Comment vendre des produits étrangers en Chine

Vendre des produits étrangers en Chine, c’est plonger dans un marché immense, exigeant, et qui change de visage tous les dix-huit mois. Avec un peu moins d’1,4 milliard de consommateurs et un vrai appétit pour la nouveauté, la Chine reste une opportunité énorme pour les marques internationales. Mais entrer sur ce marché ne se résume plus à exporter des cartons et à espérer. Il faut comprendre la culture locale, respecter une réglementation qui bouge vite, et maîtriser les codes très particuliers du e-commerce chinois.

Je suis Philip Chen, CEO de GMA. J’accompagne des marques étrangères, food, cosmétique, bien-être, qui veulent vendre en Chine sans se planter sur la partie administrative. Ce guide, écrit à l’origine en 2024, je l’ai remis à jour avec ce que je vois vraiment sur le terrain en 2026.

Ce qui n’a pas changé : un marché de la distribution toujours énorme

En vingt ans, le nombre de points de vente alimentaires en Chine a explosé. Les ventes cumulées des 100 plus grands distributeurs du pays sont passées de 340,6 milliards RMB à 575,6 milliards RMB. Le nombre total de supermarchés a suivi la même courbe, de 16 025 à 23 814, et les enseignes financées par des capitaux étrangers ont vraiment décollé après 2004, quand Pékin a levé les restrictions sur les capitaux étrangers dans le commerce de détail.

À côté des géants connus, Tesco, Walmart, Carrefour, une nouvelle génération d’enseignes chinoises comme City Shop a construit sa croissance sur un seul produit : les marques étrangères que le client urbain n’a pas envie de payer trois fois le prix pour trouver.

Des exemples qui donnent envie

Wang Jianping (Jenny) et Lu Xudong ont commencé avec un simple triporteur de livraison. Aujourd’hui, leur affaire compte dix magasins à Pékin. « Beaucoup de Chinois à haut revenu ne font pas confiance aux produits chinois, et beaucoup de jeunes préfèrent les produits importés », expliquait Lu au Global Times, il y a déjà quinze ans. Cette phrase, en 2026, n’est plus tout à fait vraie. Et c’est justement le sujet de cet article.

City Shop, détenu par Shanghai City Supermarket Co. Ltd, a suivi la même trajectoire, avec neuf magasins à Shanghai et une implantation à Pékin. Le même mouvement touche désormais les villes de second rang : le supermarché Tastylife à Xiamen, dans le Fujian, vend les mêmes codes à une clientèle qui n’a jamais mis les pieds à Shanghai.

La demande en 2026 : elle existe, mais elle a changé de forme

Voilà ce qui a vraiment bougé depuis 2024. Le commerce transfrontalier, ce que les Chinois appellent 跨境电商 (kuàjìng diànshāng), est devenu la porte d’entrée numéro un pour une marque étrangère qui n’a pas de filiale chinoise. En 2025, les importations et exportations transfrontalières ont atteint 2 750 milliards RMB, en hausse de 69,7% par rapport à 2020, d’après le bilan annuel publié par Sina Finance. Ce n’est pas une niche, c’est devenu une autoroute.

Le Guangdong, à lui seul, pèse plus d’un tiers de ce total. La province est passée de rien à 623 milliards RMB de commerce transfrontalier en dix ans, soit une croissance de 49,3% sur la seule année 2025. Concrètement, ça veut dire que les entrepôts sous douane de Shenzhen et Guangzhou, ce que l’on appelle un 保税仓 (bǎoshuì cāng), sont devenus le vrai point d’entrée physique de votre produit en Chine, bien avant que le client ne clique sur « acheter ».

Ce modèle du bonded warehouse a un avantage énorme pour une petite marque : vous stockez vos produits en Chine, dans une zone franche, sans payer les droits de douane tant que le produit n’est pas vendu. Le client passe commande sur Tmall International ou JD Worldwide, le colis part de l’entrepôt local, livré en 2 à 4 jours au lieu de 15. Vous payez une taxe globale à l’achat, en général autour de 9,1% sur les produits courants, plutôt que les droits de douane classiques du commerce général qui peuvent grimper à 30 ou 40% sur certaines catégories.

