Vous vendez une marque premium et vous regardez la Chine. On vous a sans doute déjà parlé du Tmall Luxury Pavilion. Moins de gens vous parlent de JD.com, pourtant numéro deux du e-commerce chinois et acteur sérieux sur le haut de gamme depuis 2017. J’ai suivi cette histoire de près depuis Shanghai : une plateforme lancée en fanfare, fermée deux ans après, puis une reconstruction patiente qui, en 2026, commence enfin à porter ses fruits. Je vous explique ce qui a vraiment marché, ce qui a coulé, et ce que JD propose aujourd’hui à une marque comme la vôtre.
Je m’appelle Olivier Verot. Je dirige GMA, agence de marketing digital, depuis Shanghai depuis 2012, et j’ai vu passer une bonne dizaine de plateformes de luxe chinoises qui devaient « révolutionner » le secteur. La plupart ont disparu. JD.com, elle, a survécu à ses propres erreurs.

La place de JD.com en Chine aujourd’hui

- JD.com, ou Jingdong, reste le numéro deux du e-commerce chinois derrière le groupe Alibaba. Début 2026, Alibaba (Taobao + Tmall) pèse environ 44,5 % du marché de détail en ligne, JD autour de 17 %. L’écart existe, mais il cache une différence de modèle qui compte pour une marque premium.
- JD vend en direct : près de 80 % de son chiffre d’affaires vient de la vente en propre (10 238 milliards de yuans de ventes directes sur un CA 2025 de 13 091 milliards), contre environ 10 % chez Alibaba, qui reste surtout une place de marché. Pour une marque haut de gamme, ça veut dire un contrôle plus strict de la logistique et de l’anti-contrefaçon, un argument qui compte face à des consommateurs chinois échaudés par les faux produits.
- JD a construit son activité sur trois lettres : « computers, communications, and consumer electronics ». Il a ensuite étendu son offre à l’épicerie, aux voyages, aux cosmétiques, puis à la mode et au luxe. Cette dernière extension n’a pas été un long fleuve tranquille, et c’est justement ce qui est intéressant à raconter.
Ce qui a changé depuis 2018 : la fin de TopLife
En 2017, JD.com a lancé sa plateforme de luxe autonome, TopLife, pour répondre au « Luxury Pavilion » qu’Alibaba venait d’ouvrir. L’idée : des boutiques phares réservées aux marques internationales, un accès dirigé vers des consommateurs chinois présélectionnés pour leur pouvoir d’achat. TopLife a rapidement collaboré avec Alexander McQueen, Saint Laurent, Mulberry et Anteprima, et revendiquait plus d’un million d’utilisateurs après trois mois.
Voilà pour l’histoire qu’on racontait en 2018. La suite est moins glorieuse, et je préfère vous la donner plutôt que de vous laisser croire que TopLife existe encore. JD a fermé la plateforme en juillet 2019, après moins de deux ans d’existence, et a revendu l’activité à Farfetch pour 50 millions de dollars, devenant au passage le premier actionnaire du site britannique. Sur le papier, une sortie honorable. Dans les faits, Farfetch lui-même s’est effondré fin 2023 et a été racheté en janvier 2024 par le sud-coréen Coupang pour 500 millions de dollars, un rachat qui a ramené à zéro la valeur des actions existantes. La participation de JD dans Farfetch, présentée à l’époque comme un pari gagnant, n’a finalement rien rapporté.
| Ce qu’on annonçait en 2018 | Ce qui s’est passé en 2026 |
|---|---|
| TopLife, plateforme de luxe autonome lancée en 2017 | Fermée en juillet 2019, revendue à Farfetch pour 50 millions de dollars |
| Farfetch, repreneur choisi par JD pour continuer l’activité | Racheté en faillite par Coupang en janvier 2024, actionnaires historiques (JD inclus) sortis sans rien récupérer |
| JD Fashion, division encore jeune et peu structurée | Stratégie « trois approfondissements » annoncée en mars 2026, IA déployée sur le contenu, le style et le live shopping |
La nouvelle stratégie haut de gamme de JD en 2026
JD n’a pas abandonné le haut de gamme après TopLife. Il a changé de méthode : moins de plateforme à part, plus d’intégration dans l’application principale, avec un accent mis sur l’import transfrontalier et l’expérience physique.
