol d’huile d’olive reste une lecture utile, les difficultés qu’il décrit n’ont pas beaucoup changé.

FAQ
Combien de temps avant de voir des premières ventes ?
En CBEC, comptez 2 à 3 mois entre l’ouverture de boutique et les premières commandes régulières, le temps que le contenu Xiaohongshu commence à indexer. En distribution traditionnelle, l’enregistrement GACC et la mise en rayon prennent souvent 4 à 6 mois avant les premiers volumes significatifs.
Faut-il une licence chinoise pour vendre en Chine ?
Non, pas pour vous en tant que marque étrangère. C’est votre importateur ou votre partenaire CBEC qui doit être enregistré et détenir les licences nécessaires. Vous n’avez pas besoin d’une entité légale en Chine pour commencer.
Le CBEC ou la distribution classique, lequel choisir en premier ?
Le CBEC pour tester, la distribution pour construire un volume. La plupart des marques que nous accompagnons démarrent en CBEC pendant 6 à 12 mois avant de chercher un distributeur, avec des chiffres de vente réels à présenter, ce qui change complètement le rapport de force à la négociation.
Comment savoir si mon prix est cohérent avec le marché chinois ?
Comparez-vous aux marques espagnoles déjà installées sur Tmall Global, elles fixent de fait le prix de référence du marché. Un écart de plus de 30% dans un sens ou dans l’autre mérite une vraie justification (une origine rare, un label spécifique) sinon il inquiète plus qu’il ne convainc.
Xiaohongshu ou Douyin, faut-il choisir ?
Non, les deux jouent un rôle différent. Xiaohongshu construit la confiance en amont, Douyin convertit en aval. Une marque qui n’a que l’un des deux perd la moitié du parcours d’achat.
GMA accompagne les marques alimentaires étrangères sur l’ensemble de ce parcours : choix du canal, mise en relation avec des importateurs vérifiés, stratégie de contenu Xiaohongshu et Douyin, et conformité de l’étiquetage import. Pour une marque comme la vôtre, on démarre toujours par un audit du marché, pas par une proposition standard. Découvrez notre offre dédiée aux marques food & beverage en Chine.

Philip Chen, CEO de GMA. J’ai probablement goûté plus de marques d’huile d’olive chinoises et importées que n’importe quel non-Méditerranéen à Shanghai, par pure obligation professionnelle, je précise. Je passe le plus clair de mon temps à expliquer aux marques étrangères que « importé » ne suffit plus comme argument de vente, et le reste du temps à essayer de convaincre mon équipe que non, on n’a pas besoin d’un budget dégustation mensuel. Retrouvez-moi sur LinkedIn.


10 commentaires
Moulin de l'Olivette
Bonjour,
Primés plusieurs fois, nous souhaiterions développer la vente de notre huile de Provence vers l’international. Pourriez-vous nous contacter?
Bien cordialement
L’équipe du Moulin de l’Olivette
Manosque
BEN AMOR
Bonjour
Nous souhaiterions commercialiser notre marque de huile d’olive situé en Tunisie.
Pourriez-vous nous contacter pour avoir plus d’informations sur le marché.
Merci
Marketing Chine
Bonjour,
Envoyez nous un email svp avec plus de détails
Alesi
Je voudrais exporter mon huile d’olive en chine pouvez-vous nous dire la marche à suivre
M.Osmani
over world import/export:
bonjour M.Verot;
je souhaiterai prendre contact avec vous, car mon projet se situe dans l’oléiculture sans additif et de culture biologique et le minéral (marbre) de très haute qualité.
je vous transmets mon adresse courriel.
dans l’attente d’un retour de votre part.
recevez monsieur mes sincères salutations.
M.D Osmani
Marketing Chine
Bonjour,
Nous vous contacterons rapidement
BHS
Bonjour
Nous souhaiterions commercialiser une marque de conserverie d olives vertes noires 19 rue d’algerie tel 00213560787941
Pouvez vous nous aider?
merci
Marketing Chine
Bonjour BHS,
On peut vous accompagner oui. Je vous envoie un email 😉
danhiez
Bonjour ,
Je réalise actuellement un projet en cours concernant l’importation d’huile d’olive en Chine . Savez-vous quel est le prix moyen de l’importation de ce produit ( pas le prix de distribution , mais le prix d’achat des entreprises )
De plus savez-vous quel est le moyen le plus rentable pour l’envoyer en chine et le meilleur moyen de la conserver ?
Par avance, merci,
Cordialement ,
Marketing Chine
on vous envoie un email. 🙂