Chiffres du marché de la distribution alimentaire en Chine

假洋牌 (jiǎ yángpái) : la chasse aux fausses marques étrangères qui change toutes les règles

Voici ce que je dis à chaque client qui me demande « je lance juste une marque avec un nom qui sonne occidental, ça suffit ? » Non. Plus maintenant. Et c’est la partie de cet article que l’original de 2024 ne pouvait pas prévoir.

Depuis avril 2026, l’administration chinoise de la réglementation du marché, le bureau de la sécurité alimentaire et les douanes ont convoqué Douyin, Taobao-Tmall et Xiaohongshu pour un problème très précis : les 假洋牌, littéralement les « fausses marques étrangères ». Le cas qui a mis le feu aux poudres, c’est celui du complément alimentaire Youthit (优思益), présenté comme une marque australienne premium. L’enquête, relayée par Sina Finance, a montré que le siège social déclaré se trouvait dans un garage de réparation automobile en banlieue de Melbourne, et que la certification TGA mise en avant n’était qu’une certification « Listed », la catégorie la plus basse, sans aucun contrôle préalable sérieux.

Depuis, Douyin e-commerce a relevé ses exigences : toute marque transfrontalière doit soumettre de nouveaux justificatifs sous 30 jours, sous peine de blocage de la boutique. Tmall International suit le même mouvement pour les catégories food, complément alimentaire et maman-bébé : marque déposée à l’étranger, chaîne d’autorisation limitée à 3 niveaux maximum entre le fabricant et le vendeur chinois, vidéo de l’usine ou du point de vente physique à l’étranger, rapports d’inspection CNAS ou CMA, certifications GMP ou équivalent selon la catégorie.

Pour vous, marque étrangère authentique, c’est en fait une bonne nouvelle. Le ménage fait par les autorités élimine une bonne partie de la concurrence déloyale, ces marques qui inventaient un nom à consonance française ou australienne sans jamais avoir mis un pied hors de Chine. Mais ça veut dire que votre dossier de conformité doit être nickel avant même de penser au marketing.

Les 3 façons de vendre légalement en Chine en 2026

Il existe trois routes principales pour faire entrer un produit étranger sur le marché chinois, et le choix change tout, du prix de vente final à la vitesse de lancement.

  • Le commerce général avec distributeur local. Vous vendez à un importateur chinois qui gère le dédouanement classique, les droits de douane pleins, et la revente en magasin ou en ligne. C’est la route la plus lente à mettre en place mais la plus crédible pour une implantation longue durée, en supermarché type Carrefour ou City Shop par exemple.
  • Le CBEC en entrepôt sous douane (保税仓). Vous stockez en zone franche en Chine, vous vendez sur Tmall International, JD Worldwide ou Kaola. Livraison rapide, taxe globale allégée, mais volumes minimums à respecter avec l’entrepôt et un dossier de conformité 假洋牌-proof à fournir dès le départ.
  • Le 海外直邮 (hǎiwài zhíyóu), l’envoi direct depuis l’étranger. Le produit reste stocké chez vous ou dans un entrepôt à l’étranger, et part au moment de la commande. Zéro stock en Chine, mais délai de livraison plus long et taxe calculée différemment. C’est la solution la plus simple pour tester un marché sans investir dans un stock local.

Pour la grande majorité des marques que j’accompagne chez notre agence spécialisée en cross-border e-commerce, la bonne stratégie, c’est de tester en 海外直邮 pendant 3 à 6 mois, valider la demande, puis basculer sur un entrepôt sous douane une fois que le volume justifie l’investissement.

Un exemple : Marc et ses biscuits belges

Marc dirige une petite biscuiterie familiale en Belgique, spécialisée dans les biscuits au beurre. En 2025, il a signé avec un importateur chinois pour vendre en commerce général dans une chaîne de supermarchés premium à Shanghai. Six mois plus tard, le bilan était mauvais : 40% de marge perdue rien qu’en droits de douane et frais logistiques, un référencement dans seulement 12 magasins, et un importateur qui ne communiquait presque jamais sur la marque.