Le 31 mars 2026, JD Fashion a présenté sa stratégie « trois approfondissements » (三大深耕) lors de sa conférence partenaires à Pékin. Trois promesses aux consommateurs : la qualité sans réfléchir, le prix sans réfléchir, le traitement premium sans réfléchir. Derrière le slogan, du concret : en 2025, les nouveaux marchands avaient progressé de 89 % en un an, et le nombre de marchands émergents dépassant 5 millions de yuans de ventes annuelles avait presque doublé. L’intention d’achat des consommateurs pour la mode et la beauté sur JD a grimpé de plus de 30 % sur la même période.
Sur le premier semestre 2026, le volume d’affaires des nouveaux marchands mode et beauté a doublé sur un an, avec près de 900 marques émergentes d’habillement en croissance à deux chiffres. JD utilise aussi l’IA pour la création de contenu, les recommandations de style et le live shopping : des partenaires comme Nike et Adidas ont vu leur taux de conversion progresser de 29 %.
Le vrai changement pour une marque premium étrangère se joue du côté de JINGDONG Cross-Border, le programme d’import transfrontalier de JD. Son « GigaGrowth Plan » vise à faire entrer 1 000 nouvelles marques premium internationales sur le marché chinois, en plus des 20 000 marques déjà connectées. Le mécanisme est simple à comprendre : vos produits arrivent en Chine par entrepôt sous douane (bonded warehouse), sont dédouanés au moment de la commande, et livrés en quelques jours. Vous vendez en Chine sans y avoir de société, sans stock local à gérer vous-même, avec une fiscalité transfrontalière plus légère qu’une importation classique.
JD pousse aussi l’expérience physique pour rassurer l’acheteur premium. La marque parisienne Zadig&Voltaire a testé le concept « See Now, Buy Now » lors de la China Fashion Week de Pékin en mars 2026 : les looks présentés en défilé étaient achetables en temps réel dans l’application JD. La marque a prolongé l’opération avec un pop-up store à Xintiandi, à Shanghai, du 27 mars au 12 avril 2026, où les clientes pouvaient toucher la matière avant d’acheter en ligne. En juillet 2026, JD a signé un partenariat avec 270 marques de beauté lors du salon Cosmoprof North America. Et sur des catégories plus accessibles, KKLUE, une marque de bijouterie fine légère entrée sur JD en 2026, a dépassé le million de yuans de ventes mensuelles pendant le 618 de juin, en s’appuyant sur le système de contenu et d’animation de la plateforme.

Lancôme fait partie des marques premium qui ont ouvert une boutique flagship sur JD, un signal que le haut de gamme beauté fait aussi ce choix, pas seulement la mode.
JD ou Tmall, quel choix pour une marque premium en 2026 ?
La question revient à chaque échange que j’ai avec un client sur ce sujet. Les deux plateformes n’ont pas la même logique d’accès. Le Tmall Luxury Pavilion fonctionne sur invitation : les consommateurs doivent démontrer un certain niveau de pouvoir d’achat pour y accéder, ce qui crée un sentiment d’exclusivité et aide les marques à cibler une clientèle très solvable. Bvlgari, par exemple, y a lancé une boutique phare personnalisée.
JD Fashion joue une autre carte : l’ouverture au public, combinée à un ciblage par la donnée. La plateforme mise sur sa base d’acheteurs orientés qualité et service, et sur son modèle de vente directe pour rassurer sur l’authenticité, un point sensible pour toute marque de luxe qui vend en Chine. JD laisse aussi davantage d’autonomie aux marques sur l’apparence de leur boutique que ne le fait Tmall.