On a repris le dossier avec lui début 2026. Premier changement : sortir du commerce général et basculer sur un entrepôt sous douane à Guangzhou, via Tmall International. Deuxième changement, plus important encore : monter un dossier de conformité complet avant même d’ouvrir la boutique, marque déposée en Belgique, vidéo de l’usine familiale, rapport d’analyse du produit, parce que les équipes de Tmall vérifient tout depuis la vague anti-假洋牌. Troisième changement : une stratégie de contenu sur Xiaohongshu autour de « goûter » les biscuits, ce que les Chinois appellent le 种草 (zhòngcǎo), littéralement « planter l’herbe », l’idée de donner envie par la recommandation plutôt que par la publicité classique.

Résultat après huit mois : la marge est passée de perdante à positive dès le quatrième mois, les ventes mensuelles sur Tmall International ont dépassé le volume qu’il faisait dans ses 12 magasins physiques, et surtout, le dossier de conformité solide lui a évité tout blocage lors du contrôle renforcé de mai 2026. La différence n’est pas venue du produit, qui n’a pas changé. Elle est venue du canal et de la paperasse faite dans l’ordre.

« Made in France », un vrai atout, mais qui ne suffit plus tout seul

Promouvoir l’essence du « Made in France » reste important pour développer un marché en Chine. La qualité reconnue des produits alimentaires français permet encore de se distinguer des concurrents étrangers. C’est vrai pour la France, et tout autant pour la Grande-Bretagne : le pavillon Taste of Britain, présenté à Shanghai, a généré plus de 200 contacts commerciaux authentiques en une seule visite, en réunissant des marques comme Burts Biscuits & Cakes ou Delamere Dairy autour d’un stand commun.

Mais il faut être honnête sur ce qui a changé depuis 2024 : le simple fait d’être étranger ne suffit plus à vendre cher. L’été 2026 a vu se développer ce que la presse chinoise appelle le « 反向海淘 » (fǎnxiàng hǎitáo), littéralement le « shopping outre-mer inversé » : des touristes étrangers qui viennent en Chine et repartent avec des valises pleines de marques chinoises, parce que le rapport qualité-prix du 国货 (guóhuò), les produits domestiques, s’est nettement amélioré. Un rapport CBNData sur les tendances d’internationalisation 2026 confirme le même mouvement de fond côté consommateurs chinois urbains : la confiance dans la fabrication locale est montée d’un cran.

Concrètement, ça veut dire une chose pour vous : votre argument ne peut plus être « je suis étranger donc je suis meilleur ». Il doit être précis. Pourquoi votre recette, votre terroir, votre méthode de fabrication apportent quelque chose que le consommateur ne trouve pas ailleurs. Le made in France reste un vrai avantage, à condition de le prouver, pas de le supposer.

Ce qu’il vous faut concrètement pour convaincre le consommateur chinois

Après avoir réglé la question réglementaire, le vrai défi reste le même qu’en 2024 : la Chine a beau être devenue le plus grand marché de l’épicerie au monde, les marques et les goûts occidentaux y sont encore mal connus. Le consommateur chinois moyen ne se souvient que d’une poignée de marques étrangères, et ses goûts diffèrent souvent des marchés occidentaux.

Une image de marque forte et des canaux de distribution bien choisis restent décisifs. Mon conseil reste celui de 2024 : faites vos recherches, venez en Chine, rencontrez vos importateurs potentiels, demandez à voir leurs comptes clients réels. En cas de doute, n’hésitez pas à tester plusieurs canaux en parallèle. Ce travail supplémentaire vaut le coup pour trouver le bon partenaire, celui qui ne se contente pas de stocker vos produits mais qui investit vraiment dans la marque, un peu comme ce qu’a fait ce fromager de Pékin qui a construit sa marque sur Tmall plutôt que d’attendre passivement les commandes.

Si votre produit touche à la santé, au bien-être ou aux compléments alimentaires, le niveau d’exigence réglementaire est encore plus élevé qu’ailleurs. Nous avons détaillé la marche à suivre dans notre guide de stratégie de lancement pour les compléments alimentaires en Chine, qui reste valable pour la logique même si les seuils réglementaires ont bougé en 2026.