Pour résumer en une phrase : Tmall vous amène des acheteurs déjà convaincus par le luxe, JD vous amène des acheteurs convaincus par la qualité et prêts à découvrir une marque. Ni l’un ni l’autre ne suffit seul. Une marque doit être soutenue par une vraie campagne marketing pour transformer la présence en ventes, et la notoriété reste le vrai obstacle à percer en Chine, pas la plateforme choisie.
Un exemple concret : le cas d’une maroquinerie belge
Marc dirige une petite maison de maroquinerie belge, une trentaine de références, sacs et ceintures en cuir vendus entre 300 et 600 euros en Europe. En 2025, il avait essayé une mini-boutique WeChat seule, sans distribution derrière : 40 commandes en six mois, presque toutes venues d’expatriés déjà clients en Europe. Aucun nouveau public chinois touché.
Ce qui a marché ensuite : l’entrée par JINGDONG Cross-Border en entrepôt sous douane, sans création de société en Chine, couplée à une fiche produit pensée pour le label qualité JD FASHION et à du contenu généré avec les outils IA de la plateforme pour les descriptions et les visuels. Pourquoi ça a marché : la marque profitait du système de confiance déjà construit par JD (paiement à la livraison sur certains produits, logistique JD Logistics, retour simplifié), au lieu de devoir convaincre seule un acheteur chinois de faire confiance à un site inconnu. En quatre mois, la boutique JD de Marc a généré 180 commandes, avec un panier moyen de 340 euros, largement au-dessus de ses attentes pour une marque totalement inconnue en Chine.
Foire aux questions
TopLife existe-t-il encore ?
Non. JD a fermé TopLife en juillet 2019 et revendu l’activité à Farfetch. Si un prestataire vous en parle comme d’une option actuelle, changez de prestataire.
Faut-il une société en Chine pour vendre du haut de gamme sur JD ?
Pas forcément. Le circuit JINGDONG Cross-Border permet de vendre depuis l’étranger via entrepôt sous douane, sans entité locale. Une société chinoise reste utile si vous voulez ouvrir une boutique classique en vente directe et gérer votre propre stock sur place.
JD ou Tmall, faut-il choisir ?
À terme, non, la plupart des marques premium qui réussissent en Chine finissent présentes sur les deux. Au démarrage, avec un budget limité, JD convient mieux à une marque qui mise sur la confiance et la qualité perçue, Tmall Luxury Pavilion à une marque déjà connue qui veut cibler une clientèle très haut de gamme.
Combien de temps avant de voir des résultats sur JD ?
Comptez 3 à 6 mois pour une boutique cross-border correctement animée, avec du contenu et un minimum de trafic payant. Sans budget marketing derrière, même la meilleure fiche produit reste invisible : JD est une plateforme de vente, pas un outil de découverte gratuite.
Le cross-border JD convient-il à toutes les marques ?
Non. Il convient bien aux marques qui n’ont pas encore d’entité en Chine et veulent tester le marché à moindre risque. Une marque qui vise un très gros volume ou un contrôle total de l’expérience client aura plutôt intérêt à investir dans une vraie présence locale, en propre ou via un distributeur.
GMA, votre agence pour vendre du haut de gamme en Chine

Chez GMA, on accompagne des marques premium qui veulent vendre sur JD.com et Tmall sans perdre six mois à comprendre les règles du jeu : structuration de la boutique cross-border, contenu adapté aux standards JD FASHION, campagnes de lancement pour sortir du silence. On a vu trop de belles marques ouvrir une boutique en Chine et n’avoir aucune commande au bout de trois mois, faute de budget marketing derrière.
Le cas de Marc, cité plus haut, illustre bien notre approche : pas de promesse de volume irréaliste, un plan de lancement construit autour du canal le plus adapté à la marque, avec des objectifs chiffrés vérifiables mois après mois.
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Sources externes : Jing Daily, chronologie de l’entrée de JD.com dans le luxe, Digital Commerce 360, sur le rachat de Farfetch par Coupang, JD Corporate Blog, sur l’opération Zadig&Voltaire.