FAQ

Faut-il une société en Chine pour vendre des produits étrangers ?
Non, pas obligatoirement. Le CBEC en entrepôt sous douane ou en envoi direct permet de vendre légalement sans filiale chinoise. Une société locale devient utile surtout si vous visez le commerce général en magasin physique, ou si vous voulez gérer votre service client directement.

Combien de temps avant de voir des premières ventes ?
En 海外直邮, comptez 6 à 8 semaines entre l’ouverture de boutique et les premières ventes significatives, le temps de monter la fiche produit, la conformité et une première vague de contenu. En entrepôt sous douane, ajoutez 4 à 6 semaines pour le transfert de stock et les contrôles à l’entrée.

Le contrôle anti-假洋牌 concerne-t-il toutes les catégories de produits ?
Non, il cible surtout la food, les compléments alimentaires et les produits maman-bébé, les catégories où la santé du consommateur est en jeu. Mais mieux vaut anticiper : même hors de ces catégories, un dossier de conformité solide devient un argument de vente face à des concurrents qui ne l’ont pas.

Un petit budget marketing suffit-il pour se lancer ?
Oui, à condition de prioriser. Mieux vaut un budget modeste concentré sur un seul canal, Xiaohongshu pour le 种草 par exemple, qu’un budget dispersé sur cinq plateformes sans cohérence. La conformité et la logistique coûtent déjà cher, gardez du budget marketing pour la durée, pas juste le lancement.

Ce qu’il faut retenir

La Chine reste un marché énorme pour les produits étrangers de qualité. Mais 2026 n’est pas 2024. La réglementation transfrontalière s’est durcie, la chasse aux fausses marques étrangères a changé les règles du jeu, et le consommateur chinois fait de plus en plus confiance à ses propres marques. Ceux qui gagnent sont ceux qui traitent la conformité comme un vrai sujet, pas comme une formalité, et qui choisissent le bon canal CBEC dès le départ plutôt que de le découvrir après six mois de pertes.

Nous sommes une agence spécialisée en marketing digital et cross-border e-commerce, basée à Shanghai, et nous accompagnons des marques étrangères sur ce marché depuis des années. Vous avez un projet ou une question ? N’hésitez pas à vous rapprocher d’un de nos experts via notre site et nos études de cas.

Philip Chen, CEO de GMA

Philip Chen est CEO de GMA. Il passe officiellement son temps à aider des marques étrangères à vendre en Chine, et officieusement à négocier avec des douaniers pointilleux et des algorithmes Xiaohongshu tout aussi capricieux. Il jure qu’un jour il comprendra vraiment pourquoi tel produit devient viral et tel autre non. En attendant, il continue.

Retrouvez Philip sur LinkedIn.

7 commentaires

  • BOUKAGNE BERTIN

    Je fais dans LA PECHE INDUSTRIELLE, j’ai un agrément pour l’exportation de plusieurs tonnes de crevettes. Pouvez-vous nous trouver un partenaire qui aimerait travailler avec ma structure ?
    Mon contact.
    237677709625.
    Merci

  • Bonjour,comment allez-vous je demande si je peux avoir des possibilités de travailler avec vous. Comme partenariats où comme représentant au Sénégal pour le marché chinois.
    La commercialisation des produits chinois marche dans notre pays, je peux dire mondialement. Je suis actuellement en Russie Moscou pour des études et bientôt je vais terminer. Et je souhaiterais que nous travaillons ensemble si possible. Et aussi je demande comment procéder pour venir en Chine sur le marché même. Merci à vous monsieur.

    • A
      Marketing Chine

      Bonjour Oussame,

      Nous sommes une agence Marketing orienté marché chinois, et je pense que ce que vous souhaitez c’est revendre des produits chinois dans votre pays?

  • Bonjour,
    Comment faire pour ouvrir un site web en chine ?
    Avons nous besoin de partenaire chinois ?

  • bonsoir marketing-Chine
    nous sommes une entreprise de la mauritanie;nous cherchons des partenaires chinois pour vendre notre poisson et la farine de poisson
    merci de nous repondre si vous êtes intéressé

    • A
      Marketing Chine

      Bonjour Lémine,
      L’idéal pour vous serait de créer un Site Web en chinois, ce serait le début de l’aventure. 😉

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